Aurore n’est pas seule

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Elle l’avait promis, elle a tenu parole. Aurore Martin a quitté la clandestinité à l’occasion de la journée de mobilisation contre le Mandat d’arrêt européen organisée par le collectif anti-MAE à la Halle d’Irati à Biarritz samedi dernier.
Elle a fait son apparition publique lors du meeting de l’après-midi devant une foule considérable qui ne lui a pas ménagé ses applaudissements. Entrée en clandestinité le 23 décembre dernier pour échapper à l’exécution de la décision scélérate du juge palois, confirmée par la Cour de cassation, elle est apparue souriante, mais a eu bien du mal à cacher son émotion.
Assise au premier rang entre Didier Borotra, sénateur-maire de Biarritz, et Jean-Guy Talamoni, le chef de file des indépendantistes corses, Aurore avait derrière elle une estrade copieusement garnie d’élus de toutes sensibilités, Michel Veunac, maire-adjoint de Biarritz, Alima Boumédienne, sénatrice Europe-Ecologie, François Alfonsi, eurodéputé Europe-Ecologie/ALE, Marie-Christine Aragon, conseillère générale PS ou encore Martine Maillefer du NPA, sans compter les nombreux élus abertzale tels Jakes Abeberry, Michel Poueyts ou Battitt Amestoy.
Les diverses prises de paroles avaient un objectif commun: dénoncer l’utilisation du MAE faite par le gouvernement français pour museler les militants qui le dérangent et criminaliser les opinions politiques qui ne lui complaisent pas. Tous les orateurs, Alima Boumedienne, Maurice Tubiana, président d’honneur de la LDH (par le biais d’une intervention enregistrée), Martine Maillefert, le représentant des syndicats des peuples sans Etat et, en clôture, Anaiz Funosas, porte-parole du collectif anti MAE, ont demandé l’abrogation du MAE.
Parmi les centaines de soutien d’associations et de syndicats apportés à Aurore, il faut noter en particulier celui du Syndicat national de la magistrature pour qui, tel qu’il a été conçu, le MAE peut devenir «une dangereuse hérésie qu’il convient de dénoncer de façon d’autant plus urgente que la jurisprudence s’est durcie».
Au terme du meeting, un appel a été lancé à la mobilisation pour empêcher qu’Aurore ne soit extradée et livrée à la police espagnole tortionnaire et à une juridiction d’exception qui n’aura pas d’état d’âme pour la condamner à des années de prison pour simplement avoir exprimé ses opinions politiques.
Nous publions ci-contre la prise de parole d’Aurore à la Halle d’Irati.

Tentative d’arrestation d’Aurore

Rien n’y aura fait. Ni le soutien de centaines de personnalités politi-ques, d’associations de défense des Droits de l’homme, de syndicats, ni le meeting de samedi à Biarritz où elle aura reçu l’appui d’élus de tous bords et de centaines de militants, la police anti-terroriste a tenté d’arrêter Aurore mardi après-midi au domicile de sa sœur à Bayonne.
Seule l’opposition déterminée de militants vigilants a empêché son enlèvement (photo en couverture). Tout l’après-midi, plusieurs centaines de personnes ont fait rempart autour d’Aurore, place Paul Bert, pour prévenir toute nouvelle tentative d’arrestation.
Au moment où nous bouclons le journal, une conférence de presse improvisée sur le trottoir par Aurore, Xabi Larralde, en compagnie des élus présents —Martine Bisauta, Marie Christine Aragon entre autres— a dénoncé le caractère scandaleux du coup de force des autorités françaises.
Pendant ce temps, une armée de CRS stationnait à quelques dizaines de mètres, prête à intervenir. Finalement, les forces de l’ordre ont levé le camp sans procéder à une nouvelle tentative d’arrestation.
Vers 17h une dépêche AFP rapportait une déclaration de Claude Guéant disant que le MAE concernant Aurore Martin serait mis en œuvre.

Une journée de débats

Les débats de la journée du 18 juin organisée à Biarritz par Askatasuna “pour le respect des droits civils et politiques” ont été très riches.

