Chronique d’une haine ordinaire

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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FHaine

Affichage municipale à Bézier, commune au maire apparenté FN

Franchement, j’ai tout essayé sur internet. Mettre à jour des illustres inconnu(e)s, rien de plus facile. Forcement, j’ai commencé par Bayonne.

Les femmes d’abord. Allez, Isabelle Chanson. Avec ce patronyme, j’allais vite la retrouver. Ben, pas vraiment. Parce que le moteur de recherche, il a beau être très fort, il n’a pu éviter Isabelle Aubret, chanteuse forcement et la chanson « Isabelle, je t’aime » des Poppys que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Du coup, Brigitte Lelièvre me tendait les bras. Ah, des Brigitte Lelièvre, c’est comme les lapins, il y en a pléthore en France ! Mais qui habite dans le 64, point. Car j’ai aussi regardé dans les pages blanches. Et sur Facebook ! Elle doit être sur liste rouge. Un comble pour un parti plus proche du bleu brun que de l’emblème coco ! Même la Catherine Beauchesne-Magon de La Giclais… Avec un nom pareil, je ne pouvais pas passer au travers. Rien. Que dalle. J’ai même osé dans un site spécialisé…euh… Comment dire ? Bon, bref. J’ai fait choux blanc. Si ce n’est qu’elle a été seconde dans la liste municipale FN à Biarritz l’an passé. Trois candidates titulaires sur Bayonne. Trois quasi fantômes. Trois noms bien français. Trois noms de jeunes filles ?

Ah il faut des femmes aussi ?

Au Front National donc, on subit la parité en présentant des candidates quasi virtuelles. Ici, et depuis peu, deux hommes ont franchi le Rubicon de l’anonymat en sortant du bois : Jean Michel Iratchet, pied noir retraité militaire de 67 ans, et ancien candidat aux municipales de 2008 dans la liste d’Yves Ugalde (1) et Bernard Oyenart, suppléant aux législatives de 2012 et chef de file d’une liste municipale bayonnaise qui n’a pas vu le jour en 2014, faute de combattantes…

La contamination aussi à l’intérieur !

Ce qui devient un grand danger au niveau hexagonal (2), devient aussi très préoccupant au niveau du Pays basque Nord avec des résultats conséquents aux élections européennes de mai 2014 sur le BAB (15 % en moyenne) et ses environs : 2ème à Arcangues (16,90 %), Ustaritz (16 %), Kanbo (15,44 %), Larressore (16,38 %), Bidart (22,46 %), Briscous (16,65 %), Bardos (16,05 %), Hendaye (15,12 %),Urrugne (14,49 %), Ascain 14, 78 %), Ahetze (14 %), St Jean de Luz (13, 44 %), St Pée (15,71 %), Souraide (14,44 %), Ainhoa (18,52 %)… Le trio infernal (Urcuit, Lahonce et Mouguerre) propulse même le FN en tête (entre 18 et 22 %) à l’instar de Biriatou (18,55 %) ! Mais le Pays basque intérieur n’est pas non plus épargné avec Charitte de Bas et Luxe Sumberraute (1er) et St Engrâce, Larrau, Méharin (2ème)… Certes, en regardant la carte des résultats des européennes du 64, on se rassure en constatant que le populisme néo fascisant est plus prégnant chez nos amis béarnais à ceci près que, cette fois ci, le FN est présent dans la totalité des 12 cantons basques contre 8 sur les 15 cantons béarnais….

La faute à qui ?

