Régionales en blanc pour EH Bai

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Jakes Bortayrou
Jakes Bortayrou
Employé dans l'enseignement du basque aux adultes, membre de BATERA et militant d'Abertzaleen Batasuna
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Nous sommes au coin, en bas à gauche.

Nous sommes au coin, en bas à gauche.

L’assemblée générale extraordinaire d’EH Bai du 27 juin dernier a défini la position du mouvement concernant les élections régionales de décembre 2015 : EH Bai ne se présentera pas à ce scrutin et appellera à voter blanc. Outre cette option, “se présenter en alliance avec d’autres mouvements” et “présenter une candidature EH Bai” étaient soumis au vote des militant-e-s. Voici les raisons du choix d’EH Bai.

La structuration, l’organisation des groupes locaux, la participation des militant-e-s à la réflexion politique, la définition d’un projet commun pour renforcer l’outil EH Bai, sont apparues comme des enjeux prioritaires par rapport à l’énergie nécessaire à une campagne électorale.

Depuis qu’ils participent régulièrement aux échéances électorales (milieu des années 80) les mouvements abertzale ont toujours eu quelques difficultés avec les scrutins dont les circonscriptions dépassent les limites du Pays Basque Nord comme c’est le cas pour les européennes ou les régionales.

On le comprend aisément : les forces abertzale sont par définition implantées au Pays Basque. En se présentant sur des circonscriptions plus vastes, les résultats sont insignifiants malgré des bons scores en Pays  Basque.

L’impossibilité de peser numériquement sur le scrutin et encore plus d’avoir des élu-e-s donne essentiellement au vote un caractère de témoignage ce qui limite sa portée par rapport à d’autres élections.

On peut faire les calculs que l’on veut, présenter les résultats uniquement sur le territoire des trois provinces basques, on reste, pour le grand public, tout en bas du tableau.

Certains répéteront que “la politique a horreur du vide”, qu’il faut exister en occupant le terrain, ce qui est vrai, mais dans ces conditions le jeu en vaut-il la chandelle ?

Choix compliqué

L’autre option qui vient naturellement à l’esprit est celle d’une alliance avec des forces politiques hexagonales. Choix souvent compliqué aussi pour plusieurs raisons. Les partenaires potentiels ne sont pas légions car personne n’a envie de jouer seulement les supplétifs de forces politiques à la recherche de voix mais peu sensibles à l’agenda abertzale et peu enclines à porter ses revendications après le scrutin.

Au-delà se pose un problème de stratégie.

Pour quel objectif politique se présenter dans une circonscription supra Pays Basque, pour porter quel projet avec quelle visibilité ? Être en situation très minoritaire au sein d’une coalition en situation de gestion où dans l’opposition peut présenter des avantages (gagner en légitimité, un-e élu-e porte-voix…) mais aussi pas mal d’inconvénients dans la mise en oeuvre de la ligne politique du mouvement.

Reste enfin l’option de non-présentation avec plusieurs déclinaisons possibles comme l’absence de toute consigne et de toute campagne, l’appel à voter pour d’autres, le vote blanc, les bulletins alternatifs comptabilisés nuls…

Ces différentes options et argumentations ont été régulièrement débattues et expérimentées dans le passé par les mouvements abertzale, les choix faits étant plus souvent liées à la conjoncture (et notamment les  rivalités intra-abertzale ou les batailles pour le leadership) qu’à des positions de principes intangibles, tant il est vrai qu’aucune des solutions n’est satisfaisante et que chacune des positions présente un intérêt relatif.

Les militante-s d’EH Bai n’ont pas échappé à la règle et si le choix a été sans appel, tout le monde a bien perçu la part de “vérité” contenue dans chacune des motions.

Priorité à la structuration d’EH Bai

Parmi les éléments qui ont probablement pesé, outre ceux évoqués ci-dessus, il faut d’abord noter l’intérêt très relatif pour l’échéance des régionales parmi les militant-es (les débats n’ont pas soulevé les passions).

Après plusieurs années de réformes territoriales laborieuses, contradictoires, à peu près illisibles et sans consultation des populations, après le refus de la Collectivité territoriale Pays Basque, le découpage  technocratique de nouvelles grandes régions réduit l’intérêt à participer à la vie politique, déjà mal en point, aux cercles restreints des politiciens professionnels des grands partis français. EH Bai est par ailleurs dans une phase de construction en tant que mouvement après avoir été une coalition électorale puis une coordination permanente de trois partis. La structuration, l’organisation des groupes locaux, la participation des militant-e-s à la réflexion politique, la définition d’un projet commun pour renforcer l’outil EH Bai, sont apparues comme des enjeux prioritaires par rapport à l’énergie nécessaire à une campagne électorale. De même le débat sur les alliances n’est pas évacué mais semblait pour beaucoup prématuré.

Il nécessite du temps, des débats et un processus de maturation pour éviter des déchirures au sein du mouvement. Enfin dans les mois à venir un enjeu important va mobiliser les énergies militantes, notamment celle  des abertzale : le débat sur une première structuration institutionnelle Pays Basque. Désormais comptabilisé à part, le vote blanc a été retenu à une faible majorité.

Sans nécessiter de campagne importante cet appel politiquement justifié par les éléments évoqués plus haut offre une option aux électeurs d’EH Bai.

Malgré cet appel gageons cependant que la non-présentation de la gauche abertzale aux régionales va aiguiser l’appétit d’autres forces politiques.