Ez, eskerrik asko !

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Xabi Larralde
Xabi Larralde
Enseignant en économie, porte parole de Sortu.
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493EzEskerrikA différentes reprises, Mehdi Ouraoui (Mediabask, Semaine du Pays Basque), membre du conseil national du PS, a émis l’idée d’un programme commun entre abertzale et socialistes, applicable à l’échelle de la Communauté Pays Basque. A ce jour, je n’ai entendu aucune réaction dans le camp abertzale à cette proposition. A y repenser, je me suis souvent demandé de quoi nous pourrions parler dans une discussion globale avec le PS. Ferait-elle l’objet d’un accord électoral ? Ou aborderions-nous l’élaboration d’un programme d’action politique? Au service de quel projet de société ?

Comme chacun sait, et les socialistes les premiers, les abertzale ne sont pas adeptes de la politique politicienne. Le premier registre de discussion est donc à écarter. Pour ce qui est du second, la question est de savoir si le PS a encore l’ambition d’un projet de société alternatif.

Offensive néo-libérale

Avant toute projection sur des scénarios possibles, j’ai pour réflexe de me remémorer le vieil adage : “norat joan jakiteko, nundik jin jakin behar”.

J’imagine ainsi, en préalable à toute discussion hypothétique avec le PS, un débat sur le quinquennat Hollande.

Pour éviter un inventaire à la Prévert, en tant que militant de gauche, comment positionner ce quinquennat dans une perspective historique un peu plus large (nundik jin jakin behar!)?

Personnellement, je prends souvent pour référence l’historien Karl Polanyi (1886-1964) qui a décrit dans La Grande transformation la façon dont le projet libéral a été imposé aux sociétés traditionnelles du XIXe siècle.

Cette imposition a eu pour conséquence de briser de nombreux liens d’échanges sociaux et de solidarité au sein de ces sociétés, et en conséquence, a rendu selon lui possible la montée des fascismes après la crise de 1929.

Évidemment, comparaison n’est pas raison, mais je crains que les probabilités d’évoluer dans un scénario un peu semblable soient aujourd’hui significativement élevées.

Mon opinion est que le néo-libéralisme a renforcé, après 2008, l’offensive qu’il avait enclenchée à partir du milieu des années 80. Et j’ai bien peur qu’en réaction aux thérapies de choc auxquelles nos sociétés sont soumises, nous ne nous situions dans une réaction en chaîne allant de la déflagration d’une crise économique, à celle d’une crise sociale, pour déboucher aujourd’hui sur une grave crise politique.

Selon Polanyi, le libéralisme s’est imposé au XIXe siècle au travers de trois domaines clés : le monde du travail, la gestion de la terre, le financement et la monnaie. En ne prenant que ces trois domaines, quel est très succinctement le bilan de François Hollande ?

Commençons par le financement et la monnaie. Hollande, lors du meeting au Bourget (22.01.2012) avait déclaré “mon véritable adversaire c’est la finance”. Dans ce domaine, on pourrait commenter parmi les mesures phares du quinquennat la loi de séparation et de régulation des activités bancaires du 26 juillet 2013, qui offre l’opportunité aux banques de maintenir leurs activités spéculatives sur les marchés financiers au travers de leurs filiales.

J’ai bien peur
qu’en réaction aux thérapies de choc
auxquelles nos sociétés sont soumises,
nous ne nous situions
dans une réaction en chaîne
allant de la déflagration
d’une crise économique,
à celle d’une crise sociale,
pour déboucher aujourd’hui
sur une grave crise politique

Passage en force

Mais l’élément le plus fondamental dans l’analyse de Karl Polanyi est le maintien, coûte que coûte, d’un cadre restrictif de gestion du crédit et de la monnaie qui condamne les Etats à des politiques d’austérité budgétaire.

En la matière, il faut inscrire au bilan de François Hollande la ratification du Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance (TSCG) dont la règle d’or ultra-libérale d’équilibres, voire d’excédents publics, cadenasse la capacité d’action des collectivités publiques.

A juste titre, le candidat Hollande c’était engagé à renégocier ce traité. Une promesse reléguée aux oubliettes dès le lendemain de son élection.

Si on passe maintenant au monde du travail, il n’est hélas pas nécessaire d’épiloguer sur le détricotage des droits du travail imputable aux lois Macron et El Khomri. Notons par contre, que le passage en force anti-démocratique par le 49.3 est conforme à la logique d’une soumission brutale du champ politique et social à des critères économiques de compétitivité et de rentabilité tels que décrits par Karl Polanyi.