LE débat du matin avait pour thème la législation d’exception et le MAE. Après la présentation et l’historique récent de l’escalade répressive, par Anaiz Funosas, la représentante de l’Observatoire des droits (Behatokia) Iratxe Urizar a dressé l’état de la situation, et la centralité de la torture au cours des interrogatoires au secret. L’avocate Amaia Rekarte y est revenu, pour montrer comment les MAE espagnols se trouvaient biaisés, du fait d’aveux obtenus par la violence. Elle a évoqué la possibilité d’un recours positif auprès de l’Europe, notamment à cause du rôle du procureur français, non considéré à Strasbourg comme un magistrat. Pour le président de la FIDH Patrick Baudoin, c’est toute la législation anti-terroriste qui est à abattre. D’après lui, elle ferait même le jeu des terroristes! Et le MAE, ne respectant pas la règle de double incrimination, est à mettre dans le même sac.
Admirablement drivé par le Pr Jean-Pierre Massias, le débat de l’après-midi a tourné autour de la résolution du conflit. La médiatrice Véronique Dudouet, de la Fondation Berghof a dégagé les principes d’endurance, de démocratie, de dé-radicalisation menant au dialogue, en ne cachant pas les difficultés nées de la criminilisation des organisations dites terroristes.
Au nom du Sinn Fein, Teresa Ruane a dit en quoi l’exemple irlandais peut servir ici. Quant à Xabi Larralde, il s’est appuyé sur les actes du Conseil de l’Europe et rapports de l’ONU, pour conforter les droits attachés à la nation basque. Paul Rios, de Lokarria, pose comme conditions à une solution: 1) la fin d’ETA 2) la légalisation de Sortu 3) la participation massive des citoyens.
Dans la salle, les élus corses Jean-Guy Talamoni et François Alfonsi ont fait part de leur expérience. Le premier pour rappeler le cycle, non encore achevé, des négociations avec l’Etat français. Le second, député européen, pour évoquer le travail du groupe des élus autour de la question basque et pour souligner l’importance d’une avancée électorale: les 35% des autonomistes-indépendantistes en Corse, comparables à la vague Bildu en Hegoalde. Reconquête d’un pays par les urnes…

“Je suis une militante politique active
et responsable de mes actes”

Tout d’abord je voudrais remercier tou-tes les personnes, qui de près ou de loin, m’ont soutenue, aidée, hébergée ces six derniers mois. Toute cette solidarité m’a aidée à tenir durant cette longue période, parfois difficile, mais pas insurmontable, à partir du mo-ment ou vous savez que vous n’êtes pas seule le temps parait moins long. Si aujourd’hui un tel rassemblement est possible, c’est grâce à toutes ces personnes qui se sont investies individuellement ou collectivement. Merci à eux, merci à vous toutes et tous ici présents.
La raison de mon retour? Je crois qu’il y en a plusieurs.
Il me semble qu’il existe des conditions politiques qui me permettent de le faire, un espoir est en train de naître en Pays Basque. Les dernières élections, les résultats de Bildu, le démontrent. Il existe enfin une représentativité politique après des années d’illégalisation, le changement est en cours, mon retour est un apport à la construction de ce changement. Je suis une militante politique active et responsable de mes actes. J’assume ce que je suis, ce que je pense et ce que je fais!
D’autre part il existe un soutien massif partout en Pays Basque et en dehors. Il est massif et pluriel, c’est la meilleure garantie pour mon retour à la vie publique.
Je ne suis pas dupe. Je sais que dans un avenir proche la France, la police française, va me livrer à la justice d’exception espagnole, à cette justice qui permet et utilise la torture, cette justice qui illégalise des partis politiques et associations, cette justice qui ferme des quotidiens et incarcère ses journalistes. Cependant je suis sûre d’une chose, nous avons, entre toutes et tous, gagné une bataille politique de taille. Nous avons su dépasser le débat de la nationalité en apportant tout notre soutien aux huit jeunes de Segi, tous aujourd’hui incarcérés en Espagne. Nous avons gagné la bataille politique contre le mandat d’arrêt européen.
Je n’ai pas peur de ce qui m’attend, je vais partager le sort de plus de 700 autres prisonniers politiques basques. Je profite d’être ici à Biarritz pour leur transmettre à eux, ainsi qu’à leurs familles, toute l’émotion et la chaleur que je ressens en ce moment.

Azken hilabete hauetan Ipar Euskal Herrian mugimendu zabala, anitza, bateratua sortu da. Dinamika azkar honek erakutsi du bere gaitasuna hainbat ekimen, mobilizazio, eztabaida et abar antolatuz. Plazaratu ditu bere hausnarketak, aldarrikapenak, erronkak…
Gure artean ilusioa et esperantza piztu duen dinamika aberasgarriak iraunkortu behar dugu.
Ipar Euskal Herrian eraman duen lana oinarritzat hartuz heda dezagun mugimendu hau Euskal Herri osorat.
Hemendik dei bat luzatu nahi nuke, Euskal Herri osoan, bi estadoen inposaketa gaindituko duen dinamika politiko berri bat eraikitzeko. Herriz herri, auzoz auzo, bakoitzaren ibilibidea, erritmoa eta historioa errespetatuz eraik dezagun erreprezioa eta inposaketa geldituko duen Herri Harresia.
Legalizazio osoa aldarrikatu eta irabaziko duen herri harresia, sarekadak eta torturak geldituko dituen herri harresia eta ororen gainetik Euskal preso politikoak bizi duten xantaia, tratamendu krudela, eskubide guzien urraketa geldituko duen herri harresia.
Preso guzien askatzeraino, sakabanaketarekin bukatuko duen herri harresia, kondena bukatua eta eri direnen askatasuna lortuko du-en herri harresia.
Hau da gaur egun Euskal Herriak eman behar duen urratsa.
Denen artean guzi hori lorgarria da.
Herri honen indarrean sinesten dut.
Bil gaitezen. Antola gaitezen. Garaia iritsi da. Geroa gurea da!
Gora Euskal Herri Askatuta.

Prise de parole d’Aurore Martin
samedi 18 juin à Biarritz