Martin Garitano à la tête du Gipuzkoa

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Ancien rédacteur en chef de Egin, après l’interdiction de ce quotidien, sous-directeur de Gara, hier encore chroniqueur de ce journal et de la radio Info 7, Martin Garitano (natif de Bergara, 48 ans) fait partie depuis des décennies des cadres politiques de la mouvance de Batasuna. Sa liste présentée par la coalition Bildu (EA, Alternatiba et indépendants) était arrivée en tête aux élections forales du 22 mai. Il a été élu au deuxième tour le 23 juin, député général de la province du Gipuzkoa par les 22 représentants de Bildu et une voix d’Aralar qui fera partie du gouvernement de la province. Le candidat sortant PNV Markel Olano a recueilli les 14 voix de ses élus, le PSOE, 10 et le Parti populaire, 4. L’opposition ne s’est pas mise d’accord sur un candidat pour contrer l’arrivée au pouvoir des indépendantistes. Ceux-ci devront gouverner en minorité avec leurs 23 voix, alors que la majorité absolue se situe à 26.
Martin Garitano a évidemment pris la mesure de cette situation et dès le discours d’investiture, l’heure est à la main tendu et au dialogue. La grande question qui agite le Gipuzkoa porte sur le devenir des infrastructures majeures en construction ou en projet pour lesquelles Bildu a clairement marqué son opposition: la construction du port extérieur de Pasajes, la mise en œuvre d’un gigantesque incinérateur d’ordures, celle de la ligne du TGV, l’agrandissement de l’aéroport d’Hondarribia.

Réexamen des projets d’infrastructure
Le nouveau Député général annonce aujourd’hui que tous ces projets seront «réexaminés et que sera lancé un débat social sur leur nécessité et leur coût». La «Diputacion n’a pas l’intention de bloquer la construction du TGV», mais Martin Garitano rappelle que «ce sont les municipalités qui sont souveraines en la matière». Et chacun sait que Bildu en contrôle plus d’une centaine dans la Communauté autonome et 59 sur 88 en Gipuzkoa.
Quant au projet d’incinérateur, il sera suspendu pour cinq ans, le temps d’ouvrir le dé-bat, d’examiner les solutions alternatives et de proposer aux Gipuzkoans de décider. Le hic est que cela suppose le maintien en fonction des décharges actuelles à Beasain, Zarautz et Azpeitia et éventuellement la réouverture de celle de San Marcos de sinistre mémoire.
Sur le plan fiscal (1), Martin Garitano indique que les projets de Bildu sont plus proches du PSOE que du PNV. Effectivement, il n’aura d’autre choix que de rechercher ponctuellement des alliés, en fonction de telle ou telle décision. Une gestion et des votes à géométrie variable, en somme.
Enfin, le Député général du Gipuzkoa n’envisage pas dans l’immédiat l’organisation de référendums municipaux comme en Catalogne. Mais la démarche n’est pas totalement écartée pour autant: il s’agira de référendums locaux ou d’une consultation d’ici deux ans, à l’initiative du Parlement autonome basque, si une majorité favorable le décide.
Les Espagnols voient évidemment d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir de Bildu en Gipuzkoa. Cela «ne plaît pas du tout» à José Luis Rodriguez Zapatero qui demande aux autres partis d’entamer une profonde réflexion sur une formation qui parvient au pouvoir à Do-nostia et à la Diputacion, sans disposer de la majorité absolue. Le ministre de l’Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba annonce qu’il sera très vigilant quant au respect de la loi espagnole et au maintien de la lutte anti-terroriste.

N°8719600510
Les premières escarmouches ont eu lieu sur le plan symbolique. Le maire de Donostia vi-ent de décrocher le portrait du roi d’Espagne des murs de la salle de son conseil municipal. Ailleurs, les drapeaux espagnols ont tendance à disparaître du fronton de plusieurs mairies et des maires Bildu s’opposent à la présence d’escortes des conseillers PP ou PSOE lors des réunions des conseils municipaux. Quant à la présence de dirigeants connus de Batasuna (Joseba Permach ou Rufi Etxeberria) durant l’investiture de Martin Garitano, elle a tourné en boucle sur les écrans de télévision espagnols. Comme le pin’s que portait ce jour-là Martin Garitano à la boutonnière.
Il s’agissait du n° d’écrou d’Arnaldo Otegi: 8719600510. A l’image du numéro 46664 qui fut celui de Nelson Mandela et devint le signe de ralliement de tous ceux qui réclamaient sa libération.

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Comme prévu, Yolanda Barcina a été élue le 23 juin présidente du gouvernement de Na-varre avec 28 voix (19 UPN et 9 socialistes). Le PP (4 voix) a voté contre, ainsi que Nafarroa Bai (8 élus), Bildu (7) et IE (3). Les élections du député général d’Araba auront lieu le 7 juillet. En principe, le PNV devrait l’emporter.

(1) Il s’agit d’un point clef puisque la Diputacion lève la quasi-totalité des impôts de la province, soit 4.287 millions d’euros. Le budget annuel propre aux compétences de la Diputacion est de 839,9 millions d’euros, elle verse 2.869 millions d’euros au gouvernement autonome, 122,1 millions d’euros à l’Etat et 407,5 millions d’euros aux municipalités.