C’est devenu irréversible

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Jakes Abeberri
Jakes Abeberri
Co-fondateur et directeur de publication d'Enbata.
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Drapeau BasqueProgression spectaculaire des abertzale aux derniers scrutins municipaux de mars 2014. Cette progression reconnue par l’opinion publique, la presse qui en fait de gros titres et les partis politiques, l’est d’abord par son maillage sur l’ensemble d’Iparralde.

Jamais nous n’avions vu éclore tant de listes conduites par des abertzale, des grandes villes aux plus petits villages, ce qui veut dire émergence d’engagements personnels identifiés et enracinés, devenant ainsi le socle des alternances futures de ce pays. Ce large maillage a permis, pour la première fois, la présence abertzale dans de multiples communes jusqu’ici par nous délaissées faute de candidats et d’espérance d’un score honorable. Or, rarement ces résultats ont été insignifiants. Il y a là une véritable rupture. L’abertzalisme est devenu la seule force politique susceptible de participer au débat public sur toutes les parcelles de ce territoire.

Quel chemin parcouru depuis les années 70 où, comme un coup de tonnerre, un groupe de jeunes interpellait les notables de la vallée de Baigorri, jusqu’à aujourd’hui où un jeune remplace un cacique à la mairie de Baigorri, rejoignant ainsi la totalité des maires de la vallée et la présidence abertzale de l’intercommunalité. Cette longue et constante implication abertzale dans la vie sociale et politique, dans l’apprentissage à la gestion municipale depuis deux ou trois mandatures, conduit à l’élection de l’abertzale Bruno Carrère à la mairie d’Ustaritz. Ainsi, Alain Iriart, conseiller général et maire de Saint-Pierre-d’Irube, au coeur de la démarche Bil gaiten qui a organisé cette vague, voit nos petites villes autour de l’agglomération- capitale gagnées peu à peu à notre cause. Une quinzaine de maires relèvent dorénavant de notre représentativité et peuvent fortement influer sur les intercommunalités.

Notre implication multiforme dans la vie publique, de l’agriculture à la création de coopératives ouvrières de production, des médias, des écoles à l’environnement, cette immersion sociale a modifié notre propre nature et la perception que les autres forces politiques ont de nous. Ainsi, la signature par une majorité de listes, de tous les horizons, de la charte Bizi! consacre ce groupe dans le rôle d’écologie politique abandonné au Pays basque par les Verts.

Ainsi, la revendication d’une institution Pays Basque, portée dès la création d’Enbata en 1963 à Itxassou, débordant les frontières des partis traditionnels, est devenu le véritable clivage qui a modelé les alliances et résultats du deuxième tour. Comment comprendre autrement la courte victoire à Bayonne, 26 voix, de Jean-René Etchegaray sur Henri Etcheto, qui, à contre-courant de la déroute hexagonale du Parti Socialiste, gagne dix points entre les deux tours malgré le maintien du Front de gauche et des abertzale. Comment comprendre, par ailleurs, la victoire du socialiste Kotte Ecenarro à Hendaye, la bonne entente PS/abertzale à Urrugne ou Ciboure? Ce clivage institutionnel a été déterminant au sein de l’alliance conduite à Bayonne par Jean-Claude Iriart, frappée par l’ukase lancé de Paris par le Parti de gauche de Mélenchon s’opposant à la partition du département des Pyrénées-Atlantiques. Bref, le jacobinisme demeure, en terre basque, le marqueur majeur de l’anti-abertzalisme en lieu et place de la violence qui nous était préalablement opposée à tout dialogue depuis trente ans. L’abandon de la lutte armée par ETA, il y a trois ans, a radicalement changé la perception de l’abertzalisme. Ce changement à vue, en un aussi court laps de temps, est la grande réponse aux divergences, voire aux scissions, qui ont paralysé trop longtemps le camp abertzale. Or, force est de constater l’absence totale d’interpellation d’électeurs ou de partis sur ce thème sensible lors du scrutin de la semaine passée. Ouf! C’est inestimable.

Curieusement aussi, étaient absentes du débat électoral les contestations profondes qui ont occupé la presse, contesté les pouvoirs, organisé des groupes de pression et des manifs, telle la LGV et la contribution de 65 millions de l’Acba, ou, propre à Bayonne, l’usine de traitement des déchets. Silence inexplicable! Il faut enfin saluer la large victoire à la mairie de Bastia de Gilles Simeoni qui, là aussi, s’est construite sur la continuité de générations emblématiques d’abertzale corses. Le temps démocratique nous ramènera, pour les européennes du 25 mai, auprès de notre ami François Alfonsi, qui conduira une liste, et de nos partenaires fidèles du parlement de Strasbourg.