On a tout dit, tout écrit, depuis bientôt 30 ans que l’extrême droite monte, doucement mais sûrement en puissance au fil des élections. Certes, la France a toujours été confrontée aux ligues fascistes, notamment dans les années 30 avec l’Action française ou la Cagoule. Mais, devant l’ampleur qui prend forme aujourd’hui, on peut mettre en exergue l’inculture politique, la démission éducative familiale, la chute des idéologies et son corollaire l’individualisme, le manque d’esprit critique dont est notamment chargée l’école, la crise sociale et économique, la pauvreté intellectuelle avec comme 1ère conséquence la théorie du bouc émissaire… Mais il est aussi de la responsabilité des élites politiques, au sein du PS en particulier, qui ont joué avec le feu. En profitant d’un système électoral injuste et obsolète (scrutin majoritaire à deux tours), nombres d’élu(e)s socialistes ont pu sortir vainqueurs de triangulaires PS/UMP/FN. De même, la non application d’une vraie représentation comme la proportionnelle ont fait germer une frustration certaine dans l’électorat le plus basique en manque de repères civiques, historiques et philosophiques. Aujourd’hui, le FN se tue sur la proportionnelle : c’est lui qui, bientôt, va ramasser ce jackpot électoral inique !

Sus aux cons !

En France, le FN, qui revendique 1500 conseillers municipaux et 11 mairies, présente des candidats dans 93 % des cantons et développe son empreinte malfaisante dans toutes les strates de la société. Leur 2 malheureux conseillers généraux actuels vont se sentir moins seuls à la fin mars. La bande à Le Pen espère se rapprocher d’une centaine d’élus et vise même la présidence de certains départements. Que l’on ne s’y trompe pas, nous sommes ici aussi concerné par la gangrène du simplisme et du manichéisme. Il y a là une responsabilité collective… et donc aussi individuelle. Il faut déclarer la guerre, pacifique autant que faire se peut, envers tout ce qui participe à l’avilissement moral et la régression intellectuelle de l’humanité. Il ne faut rien laisser passer, dans les mails ou les repas de famille ou d’amis, qui donnerait prise à tout ce qui pourrait être considéré comme une forme d’insulte à l’intelligence… Le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, la misogynie ou la misandrie, la généralisation, le discrédit des politiques, l’assimilation, l’uniformité, les solutions simples à des questions complexes, le cocorico et le kikiriki, le colonialisme, la marche au pas ou le non respect des différences… On l’a récemment vu, l’humour est une arme pour ridiculiser les fous de Dieu. Alors, prenons nous en, aussi, aux tenants du populisme. Parce que le vote FN est tout sauf anodin : traitons les de cons ! Ne laissons rien passer !

(1) Comme on ne se bouscule quand même pas au portillon pour être candidat, on retrouve pas moins de trois Iratchet candidats FN au Pays basque… Dans ce parti d’extrême droite, la famille c’est sacré !
(2) Un sondage Ifop du 21 février met le FN en tête avec 30 % des intentions de vote aux départementales

Un commentaire

  1. Krikri
    Publié le 09/03/2015 à 22:21 | Permalien

    C’est à force de faire n’importe quoi quand on a les commandes du pouvoir que le FN monte.
    Rien ne démarque vraiment les politiques, réformes, lois, droits sociaux, sont dans la continuité de ceux de Droite comme ceux de Gauche.
    Les racollages lors des campagnes électorales sont très mal vus, la population ne comprend jamais le pourquoi alors que les futurs élus ne travaillent que pour eux mêmes. Il en va de tous les partis politiques confondus.
    Qui suit vraiment ses idées jusqu’aux bouts , le PS suit la trame de la Droite, comment peut-on se mettre avec eux sur les listes lors des élections municipales ou autres ? Parce que l’on a pas le moyen de faire autrement pour être représenté ? C’est vraiment se faire  »avoir » ou alors se  »deshabiller » mais alors où sont nos valeurs ?
    La population ne fait plus confiance à n’importe qui, n’importe quoi.
    La politique est au quotidien, chaque jour, et ce n’est pas la peine d’employer  »les grands mots ».
    L’action des élus doit être à la vue tous les jours par les citoyens, mais là rien ne se voit, on ne les entend que lors des réunions des conseils municipaux et le reste du temps  »invisibles ».
    Si le temps est encore là, il faut se ressaisir, et en tant qu’élus se montraient quotidiennement aux citoyens et discuter avec eux sur les véritables problèmes des citoyens et non penser à leur place.
    Mea cupla, mea culpa, quand le FN sera au pouvoir, entendra-t-on dans la rue, mais il sera bien trop tard.