Qui ne dit hameau consent !

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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Les basques seraient-ils mal logés, mal lotis, malappris ? A croire Jean-Marc Abadie, il y aurait de multiples sortes de demeures sous les toits d’Euskal Herria. Une manière de traiter légèrement une matière éminemment sérieuse.

D’un côté, une provision éhontée
de logements secondaires,
de l’autre, une apathie sidérante
de la population.

Avoir un chez soi pour un humain, c’est apparemment important. Se loger dans de bonnes conditions, c’est plus qu’un droit : une nécessité. Et ce qui est, ici en Pays basque Nord, incongru, c’est une dichotomie certaine entre une situation particulièrement injuste et le peu de réactivité collective de la population. D’un coté une profusion éhontée de logements secondaires (allant jusqu’à près de 50% du parc dans St-Jean-de-Luz in situ), 43.882 en y rajoutant les logements vides *, une situation récurrente de mal logement où, selon les sources, entre 4.000 et 5.000 personnes seraient inscrites sur la longue liste des HLM, un prix du foncier démentiel qui atteint et même dépasse les 10.000 euros le m² sur St-Jean—Ciboure en bord de mer, et des loyers sur le BAB un tiers plus chers qu’à Pau. De l’autre une apathie sidérante de la population en général, de la plupart des partis politiques, syndicats et même des élus qui, il faut bien le dire, gèrent la pénurie en négociant avec les promoteurs quelques places sur des programmes privés afin de pouvoir rendre service et soigner quelques futurs électeurs potentiels.

Pousse-toi de là que j’m’y mette !

Pis, et c’est un secret de polichinelle, dans les commissions d’attributions pour des logements en HLM sur le BAB, chaque partie en présence –représentants des syndicats de locataires inclus- présente sa liste de “prioritaires”. On parle alors avec euphémisme de la chance de pouvoir avoir des “réseaux”pour trouver un appartement. C’est en fait le piston généralisé qui permet au couvercle de la marmite de rester en place et aux membres des commissions de négocier leur part de gras en faisant remonter des dossiers en haut de la pile. Tant pis pour celles et ceux qui croient encore que l’attente sans faveur est la règle du jeu.

Pognon sur rue

Sur le BAB 130 agences cohabitent pour 110.000 habitants (soit un rapport de 1/770)*, le commerce de la vente immobilière se porte comme un charme. Avec une moyenne de 2.876 euros/m² pour un appartement à Bayonne contre 3.611 sur Anglet et la bagatelle de 4.355 sur Biarritz, les biens, si le prix de vente n’est pas outrageusement haut, trouvent acquéreurs dans une période moyenne de 6 mois. Dire que les “locaux” n’ont pas, dans ces conditions, accès au foncier n’est pas complètement vrai (il y a des basques qui vivent avec une certaine aisance). Malgré des taux d’emprunt relativement bas, ce sont surtout les classes moyennes qui ne peuvent accéder à la propriété. Et la poursuite voire le renforcement de l’attractivité de notre territoire avec 30.000 personnes attendues d’ici à 2025 ne va pas inverser la courbe avec une offre déjà bien en deçà de la demande.

Plantoun1

Elkartasuna

Alors dans ce contexte de sinistrose, l’occupation d’une maison dans le hameau de Plantoun à Bayonne vient nous rappeler que les batailles perdues d’avance sont celles que l’on ne mène pas. On peut toujours reprocher aux squatters d’avoir pris cette initiative sans grande concertation, qu’ils pouvaient aussi s’attaquer au logement privé vacant (il y en avait 1.890 selon l’INSEE en 1999 à Bayonne)… Pourtant, leur action d’occupation nous invite à leur porter toute la solidarité nécessaire, même et surtout à la veille d’une expulsion. Les squatters bayonnais défendent ce droit inaliénable au logement et l’idée que des alternatives sont possibles face à la vacance de logements jusqu’à l’idée de l’habitat participatif ou de la réquisition. Dans une société toujours plus individualiste et apathique, leur action » contre la spéculation et pour la solidarité, la mixité sociale, l’habitat sain, la mutualisation d’espaces et de ressources” ne peut que nous amener à les rejoindre.

* Source : Collectif Lurra eta etxebizitza