« J’ai animé l’action du Friendship Basque qui a contribué à légaliser Sortu »

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François AlfonsiEntretien avec François Alfonsi, candidat corse sur la liste EELV aux élections européennes.

Enbata : Représentant R&PS, vous serez neuvième sur la liste EELV conduite par Yannick Jadot à l’élection du Parlement européen du 26 mai prochain. Comment cette position d’éligible a-t-elle été obtenue?

François Alfonsi : Elle est le résultat d’une négociation entre EELV et la Fédération RPS, puis d’une procédure de désignation interne à RPS. J’ai déjà été député européen de 2009 à 2014, et ma candidature a été proposée par Femu a Corsica, le parti dont est issu Gilles Simeoni qui est le Président du Conseil exécutif de Corse. Le partenariat entre EELV et RPS est une réalité déjà ancienne, qui a été initiée par Max Simeoni en 1989, prolongée en 2009 quand j’ai été élu, et qui est renouvelée aujourd’hui. Cette inscription dans la durée d’un accord entre écologistes et “régionalistes”, que l’on retrouve au Parlement européen où l’Alliance Libre Européenne et les Verts forment un même groupe, est un fait politique en soi. Ce que nous partageons, au plan fondamental, c’est la nécessité de dépasser l’Europe des Etats, de notre point de vue pour libérer des peuples historiques d’Europe qui doivent avoir leur place reconnue dans la construction européenne, et de leur point de vue car les grands défis écologiques ne peuvent être relevés dans le cadre étroit des frontières étatiques. Il y a une convergence objective des démarches qui explique pourquoi notre alliance avec les Verts sur le terrain européen est naturelle.

Pouvez-vous rappeler l’ensemble de vos interventions au profit des combats de nos peuples sans Etat lors de votre précédente mandature, de 2009 à 2014 ?

J’ai centré mon mandat sur trois priorités :

  1. Représenter la lutte pour la reconnaissance du peuple corse au niveau de l’Europe, en lien avec celle des autres nations sans Etat que l’ALE, depuis sa création en 1979 par le député européen flamand Mauritz Coppieters, représente au sein du Parlement européen. Concernant la Corse, le prochain mandat connaîtra un contexte tout à fait différent puisque, désormais, le président du Conseil exécutif est Gilles Simeoni ! J’ai aussi, notamment, été amené à animer l’action du Friendship Basque quand l’Etat espagnol s’obstinait à “illégaliser” toute forme d’organisation politique de la gauche abertzale en lui interdisant de participer à des élections. Nos interventions pour dénoncer l’attitude anti-démocratique du gouvernement espagnol ont contribué à ce que Sortu soit finalement légalisé, ce qui était indispensable pour que le processus de paix puisse continuer.
  2. Peser pour que les politiques européennes prennent davantage en compte les besoins de nos nations, politiques régionales, politiques transfrontalières, etc. Je l’ai fait notamment en siégeant dans la Commission du développement régional où les règlements s’élaborent. Autre axe de cet engagement politique : apporter un soutien aux langues “régionales” comme facteur essentiel de la politique culturelle européenne. Le rapport que j’ai réalisé à ce sujet a été voté par plus de 90% des parlementaires européens, et pour les 10% restants, plus de la moitié sont des Français. Au Parlement européen on affaiblit ainsi les positions de la France où elle s’isole par son refus de la diversité culturelle et sa logique jacobine qui refuse de négocier avec nous pour des avancées institutionnelles comme par exemple la création d’une Collectivité basque à statut spécifique ou l’autonomie de la Corse.
  3. Amener l’Europe à s’engager dans une politique euro-méditerranéenne, dans l’espace européen macro-régional où s’inscrit la Corse. Mais dans une période marquée par l’instabilité politique, la mandature 2009-2014 n’a guère été propice sur ce plan. La “révolution démocratique” qui s’annonce en Algérie, les vicissitudes politiques en cours en Italie, le rôle particulier de la Catalogne qui accueille le siège de l’Union pour la Méditerranée, tout cela m’encourage à poursuivre cet objectif en espérant rencontrer des circonstances politiques plus favorables.

Votre candidature aux européennes sur la liste des Verts est-elle soutenue par le mouvement nationaliste corse ?

Ma candidature a été proposée à RPS par le Cunsigliu de mon parti Femu a Corsica, par l’intermédiaire de son Secrétaire national Jean Félix Acquaviva. C’est le Conseil fédéral de RPS qui a choisi de la retenir face à celle proposée par le PNC à travers Roccu Garoby. Il s’en est suivi quelques remous qui seront, je l’espère, passagers. Corsica Lìbera de son côté n’est pas membre de RPS et n’a pas participé au processus de désignation. Déjà, il y a dix ans, ce parti avait choisi d’appuyer la liste NPA d’Olivier Besancenot, où figurait Alain Mosconi, plutôt que ma candidature avec les Verts. Aujourd’hui sa direction défend l’abstention à ce type de scrutin. En fait tous les électeurs nationalistes corses, particulièrement ceux qui ont soutenu la majorité territoriale, sont face à une question simple : est-ce que mon élection renforcera ou non la majorité nationaliste actuellement au pouvoir en Corse ? La réponse va de soi, et nos électeurs le savent bien.

Dans une Union européenne en pleine crise de populisme, de Brexit, d’euroscepticisme mais aussi climatique et migratoire, quelles seront les marges de manoeuvre du groupe des Verts ?

Le Brexit est une des manifestations de l’euroscepticisme, tout comme la crise des populismes, et, on peut ajouter, car c’est de même nature, le procès stalinien mené à Madrid contre les dirigeants démocratiquement élus de la Catalogne. C’est au repliement sur soi des Etats-nations auquel on assiste, ce qui fait régresser l’Europe et ses valeurs démocratiques. Cela bloque aussi la marche des politiques européennes, notamment face au réchauffement climatique, ou pour répondre humainement et efficacement à la crise migratoire. La France la première, par Manuel Valls, avait rejeté l’idée de quotas d’accueil de migrants à répartir sur les 28 membres de l’UE, si bien qu’en fermant les frontières et les subsides, on a provoqué le basculement politique de l’Italie, alors que ce pays était autrefois le plus europhile des partenaires de l’UE. Après plus de six décennies d’existence depuis le Traité de Rome, l’Europe a besoin d’un second souffle, et elle pourra le trouver à travers l’implication des territoires et des régions, en dépassant l’Europe des Etats.

Comment envisagez-vous votre campagne en Iparralde avec votre colistier, le maire de Mendionde Lucien Betbeder ?

Lucien Betbeder, qui préside le Biltzar regroupant toutes les communes d’Euskadi-Iparralde, incarne parfaitement la revendication basque pour la création d’une Collectivité à statut spécifique séparée du département des Pyrénées-Atlantiques. Il est un élu abertzale, son engagement pour l’euskara et sa sensibilité environnementale sont aussi très forts, et avec la candidate écologiste Sophie Bussière, elle-même très impliquée dans l’accompagnement du processus de paix avec les “Artisans de la Paix”, ils forment un binôme très rassembleur. J’ai pu le constater sur le terrain en rencontrant avec eux l’ensemble des acteurs du formidable tissu associatif qui est au service du peuple basque, Seaska, Eusko, AEK, Bizi… Lors de cette journée en Euskadi tous les contacts que j’ai pris me renvoient le message que notre démarche rassemble largement. Lors de mon mandat, je m’attacherai à consolider cet acquis qui est fondamental. Nous l’avons montré en Corse lors des élections territoriales : si l’on sait se rassembler sur un projet politique commun, la progression de nos idées est alors beaucoup plus facile.