Faire du dépit un moteur

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Historien de formation et éditeur de profession; membre d'Abertzaleen Batasuna et conseiller municipal abertzale à Saint-Jean-de-Luz.
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EHBai!Si les abertzale ne peuvent guère peser sur le scrutin présidentiel devenu, nolens volens, l’élection hexagonale majeure, restent les législatives qui suivent. C’est à ce rendez-vous où les abertzale peuvent capitaliser sur le travail effectué au quotidien, notamment dans les municipalités, que nous devons nous préparer dès à présent.

Faire du dépit un moteur, en voilà un titre bizarre, pour une chronique politique plutôt que pour un manuel de psychologie pour les nuls. Ne vous y trompez pas, je ne vais pas vous parler de développement personnel ou de techniques de relaxation, mais – plus bassement – d’élections.

Des élections, nous en avons deux à la suite. La première, l’élection présidentielle, suivie un mois plus tard de la seconde, la législative qui nous intéresse plus directement en tant que force politique.

Quel lien entre ces élections et le dépit ? Je ne pense pas avoir à l’expliquer au-delà de quelques mots. Si vous êtes comme moi, l’élection présidentielle se présente sous la forme d’un choix compliqué. D’ordinaire, choisir un président de la République française n’est déjà pas un exercice forcément naturel pour un abertzale, l’horizon politique étant par principe différent. Je précise que pour ma part, je ne suis pas de ceux qui considèrent que cette élection ne nous concerne pas : tant que le Pays Basque n’aura pas changé de statut, les intérêts individuels comme collectifs de sa population seront à défendre dans ce cadre- là, et laisser les autres choisir à sa place pour cette seule raison me paraît aussi dogmatique que contreproductif. Mais, un exercice peu naturel malgré tout. Au moins était-il jusqu’à maintenant possible de faire son choix parmi une dizaine au moins de candidatures, parmi lesquelles une ou autre pouvait paraître relativement proche de nos inclinations, en tout cas des miennes. Je dois reconnaître que mes inclinations n’ont jamais été de celles qui ont finalement représenté une véritable alternative de gouvernement, mais au moins avais-je la satisfaction d’avoir eu l’impression que ma voix avait été exprimée. Bien sûr, il est toujours possible de voter blanc, mais cette posture philosophiquement pure laisse toujours un arrière- goût sinon d’inutile, au moins de dérisoire.

Quel choix ?

Mais si les élections présidentielles précédentes ont pu donc permettre à un abertzale moyen de s’exprimer avec un niveau de frustration tolérable, que dire du cru de cette année ? Quelle misère que de devoir d’ores et déjà accepter comme probable la présence du Front National au second tour. Mais à peine moins misérable est l’offre alternative qui nous est imposée par le mode de parrainage d’une part, mais d’autre part par une tendance structurelle à la polarisation de la vie politique française autour de quelques grandes formations, au détriment de la pluralité démocratique. Ces deux misères ne sont d’ailleurs pas des fatalités, ni ne sont seulement liées au mode d’organisation du scrutin : si l’on peut par exemple déplorer la disparition progressive de l’écologie politique en France, c’est par la difficulté de réunir les parrainages, mais tout autant par la médiocrité dans laquelle a sombré cette formation pourtant nécessaire à la prise en compte réelle des enjeux environnementaux. Idem pour le FN : pas la peine de pleurer sur sa montée en puissance de ces dernières années, ou de se satisfaire du fait que peut-être cette fois encore il se heurtera à je-ne-sais-quel plafond de verre ; le FN monte surtout parce que ses adversaires sont mauvais. Et si cela ne change pas, la prochaine fois sera la bonne.

C’est bel et bien notre probité,
notre constance, notre sérieux,
l’adéquation de nos propositions
avec les réalités des gens
à qui on s’adresse
que nous devons continuer à soigner,
et à savoir valoriser en juin prochain.

Le Pays Basque préservé ?

De choix en avril prochain, je ne sais donc pas si on en aura vraiment un de satisfaisant. Je l’avoue, à cette heure je ne sais pas encore ce que je voterai. Par contre, une chose est fondamentale en ce mois de mars, c’est que nous en sommes au moment stratégique pour se demander si le dépit nous conduit à la résignation ou à la réaction.

Aucun abertzale ne pourra peser davantage que sa propre voix lors des présidentielles, mais le mois suivant se tiendront les législatives, qui auront la vertu de nous permettre non seulement de porter notre message, mais également de réagir de manière positive au dépit qui nous habite.

Car ne nous faisons pas d’illusion, le FN monte en France, mais il monte aussi au Pays Basque et pourrait bien tutoyer ici aussi des sommets électoraux en juin. Ceci dit, le pire du ridicule serait tout de même de finir par se dire qu’on ne doit réagir que parce que le FN monte ; il sera d’autant plus bas que nous serons, nous, capables d’être bons, et la priorité quoi que fassent tous nos autres adversaires est bien dans la crédibilité de notre propre projet.

Toute “troisième force” que nous soyons depuis quelques années, si nous nous révélons aussi mauvais que les grands partis hexagonaux, nous pouvons nous attendre à des lendemains qui déchantent.

Le moment ou jamais

Or, non seulement une élection ne s’improvise pas, mais il est surtout dans l’ADN du mouvement abertzale de justement ne pas considérer une élection comme une fin en soi mais bien comme un moment ponctuel au coeur du reste d’une année active, sur le terrain.

C’est cette présence au quotidien, cette action de proximité, qui font que nous ne donnons pas aux gens cette image déplorable que projettent les formations françaises et leurs élus. C’est bel et bien notre probité, notre constance, notre sérieux, l’adéquation de nos propositions avec les réalités des gens à qui on s’adresse que nous devons continuer à soigner, et à savoir valoriser en juin prochain.

Pour tous celles et ceux qui n’ont pas pour l’instant pensé apporter leur pierre à cet édifice, non seulement il n’est pas trop tard mais c’est un moment idéal, car l’étape de juin prochain se joue dans sa préparation, donc en mars-avril.

C’est donc le moment où jamais de toquer à la porte –déjà ouverte– des groupes locaux d’Euskal Herria Bai !