Depuis quelques mois, le débat s’instaure et pas toujours de la meilleure des façons sur la place des femmes dans l’espace public… En 2017 et en France. Pour les femmes de ma génération c’est un douloureux retour en arrière, souvenons-nous des marches nocturnes instaurées dans les années 70, à Paris, Bayonne mais aussi Fontarrabie ou Hernani. Nous avons lutté pour que la rue nous appartienne aussi, nous avons clamé que l’espace public ne pouvait être le lieu des seuls hommes, nous avons imposé d’autres modes de vie et exigé le respect. Il semble parfois loin ce temps où beaucoup d’hommes ont partagé ces revendications avec nous, où nos copains, nos compagnons ont soutenu nos démarches.
Aujourd’hui, peu à peu nous constatons que les femmes rencontrent de plus en plus de difficultés à se mouvoir en toute liberté dans l’espace public et il ne s’agit pas de sorties nocturnes mais dans la vie de tous les jours et à toute heure. C’est inacceptable. Rien ne peut nous priver de cette liberté fondamentale sauf à renoncer à nos façons de vivre, à notre culture, au contrat social qui est celui d’une république laïque.
D’abord il a fallu comprendre que cela se passait dans certaines endroits, des lieux privatisés par la gent masculine, dans des zones dites parfois de non droit (?) puis peu à peu le phénomène s’étend à Paris notamment mais on finira par apprendre que cela ne se limite pas à la capitale. Il y a dans l’air un politiquement correct qui fait que, notamment à gauche, on refuse de voir la réalité, préférant contempler la pointe de ses souliers car il ne serait pas souhaitable de soulever la question. On risque, parait-il, la stigmatisation d’une partie de la population qui a d’autres principes, qui vient d’une autre culture. Il faudrait donc renoncer à la défense des droits élémentaires pour les femmes au nom de religions, de cultures qui les asservissent et qui les privent d’une existence normale !
Je ne vois pas pourquoi on serait exigeant avec les débordements des intégristes catholiques et pourquoi il conviendrait de faire silence sur d’autres. Tout est à mettre sur un pied d’égalité, les religions monothéistes nous les avons à l’époque cataloguées de “couteaux contre les femmes”, peu importe que le gourou se nomme Jésus, Mahomet, ou Jéhovah, la religion est respectable si elle n’entraîne pas de conséquences pour ceux ou celles que cela ne concerne pas.
Aujourd’hui, peu à peu
nous constatons que les femmes
rencontrent de plus en plus de difficultés
à se mouvoir en toute liberté
dans l’espace public
et il ne s’agit pas de sorties nocturnes
mais dans la vie de tous les jours
et à toute heure.
La “bien-pensence” d’une certaine gauche sur le sujet est effrayante, Hamon nous a gratifié par exemple d’un “historiquement dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes”. Historiquement les femmes ne votaient pas, elles étaient mineures juridiquement assujetties à leurs pères et leurs maris. Alors Benoît on refait le chemin à l’envers, on efface nos combats pour l’égalité ?
Ce genre de discours tend à accréditer l’idée que l’on devrait renoncer selon une géographie assez indéterminée aux droits durement acquis pour permettre que dans la République certaines femmes soient traitées différemment.
Les droits des femmes ne sont pas solubles, ils ne peuvent être soumis à des religions ou des cultures qui ne les prennent pas en compte, ils sont inaliénables. Si nous laissons faire, comment ne pas imaginer l’évolution désastreuse qui nous attend, dans quel monde fera-t-on vivre demain celles qui sont aujourd’hui des gamines ?
Les effets de balancier dans l’Histoire sont redoutables et notre manque de lucidité, notre lâcheté auront des conséquences néfastes.
Les discussions de salon ont commencé, Caroline de Haas a proposé “d’élargir les trottoirs” à Paris dans une interview où le malaise transpirait car il ne faut pas avoir l’air de s’en prendre à ces hommes, qui dans certains quartiers entravent la libre circulation des femmes.
Gênée elle était, et de rappeler que des femmes de toutes origines et de toutes classes sociales meurent tous les deux jours sous les coups de leurs compagnons et de dénoncer aussi les trop nombreux viols. Certes, c’est une évidence mais en quoi ces rappels peuvent- ils amoindrir d’autres faits ? La lutte des droits est indivisible et nous devons nous rappeler que seule notre unité a permis des avancées…
“Ensemble, en mouvement les Femmes nous vaincrons la répression”, ce très beau chant du MLF va retrouver toute son actualité et cela est désespérant.
S’il faut battre à nouveau le pavé, allons-y !
Sans distinction de genre, d’origine ou de religion. Affirmons à nouveau avec force que nous ne nous laisserons pas déposséder, que nous avons écrit une page de l’humanité pour que chacun et chacune marche vers l’égalité et qu’il est temps de s’en souvenir.
On ne lâchera rien !