L’automne sera-t-il chaud ? par Jakes Bortayrou

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La lutte contre le projet de réforme des retraites de Sarkozy et du gouvernement Fillon entre dans une phase décisive. Celle où apparaît comme une évidence au plus grand nombre qu’il faut soit s’avouer vaincu et cesser la mobilisation, soit franchir le pas vers une confrontation plus dure avec le pouvoir.
Entamé le 23 mars dernier, le cycle des journées d’action (1er mai, 27 mai, 24 juin, 7 septembre, 23 septembre, 2 octobre) s’est accéléré sans que ne faiblisse la mobilisation. Celle-ci s’est au contraire renforcée malgré le déni du gouvernement, et étendue à de nouveaux secteurs comme l’ont montré les manifestations de samedi dernier. De nombreux collectifs citoyens unitaires se sont créés un peu partout, menant un travail d’information auprès de la population, dé-montant l’argumentaire fallacieux du gouvernement et démontrant que des solutions existaient pour un système de retraites solide, juste et solidaire. Au Pays Basque c’est aussi la caravane de voiture «60km pour les 60 ans à taux plein» et le rassemblement à proximité des journées parlementaires de l’UMP, bloquant toute circulation pendant une heure. Mais il est clair aujourd’hui que les journées d’action ne suffiront pas pour faire reculer le gouvernement. Il faut passer à une nouvelle étape. Est ce possible? Est-ce réaliste?
Petit rappel des enjeux. Déjà amorcée de-puis 93 par les réformes précédentes la baisse des pensions (-20%) est rendue inéluctable par l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge légal (qui conditionne le droit au taux plein) car bien peu de salarié(e)s pourront satisfaire aux nouvelles obligations (problèmes de santé, chômage, carrière discontinue, éviction du marché du travail…). Et ce n’est qu’un début car avec le refus d’augmenter les recettes par une répartition plus juste de la richesse produite, le système reste déficitaire en 2020. Donc nouvelle réforme en perspective. Des retraites en baisse cela veut dire, pour les classe moyennes qui pourront se les payer, des fonds de pension complémentaires (la fameuse retraite par capitalisation), donc des masses énormes de capitaux mobilisables que compagnies d’assurance et banques pourront placer sur les marchés financiers afin d’en tirer des profits supplémentaires (tout en alimentant au passage les bulles spéculatives sur le logement, les matières premières ou les denrées alimentaires). Rarement un projet de réforme n’a posé de façon aussi claire la question du projet de société dans laquelle nous souhaitons vivre et de façon aussi crue la lutte des classes autour de la répartition des richesses produites collectivement.
L’enjeu donc est d’importance et la lutte emblématique. Sarkozy y joue sa crédibilité et en partie sa carrière politique. Son plan de com est déjà prêt pour 2012. Il veut en-dosser l’uniforme du capitaine-courage au parler-vrai, maintenant le cap malgré la protestation des masses aveugles et apeurées. Une partie de la gauche française semble croire qu’il le paiera aux présidentielles mais c’est un pari hasardeux si jamais il remportait une victoire totale contre le mouvement social. La logique de la réforme va cependant bien au-delà d’une carrière politique. Elle cherche à rassurer les marchés financiers sur la détermination du gouvernement français à faire payer la réduction des déficits publics (déficits produits par la crise d’origine financière et par la diminution programmée des recettes fiscales pendant 10 ans) à la population, en laissant intacts les revenus et le pouvoir de la finance.
Une grève reconductible, un blocage de l’économie comme on a pu le connaître en 95, sont aujourd’hui incontournables pour gagner le retrait du projet de réforme. L’heure est donc à engager la bataille avec toute l’énergie possible sans assurance de victoire (mais est-ce souvent le cas?) pour une exigence de justice sociale, de partage des richesses et de solidarité entre les générations, pour l’intérêt de la majorité des salariée(e)s d’aujourd’hui et celui demain de nos enfants. Ce combat ne sera pas gagné sans détermination et il faut se motiver collectivement pour que le rendez-vous du 12 octobre se poursuive les jours suivants.