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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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La presse hexagonale est coutumière d’articles sur le Pays Basque truffés d’approximations et de clichés. Jean-Marc Abadie épingle l’édition estivale du Courrier International Spécial Pays Basque en s’interrogeant sur le supposé sérieux de l’hebdomadaire, propriété du groupe Le Monde.

Comme aspiré par sa photo de garde d’une jeune femme scrutant l’horizon du haut de nos chères montagnes et son titre « PAYS BASQUE » tout de jaune accrocheur, je me laissais convaincre de me délester de 3,70 euros pour cette édition hebdomadaire de la mi-juillet. Ce « regard de la presse étrangère » sur notre petit pays pouvait alimenter, sans a priori aucun, cette dernière chronique estivale. A l’instar du Point ou de l’Express coutumiers du fait, je me suis fait plutôt gruger par cet «encart vacances » de huit pages (sur un total de 52) distribué dans les départements 33, 40 et 64 plus proche du poncif à gogos que d’une introspection de chemins de traverses.
Poudre de pèlerin pinpin
Le cahier spécial démarre sur les chapeaux de roues avec « Un air de Californie » publié en mars par The New York Times en personne qui a trouvé un créneau porteur en s’épanchant sur la ville de Biarritz. Laquelle séduirait « les jeunes parisiens branchés » dont le fondateur parisien du Big Festival, Sébastien Farran, qui « en avait marre de passer ses vacances à Biarritz avec de bonnes vagues mais sans musique ». Sic ! Suit « Saint-Jean-Pied-de-Port, rendez vous des marcheurs » paru dans un journal argentin, qui s’extasie devant « ce village français… point de départ du chemin de St-Jacques-de-Compostelle… pour les pèlerins venus de Paris qui souhaitaient poursuivre leur voyage vers l’Espagne». Rien en fait ne pourrait égaler, sur ce sujet, le récit qu’en fit le moine Aimery Picaud en 1140 au travers de son guide du pèlerin, déjà abordé par Enbata, dont on ne se lasse pas de lire son ode au « peuple de Navarre » que sont les basques via ce court extrait :
« C’est un peuple barbare différent de tous les peuples et par ses coutumes et par sa race, plein de méchanceté, noir de couleur, laid de visage, débauché, pervers, perfide, déloyal, corrompu, voluptueux, ivrogne, expert en toutes violences, féroce et sauvage, malhonnête et faux, impie et rude, cruel et querelleur, inapte à tout bon sentiment, dressé à tous les vices et iniquités. ».
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Avec l’article « Bayonne, la petite sœur de Pampelune » rédigé par les Noticias de Navarra, on apprend qu’un repas de jumelage a réuni, début 80, « certaines personnalités les plus actives dans la vie culturelle des deux villes comme Jorge Cortes Izal –à l’origine des ikastola navaraises- ou Jakes Abeberry (maire de Biarritz à l’époque) ». Maire de Biarritz, cela aurait pu se faire mais bayonnais, faut pas pousser… Passons sur un texte insipide sur le « le chant du silence » émanant du « monastère de Belloc » religieusement écrit par un journaliste basque de Deia pour s’attarder sur « une icône basque de la gastronomie » Inaki Aizpitarte, affublé d’une origine singulière « franco-basque » par le Wall Street Journal puisque, lit-on plus loin, son père est « originaire des environs de Bilbao » et sa mère d’Hendaye. A lire les 4 questions posées au « correspondant du Pays Basque français », Igor Emery d’ETB, dont les réponses retranscrites ne resteront pas dans les annales. L’article final sur José Mujica, bien qu’un tantinet brosse à reluire, sort du lot. La correspondante de « la Diara » de Montevideo encense la simplicité de son compatriote et non moins président de l’Uruguay en vacances dans le village auquel il devrait son patronyme : Muxika en Bizkaye.

On peut légitimement se questionner
sur la véracité des contenus habituels
abordés par la revue.
Il n’est que de se laisser attirer
par un titre méritant l’excommunication
à lui tout seul : « Ghana. Le sexe, alléluia ! ».

Jesus, Maria ta Josepe !
Aussi, l’on peut légitimement se questionner sur la véracité des contenus habituels abordés par la revue. Il n’est que de se laisser attirer par un titre méritant l’excommunication à lui tout seul : « Ghana. Le sexe, alléluia ! ». Dans le pays le plus religieux du monde (96 % de croyants, majoritairement chrétiens), les habitants auraient une vie sexuelle libérée, en totale contradiction avec leurs prières si l’on en croit Nana Darkoa Sekyiamah du journal This is Africa d’Amsterdam. Malgré le principe chrétien de la monogamie, les Ghanéens et Ghanéennes auraient des partenaires sexuels multiples. Pourtant, le pays ne serait pas libertin si on se base sur « les campagnes d’éducation sexuelle qui se limitent encore à promouvoir l’abstinence et la fidélité, totalement inefficaces pour protéger les femmes du VIH ». Il y a donc un discours public largement conservateur sur le sexe « alors qu’en privé tout est possible ». Serait-ce une stricte application de « aimez-vous les uns sur les autres » ?