La résurgence de la mémoire historique

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Anne-Marie Bordes
Anne-Marie Bordes
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JCLa mémoire historique en appelle au souvenir et à la transmission intergénérationnelle. Au gré des commémorations et de l’actualité. Commémoration du D Day, abdication du roi d’Espagne, processus de paix irlandais…  Voici un survol de l’actualité qui fait la part belle aux résurgences du passé.

L’actualité de ces dernières semaines a vu le retour en force de la notion de “mémoire historique” qui renvoie au souvenir, à la transmission intergénérationnelle et au travail d’historiens, après avoir émergé en France dans les années 70 où elle marqua son époque. Ainsi, lors du 70ème anniversaire du débarquement allié sur les plages normandes le 6 juin 1944, marqué pour la première fois par la reconnaissance officielle et solennelle des 20.000 victimes civiles oubliées de la Libération et de l’Histoire, tombées sous les bombardements alliés lors de la bataille de Normandie. Images fortes, lourdes de sens, comme le contraste entre le  tailleur noir de la chancelière allemande Angela Merkel côtoyant le vert pomme d’une Elisabeth II printanière, qui durant la guerre portait l’uniforme d’apprentie ambulancière dans l’armée britannique.

Résurgence subite quelques jours auparavant, le 2 juin, lors de l’abdication surprise du roi d’Espagne, Juan Carlos. L’Espagne, toute à sa crise et ses affaires de corruption, se revoyait subitement en ce mois de novembre 1975 où le futur souverain désigné par le général Franco allait être proclamé roi devant un aréopage de dignitaires franquistes pleurant leur Caudillo décédé deux jours plus tôt.

Les plaies loin d’être pansées

2014 : les deux Espagne ne sont pas encore réconciliées, le spectre de la guerre civile reste vivace. Héritiers des ennemis d’hier, PP et PSOE, encore sous le choc de leurs 5 millions de votants perdus lors des dernières européennes, ont fait corps pour faciliter l’avènement de Felipe VI, faisant taire au nom de la raison d’Etat, les revendications en faveur d’un référendum refondateur. Monarchie ou République?

La Transition on le sait, fit l’impasse sur les crimes du franquisme, les plaies sont loin d’être pansées. La fameuse loi sur la “Memoria historica” adoptée en 2007, signée José Luis Zapatero (premier chef de gouvernement à avoir eu le courage de raviver les blessures dans l’espoir de mieux les guérir), appelée à reconnaître les victimes de la dictature, entravée par une droite récalcitrante, n’est malheureusement pas allée jusqu’au bout de ses objectifs. “Une honte, selon le juriste José Antonio Martin Pallin, que les victimes aient par exemple, à assumer l’ouverture des fosses communes. Ce serait à l’Etat de s’en charger!”

L’ex-magistrat du Tribunal suprême et porte parole de l’Association des juges pour la démocratie, participait en fait au forum sur le “Respect des droits de l’homme pour les personnes
emprisonnées”, organisé le 21 juin par les collectifs citoyens Lokarri et Bake Bidea. Là encore invocation au travail nécessaire de mémoire sans exclusive que suppose la recherche d’une
paix définitive au Pays Basque.

Héritiers des ennemis d’hier,
PP et PSOE, encore sous le choc
de leurs 5 millions de votants perdus
lors des dernières européennes,
ont fait corps pour faciliter
l’avènement de Felipe VI.

Le danger c’est le silence

Quelques jours auparavant Jonan Fernandez, responsable de la commission “Paix et vivre ensemble” du gouvernement basque, invité du PNV dans le cadre de Lema Eguna à Anglet,
avait laissé entendre que “20 ans après les accords du Vendredi Saint, la recherche du vivre-ensemble paraît secondaire en Irlande. La question du passé, expliquait-il, reste un grave sujet de conflit. L’Irlande pourrait non pas voir resurgir la violence armée mais des violences éparses si ce travail n’est pas approfondi. Le danger en effet c’est le silence”. Selon le psychiatre biscayen José Guimon passionné par cette question “le vecteur de la transmission intergénérationnelle du drame” est bel et bien le silence. Une magnifique exposition présentée en début d’année à l’Hôtel de ville de Paris, illustrait parfaitement cette règle. Intitulée “Fusillé pour l’exemple. Les fantômes de la grande guerre. Centenaire de la guerre de 14-
18”, elle racontait comment un siècle après la mort des 650 poilus arbitrairement accusés d’“abandons de poste” ou “désobéissance devant l’ennemi”, sommairement jugés et exécutés,
nombre de leurs descendants y compris de la troisième génération, n’ont pas encore soigné tous leurs maux, fruits de la honte et du silence ayant frappé leurs familles. La plupart
d’ailleurs n’ont pas obtenu réparation.