Retour sur la campagne « France Nature Environnement » par Michel Berhocoirigoin

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Des nouvelles récentes, importantes, sont passées à la trappe. Et pourtant elles étaient importantes au regard d’une actualité récente qui avait fait grand bruit. Souvenons-nous de la campagne d’affichage menée par France Nature Environnement (FNE) dans le métro parisien, du 15 au 21 février, en plein Salon de l’agriculture, pour dénoncer les méfaits de l’agriculture intensive. Cette campagne avait provoqué des condamnations et des plaintes en cascade de la part de différents lobbys politico professionnels bretons en particulier… Le 2 mai 2011, le jury de Déontologie publicitaire, après avoir étudié les arguments des différentes parties rejette la plainte déposée par l’Agence de développement touristique “Atout France”. La décision est motivée ainsi: “Le message de FNE dénonce une réalité reconnue et n’est nullement trompeur ou dénigrant…” Le 6 mai 2011, le Tribunal de Paris devait examiner l’assignation déposée par la Région Bretagne qui s’était sentie directement visée en estimant qu’il y avait “atteinte à l’image de la Région”. Mal à l’aise dans ce dossier qui pose les vraies questions, et suite au rejet de la plainte de “Atout France”, la Région Bretagne préfère trouver une voie de sortie: le 4 mai, elle renonce à poursuivre France Nature Environnement s’estimant satisfaite par un courrier adressé par cette dernière et précisant que la campagne publicitaire n’était pas dirigée contre la Bretagne, mais contre un modèle d’agriculture intensive…

Affiches chocs de
France Nature Environnement
Mais, revenons quelques mois en arrière. Nous sommes à la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, à Paris. “Aujourd’hui, France Nature Environnement lance une campagne d’affichage pour sensibiliser les citoyens aux excès de l’agriculture industrielle et intensive peu respectueuse de notre environnement. Cette campagne porte sur trois fléaux majeurs que sont les importations d’OGM, les algues vertes et les pesticides. Il ne s’agit pas seulement d’un coup de poing médiatique mais aussi de créer l’occasion pour proposer des solutions, et ouvrir un dialogue”. C’est par ces mots que France Nature Environnement, association reconnue d’utilité publique et qui fédère un mouvement citoyen d’environ 3.000 associations de protection de la nature et des consommateurs, lançait à la veille du Salon de l’agriculture, le 15 février 2011, une campagne d’affichage dans quelques stations bien ciblées du métro parisien. Il s’agit d’affiches chocs. Par exemple, sur les algues vertes en Bretagne au milieu desquelles joue un enfant; on y lit en gros “BONNES VACANCES” avec une phrase explicative en dessous ”L’élevage industriel des porcs et les engrais génèrent des algues vertes. Leur décomposition dégage un gaz mortel pour l’homme”. C’est aussi un plateau avec trois belles côtes de bœuf et une étiquette “100% naturel”. L’affiche titre en gros “Gros menteur: la loi n’impose pas l’étiquetage des viandes issues d’animaux nourris aux OGM”. Autre exemple d’affiche pour montrer que “concernant les OGM, on n’a pas encore assez de recul”, on y voit une personne tenant un épi de maïs pointé comme un révolver sur la tempe. D’autres affiches mettaient en évidence le danger mortel que représentent les pesticides pour les abeilles.
Evidemment, les réactions ne se sont pas fait attendre… C’est évidemment le chef de l’Etat, inaugurant le Salon, et auteur, un an avant dans le même salon, de la fameuse phrase “L’environnement, ça commence à bien faire”, qui dégaine le premier. Sarkozy se dit “choqué par cette campagne de communication très déplacée (…) qui peut mieux défendre l’environnement que ceux qui vivent dans la nature? (…) Cette campagne est particulièrement déplacée…” Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire parle de “scandale” et de “provocation”. Le lobby agricole réagit aussi: pour demander l’interdiction des visuels, les interprofessions bovine et porcine engagent deux procédures en référé auprès du Tribunal de grande instance de Paris. Dans les deux affaires, FNE a obtenu gain de cause: le Tribunal a estimé que la mesure constituerait “une restriction disproportionnée à la liberté d’expression”. La FNSEA dénonce simplement “une campagne parisienne de dénigrement” (opposer la campagne à la ville, comme au bon vieux temps…).

La voix de la Confédération Paysanne
Une campagne choc, comme celle menée par FNE a quelques risques en particulier celui de culpabiliser tous les paysans aux yeux de la société: brèche dans laquelle s’engouffrent, sans état d’âme, les promoteurs de l’agriculture intensive. Heureusement, il y a eu d’autres voix qui se sont élevées en agriculture, en particulier celle de la Confédération Paysanne des Côtes d’Armor (épicentre géographique des algues vertes). “La nécessité de faire évoluer le système est largement partagée. Nombre de ceux qui réagissent violemment à cette campagne voudraient faire croire que les paysans ont interêt à le défendre alors même qu’ils en sont les premières victimes!” La Confédération poursuit: “Le modèle détruit l’emploi paysan (-17.000 emplois entre 2002 et 2007) et salarié (-5.000 emplois en 5 ans), et ne crée pas de valeur ajoutée: la Bretagne est la première région agricole en terme de produit brut et la dernière de la métropole en terme de revenu par actif”. La Confédération Paysanne rappelle qu’elle travaille de longue date avec les associations de protection de l’environnement et de consommateurs, et qu’elle n’est pas surprise de ces attaques. Elle rappelle qu’elle s’était retirée du comité de suivi du plan algues vertes pour cause de mauvaises solutions, et de l’insuffisance d’ambition du projet agricole régional. Et de poser la question: “Qui porte atteinte à l’image de la région: la campagne de FNE? ou les algues vertes sur les plages?”

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