Nouvelle ère politique en Pays Basque par Xabi Larralde

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Un mois après, on peut dire que tous les acteurs ont assimilé la portée des résultats des élections municipales et provinciales au Sud et de l’effet Bildu. En Iparralde, un élément y a plus particulièrement contribué: la prise de fonction de Juan Karlos Izagirre, le nouveau maire de Donostia. A cette série d’images fortes qui ont cadencé l’actualité de ces dernières semaines, il en manque une importante: celle de la prise de la présidence de la Diputacion de Gipuzkoa par Bildu… Au mo-ment où j’écris cette rubrique, elle n’est pas encore eu lieu, mais à défaut de mauvaise surprise, le lecteur de cette rubrique aura eu l’opportunité de la contempler avant de lire ces lignes. On peut légitimement penser qu’une nouvelle ère politique est aujourd’hui en marche en Euskal Herri. Par rapport à la nouvelle stratégie de la gauche abertzale, trois hypothèses fondamentales ont en effet été validées par les résultats des dernières élections. Premièrement, en créant un certain climat politique, la mobilisation de la société civile et de l’opinion publique internationale peut faire reculer l’Etat d’exception. Certes, la légalisation de Bildu s’est jouée à une voix près au tribunal constitutionnel espagnol, mais le résultat est là. Secundo, le camp abertzale apparaît comme majoritaire en He-goalde. Tertio, Bildu colle aux basques du PNV en termes de résultats. Le projet indépendantiste de gauche peut légitimement avoir l’ambition de s’approprier demain le leadership du camp abertzale. Une nouvelle ère politique est en marche, parce que la stratégie de la gauche abertzale est crédible. Elle est maintenant totalement crédible au sein de sa propre militance. Elle est crédible ensuite pour la société civile en Pays Basque. Elle est crédible, enfin, pour les acteurs internationaux qui suivent «la question basque». Le processus politique et démocratique en Pays Basque à dérouler à partir de maintenant comporte deux volets. Celui, d’abord, d’un processus souverainiste dont un des horizons envisageables correspond selon moi à un scénario «à l’écossaise». Les abertzale étant majoritaires en Hegoalde, ils réinvestissent les lieux de décision et de pouvoir pour les utiliser à terme à la mise
en pratique du droit à l’autodétermination, c’est-à-dire à l’organisation d’un processus référendaire qui posera la question de l’indépendance. Le second volet est celui d’un processus de négociation avec les Etats. Au jour d’aujourd’hui, on ne peut pas dire que celui-ci soit formellement en marche. Car, à aucun moment nous n’avons entendu les Etats espagnol et français expliciter leurs dispositions à s’engager en faveur d’un processus politique et démocratique duquel sont bannies toutes formes de coercition et d’usage de la violence: les arrestations et la torture perdurent, la légalisation de la gauche abertzale n’est pas actée, les presos continuent de subir des conditions d’incarcération inacceptables… A court terme, l’enjeu est donc d’enclencher ce se-cond volet, notamment en travaillant sur les aspects que je viens de citer. Arracher les premières mesures de légalisation et de normalisation de la vie politique sur l’ensemble d’Euskal Herria, construire un rempart citoyen contre la répression ayant la capacité de la conditionner, enclencher une vaste mobilisation en faveur des droits des presos. Plus globalement, la question qui se pose est de valider tout le potentiel de la nouvelle ère qui s’ouvre. Depuis le départ, des premières réflexions, à la mise en forme des pas nécessaires, la stratégie actuelle est dans sa conception une stratégie de caractère national, c’est-à-dire qu’elle a vocation à se développer sur tout Euskal Herria, et donc en Iparralde aussi. Et ce, pour deux raisons. D’une part, un des registres de la stratégie souverainiste est la construction nationale: mettons en place, par le biais de pas concrets, les outils qui garantiront demain notre avenir en tant qu’euskaldun. D’autre part, il ne peut y avoir une résolution définitive du conflit sans une implication pleine et complète de l’Etat français. Je crois que les abertzale d’Iparralde prennent maintenant la pleine dimension de la stratégie en cours. L’heure est ici aussi au rassemblement de nos forces. Entre tous, nous de-vons formaliser le schéma de travail qui va permettre de fixer dans la pratique la donne de cette nouvelle ère sur l’ensemble des provinces du Zazpiak Bat.