Passons enfin à la gestion de la terre, c’est-à-dire aux questions environnementales, vis-à-vis desquelles il faut souligner l’analyse visionnaire d’un Karl Polanyi qui écrivait dès 1944 qu’“abandonner le destin du sol et des hommes au marché équivaudrait à les anéantir” (cf. La Grande transformation). Là encore, le bilan est vite fait : renoncements sur le nucléaire au détriment des énergies renouvelables, entêtement sur des dossiers comme Notre- Dame-des-Landes, résultat décevant de la COP 21, etc.

Margaret Thatcher considérait que sa principale victoire était d’avoir amené les sociaux-démocrates à penser comme des libéraux. C’est bien ce qu’a illustré un quinquennat Hollande qui a fait le lit d’une offensive néo-libérale dont on ne peut présager des conséquences politiques qu’elle aura.

Alors en tant que militant abertzale de gauche, et sans aborder les questions du Pays Basque (résolution du conflit et autres), ma première réaction à l’idée d’un programme commun avec le PS est de répondre: “Ez, eskerrik asko !”

Un commentaire

  1. Jon Mikel Basquiat
    Publié le 16/03/2017 à 13:39 | Permalien

    Il me semble que cette analyse est trop partielle pour avoir de l’intérêt.

    D’une part, la politique c’est le rapport de la force, comme la recherche de consensus, et ce, à un moment donné. La déclaration de Hollande est obsolète : elle a cinq ans et la victoire de Hamon a entrainé une recomposition idéologique du PS. Faut-il rappeler le fait que les socio-démocrates quittent le navire (Delanoe, G. Collomd…) ou le lâchage de Valls ? C’est sur la base de cet élément que les abertzale devrait réfléchir, en ce moment, à une hypothétique alliance avec le PS.

    D’autre part, une question théorique aurait du être posée : peut-on s’allier avec des représentants d’un parti politique localement, alors que l’on regrette l’orientation de ce même parti au niveau étatique ? Ce n’est pas une évidence, d’autant qu’au Pays Basque, la plupart des élus étaient réfractaires à Valls, opposés à la loi El-Khomri…Une minorité politico-linguistique, sans confrontation physique (désobeissance, lutte armée, blocage…) n’est pas condamnée à s’allier ?

    Il ne faudrait pas oublier non plus l’enjeu d’une élection, celui de la gouvernance. Si un accord programmatique local satisfaisant est conclu avec le Parti Socialiste, quel est le problème ? L’important est quand même la capacité à mettre en place des mesures de gauche, écologique et euskaldun-compatible. Et ça, cela se voir au cas par cas ! L’impossibilité de trouver un accord aux dernières municipales entre le Parti socialiste et la liste abertzale tenait beaucoup à la personnalité et la démarche non acceptable d’Etcheto. Mais sérieusement, dans les faits, les bayonnais se cognent désormais une municipalité purement de droite, en dépit des efforts de Bisauta de faire croire le contraire : recul du logement social, culture patrimoniale et mercantile (Culture sport, disparition des translatines…), absence de réel projet en matière de transport (pas de nouvelles pistes cyclables, tramway…), gestion purement spéculative (parking de l’hôpital, permis de construire laissés à tous les promoteurs,…), poursuite du politique clientéliste (licences de bars, penas, corrida…), etc.

    Enfin, il y a cette phrase introductive pour le moins étonnante : « Comme chacun sait […] les abertzale ne sont pas adeptes de la politique politicienne ». Quelle certitude ! Pourtant, chaque militant et représentant politique fait en sorte que son parti grossisse et ait davantage d’influence. A Eh-Bai avons-nous d’autres intentions ? Par ailleurs, il est clair que les abertzale choisissent leur candidat à la mesure de leur influence, en se posant la question de leur capacité à gagner une élection. La différence entre stratégie électorale et politique politicienne est souvent tenue. Regarde-t-on vraiment les compétences, ou bien les liens d’affinités, voir le copinage, constitue comme ailleurs le terreau sur lequel s’enracine la pratique politique ? Les représentants de la gauche abertzale sont les mêmes depuis 20 ans, et en ça, elle a aussi ses éléphants, biens en place. Plus que de s’offusquer, comme au Parti socialiste, ceci se comprend tout à fait dans la mesure où l’engagement politique demande des ressources, du temps et un certain courage. Au final, je crois que ce texte constitue une évidence de préoccupation politicienne, à savoir, la question des alliances, concept qui dépasse l’imaginaire de la plupart des gens.