Valeurs occidentales ?

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Enseignant agricole à la retraite, écrivain, membre de l'Académie de la Langue Basque, co-fondateur d'Enbata et d'EHAS.
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DUDHIl est banal d’entendre dire que les droits humains sont juste bons pour nos pays riches d’Europe occidentale aux démocraties bien assises, ainsi que pour leurs émanations nord-américaines (Canada, USA) et sud-océaniques (Australie, Nouvelle- Zélande). Finalement elles seraient les privilèges du monde plus blanc que le blanc, excluant bien sûr les “noirs” et les “jaunes”, mais aussi les blancs cassés, plus ou moins bronzés de naissance : Arabes, Berbères, Turcs, Persans, Kurdes, Latino-américains, etc. C’est tout juste si l’on tolère en périphérie de l’Europe les bruns ibériques, italiens et grecs, un peu suspects dans ce club nordique distingué, voire aryen.

Bref, il s’agirait de “valeurs occidentales” concernant surtout l’élite autoproclamée de l’humanité, sans obliger moralement ces peuples “de couleur” que Jules Ferry qualifiait de “races inférieures”.

Et tous les tyrans de l’ex-Tiers Monde se couvrent de ce bémol arbitraire pour maintenir leur excès de pouvoir sur leurs concitoyens, au nom du droit à la différence culturelle.

Valeurs occidentales, c’est vite dit, et c’est trop commode.

Allons donc à la source, et plaise ou non, c’est la Bible, certes laïcisée par les philosophes anglais puis français des Lumières au XVIIIème siècle. Le judaïsme et le christianisme sont-ils des religions occidentales ?

C’est oublier qu’ils sont nés en Palestine, donc en Asie, nourris de racines mésopotamiennes —irakiennes en langage actuel– et d’autre part égyptiennes, donc africaines, mais encore orientales.

C’est aussi oublier que le Coran est lié à la Bible, avec en profondeur les mêmes valeurs, cachées par de lourds sédiments historiques et civilisationnels que beaucoup prennent à tort pour les fondements de l’islam.

De son côté le christianisme orthodoxe et catholique est plombé par un héritage accumulé tout au long d’un double millénaire, tendant à occulter son inspiration originelle, biblique, donc orientale.

Les droits humains
ne sont pas réservés
aux vieilles démocraties blanches,
ils ont une vocation universelle

Oui, ce soleil-là aussi vient de l’Est. La source vit toujours sous la vase du temps et de la routine. Pour en revenir aux droits humains, l’israélite René Cassin a puisé largement dans la Bible pour rédiger la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il ne s’en cache pas, bien au contraire il écrit qu’il a voulu en faire une version laïque du Décalogue. Comment oublier cet acquis culturel qui nous porte, même inconsciemment, et qui n’est pas d’origine occidentale ? Considérons aussi que ladite Déclaration des droits humains fut votée en décembre 1948 par les membres de l’ONU, et qu’elle est signée par tous les Etats actuels. Ces droits ne sont donc pas en option, comme le clignotant chez certains automobilistes. Les trois grandes religions monothéistes que je viens d’évoquer se sont largement répandues dans le monde, elles continuent d’y faire des adeptes, même dans notre vieille Europe occidentale apparemment si sceptique. A plus forte raison les droits humains libérés de leur origine religieuse devraient s’étendre partout en peu de temps. Il faut cesser de les racialiser culturellement en ignorant la capacité d’adaptation, d’évolution et de progression des divers peuples. Cesser de nier l’unité fondamentale de l’humanité, car la science biologique nous montre que le cerveau humain est partout le même, avec des différences infinitésimales de niveau génétique d’une personne à l’autre, quelle que soit l’origine géographique ou sociale. La simple observation pratique nous montre d’ailleurs la capacité des peuples à changer de système politique.

Le Japon par exemple vient d’assimiler en peu de temps le modèle démocratique, avec les valeurs fondamentales qui vont avec, sans pour autant renier sa culture millénaire. Et partout dans le monde l’on voit des populations qui cherchent à se libérer de pouvoirs abusifs, arbitraires, outranciers : leurs tyrans ne pourront pas leur tenir éternellement la tête sous l’eau, leur bras finira par avoir des crampes, et ceci est particulièrement vrai pour la domination patriarcale sur plus de la moitié de l’humanité, qui est féminine.

Il ne faut pas désespérer, il ne faut pas renoncer, et d’abord il ne faut pas admettre que les différences culturelles servent de prétexte pour effacer les droits humains, où que ce soit dans le monde.

La seule concession que l’on puisse accepter est que dans les cas les moins évidents il faille un certain temps pour la pédagogie et la progression.