Maintenir

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Jakes Abeberri
Jakes Abeberri
Co-fondateur et directeur de publication d'Enbata.
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EHEuropanSur fond de désastre des partis de gouvernement, l’un sanctionné pour incapacité à sortir de la crise, l’autre pour enlisement dans les affaires judiciaires, le Front national est sorti première force politique française des élections européennes du 25 mai. Son enracinement se confirme tant il touche toutes les classes sociales, y compris la militance syndicale ouvrière, que l’ensemble des territoires.

Le Pays Basque résiste encore un peu. Les abertzale de gauche ayant à nouveau refusé de s’impliquer dans ce scrutin, une large partie de son électorat s’est reportée sur la liste Euskadi Europan présentée par le PNV. Elle a presque doublé son score de 2009 passant, pour les Pyrénées-Atlantiques, de 4.275 voix à 7.411. L’essentiel de ces suffrages viennent du Pays Basque, soit près de 8% des exprimés. La concurrence ne manquait pourtant pas avec 25 listes en présence.

Certes l’élection européenne, telle qu’elle est organisée dans l’Etat français, si elle est difficilement abordable pour les abertzale (circonscription électorale couvrant trois régions), reste cependant plus praticable que les régionales où il faut présenter des candidats et leurs suppléants dans les cinq départements d’Aquitaine. Or, c’est ce qui a été assumé par les abertzale de gauche il y a quatre ans, avec près de cent candidats basques hors-sol pourvoyant cinq listes départementales. Pour les européennes du 25 mai, une seule liste de dix candidats et autant de suppléants a suffi au bonheur du PNV pour couvrir la circonscription unique des trois régions. De même, pour le matériel électoral distribué au seul Iparralde.
Coût financier sûrement moins démesuré que pour les régionales. A l’heure où la mouvance Euskal Herria Bai réfléchit à une structuration intégrée, après le succès de Bil Gaiten aux municipales de mars, on ne manquera pas de corriger le tir en s’interrogeant sur le vide politique des européennes abandonnées au PNV qui, en l’occurrence, a assumé l’option basque dans nos bureaux de vote.

En Hegoalde les deux forces abertzale ont chacune fait élire un eurodéputé: le PNV assure la réélection d’Izaskun Bilbao et EH Bildu porte à Strasbourg le journaliste Josu Juaristi qu’Enbata a interviewé le mois dernier. Sur Euskadi (trois provinces), le PNV arrive en tête avec 27,45% et Bildu recueille 23,35%, alors que sur l’ensemble d’Hegoalde, Navarre comprise, c’est Bildu qui prend le dessus. Le PNV est en tête en Bizkaye, Bildu en Alava et Gipuzkoa.

A signaler la percée sur l’ensemble de la circonscription Ouest du Breton Christian Troadec, leader des Bonnets rouges, avec 11,54% dans le Finistère. Enfin, saluons le superbe score de 21,51% en Corse de notre ami François Alfonsi dont 26,20% à Bastia. Eurodéputé sortant, arrivé en tête dans 138 communes corses, conduisant une liste RPS face aux Verts, il ne retrouvera pas son siège. Les Basques perdent un militant exemplaire qui a fédéré au parlement européen une force de soutien aux peuples sans Etat.

A l’issue des élections municipales et à la mise en place des intercommunalités, le Conseil des élus a tenu le 19 mai une assemblée générale avec le nouveau personnel politique. Le sénateur Jean-Jacques Lasserre a été réélu, sans concurrence, à la présidence. Il est entouré d’un bureau de quatre personnes dont Martine Bisauta et Alain Iriart. Il apparaît que l’esprit ayant présidé à l’élaboration du projet de collectivité spécifique est maintenu,voire amplifié. A la veille de la mise en oeuvre gouvernementale du big bang territorial, cela est de bonne augure car, comme nous le disions à cette place le mois dernier, tout est possible, y compris la prise en compte d’une institution propre pour peu que nous ayons la conviction que l’heure est venue. Chacun d’ailleurs psalmodie sur ce thème.

Le préfet avance l’option d’une intégration intercommunale dans le cadre des limites historiques du Pays Basque. La députée socialiste Colette Capdevielle prenant acte de l’élargissement de la région Aquitaine et de la suppression du département des Pyrénées-Atlantiques, voit dans la proposition préfectorale une opportunité à saisir. Max Brisson, au nom de l’UMP, s’oppose à cette ingérence préfectorale.

A vrai dire, pas besoin d’un big bang territorial pour créer, entre nous, une superstructure intercommunale d’Iparralde. La législation actuelle nous l’autorise depuis longtemps et cette option fut un temps celle de Jean-Jacques Lasserre avant qu’il ne se rallie à la collectivité spécifique.

L’heure n’est plus à mettre en commun des compétences dont on dépouillerait nos intercommunalités, mais bien à créer une collectivité élue au suffrage universel direct ayant des compétences spécifiques venues pour partie du Conseil général défunt, du Conseil régional élargi et de l’Etat. Pour leur financement, la compétence générale, que l’on s’apprête à supprimer, n’est pas nécessaire car ce nouveau pouvoir local n’a besoin que de budgets spécifiques (ressources et dépenses) alimentés par l’impôt direct et la dotation de l’Etat. Si le Conseil des élus dans sa nouvelle configuration se place sur les bons rails, il doit cependant prendre garde à ne pas se laisser distraire de son objectif institutionnel. Sa chance est précisément dans le big bang qui, s’il se réalise, mettra à mal la traditionnelle uniformité républicaine par une adaptation souple aux exigences multiformes des territoires; ruralité, bassins de vie, identité, mégapole, transfrontalier…

Dans cette nouvelle donne, il nous faut retrouver une expression ajustée à notre réalité, soutenue par le plus large consensus et portée avec vigueur auprès de tous les acteurs et décideurs politiques de l’Hexagone.

MAA

Elle fut des tout premiers instants de la naissance d’Enbata avec Xalbat son mari. Maire de son village, elle s’engagea sans réserve parmi les élus abertzale, ouvrit sa mairie à nos réunions, porta nos couleurs lors des élections régionales, s’impliqua dans le théâtre basque, incarna le renouveau économique d’Iparralde à la tête de son entreprise paysagère et à la fondation d’Herrikoa. Marie-André Arbelbide était des nôtres. Son sourire n’avait d’égal que sa générosité qui a, notamment, permis à ce journal de surmonter ses crises économiques. Sa serviabilité inspirait le respect. Notre engagement commun a profondément présidé sa vie. Sa présence nous a marqués à tout jamais.