La municipalité de Barcelone lance une monnaie alternative

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Educateur. Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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AdaColau

Cette monnaie devient un outil de relance économique dans la politique sociale d’une grande ville européenne. Une cinquantaine de monnaies alternatives fonctionnent actuellement dans l’Etat espagnol.

La maire Ada Colau, (Barcelona en Comú, branche de Podemos), l’a annoncé officiellement le 14 novembre. Une opération pilote de lancement de «monnaie sociale» locale sera lancée en 2017 et 2018 dans plusieurs quartiers de la ville —avec plus de 1000 familles concernées— parmi les plus touchées par la crise économique. Cette monnaie entrera complètement en vigueur en 2019. Le projet figurait dans le programme électoral de la coalition au pouvoir.

Comme pour toutes les monnaies alternatives, il s’agit de soutenir le commerce, l’économie de proximité et de favoriser la vie économique et l’emploi dans la cité. Plusieurs mesures de soutien figurent dans le projet municipal de Barcelona en Comú : mettre en place un système de micro-crédit et surtout payer une partie du salaire de ses fonctionnaires territoriaux et une fraction des factures de ses fournisseurs en utilisant la monnaie alternative.

Le lancement de cette monnaie à Barcelone s’inscrit dans un plan plus large de mise en place d’un revenu minimum dans la cité et bénéficie à ce titre de 4,8 millions d’euros en provenance de fonds européens. La création d’un nouvel opérateur énergétique qui est déjà en place à la périphérie de Barcelone, est également liée à la création de la monnaie alternative. L’ensemble du projet est piloté dans le cadre d’un Plan en faveur de l’Economie sociale et solidaire qui bénéficie au total d’un budget de 24 millions d’euros.

La Banco de España fait la gueule

La Banco de España ne voit pas d’un bon œil ces innovations atypiques. Elle pense que la création des monnaies alternatives «n’est pas souhaitable», parce qu’elles ont «un caractère informel, dépourvu de cadre normatif et de régulateur ou d’une supervision adéquate».

Près d’une cinquantaine de monnaies alternatives fonctionnent aujourd’hui d’un bout à l’autre de l’Etat espagnol. La plus ancienne, le Zoquito à Jerez, va bientôt fêter ses dix ans et organise en 2017 une rencontre nationale de toutes ces réalisations qui rassemblent entre 2000 et 7000 usagers, selon les endroits. La nouveauté aujourd’hui réside dans le fait qu’elles reçoivent le soutien de collectivités locales importantes. Des villes comme Séville et Cordoba en perçoivent tout l’intérêt social et économique, elles lancent des projets en ce sens. Comme à Bristol (Royaume-uni), une partie de l’argent public émanant de collectivités locales, circulera en monnaie locale. A partir de 2017, les fonctionnaires de Santa Colonna de Gramenet (118.000 hab. près de Barcelone), pourront percevoir 30% de leur salaire en monnaie locale.

Avec ses 1,6 millions d’habitants et par la taille onzième ville de l’Union européenne, Barcelone s’empare de la formule des monnaies alternatives. Elle en fait un outil s’intégrant dans sa politique économique et sociale. Une initiative à cette échelle fera plaisir aux promoteurs de l’Eusko en Iparralde.

Dans un contexte de revendication souverainiste, de telles démarches prennent un singulier relief. Face à un avenir incertain et mondialisé qui leur échappe, les mouvements sociaux s’orientent vers des actions concrètes et de proximité qui leur permettent de faire société, de contrer ou de limiter des évolutions présentées comme inéluctables. En d’autres mots, de moins subir. Face à la lourdeur des temps, ils inventent des possibles.