Décryptage !

PrintFriendly and PDF
Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ecologiste, Maire-adjointe en charge du Développement Durable et de la Participation Citoyenne à Bayonne.
D'autres articles
VisionLocaliste&Egoistede4maires1

Les 4 maires de l’ACBA positionnés dès juillet 2015 à titre personnel contre le vote très largement majoritaire sur l’EPCI unique du Conseil des Élus (33 pour 6 contre et 1 abstention) réuni le 1er juillet.

Aux arguments des pro-communauté Pays Basque : nécessité de faire l’unité dans une immense région, dotation financière de l’Etat plus avantageuse, compétences accrues,  complémentarités territoriales, reconnaissance institutionnelle enfin obtenue, il serait naturel d’entendre le camp des opposants formuler des contre arguments solides. Mais non ! Difficile en cette période décisive, d’éviter le sujet primordial pour notre avenir commun, impossible de ne pas être attentif au débat qu’il provoque. Mais au fait quel débat?

Depuis plusieurs mois maintenant on ergote, on pratique l’esquive avec un rare talent, mais on répète à l’envi que oui, on est pour l’union du Pays Basque… Mais figurez-vous justement pas comme ça.

En premier lieu, on a tenté de nous convaincre que les pistes alternatives  avaient été ignorées, faisant résolument fi du travail conséquent du Conseil des élu-es sur le sujet.

Rappel salutaire
● automne 2009, étude sur le pôle métropolitain
● novembre 2010, examen des modalités d’évolution du dispositif PB
● 8 mars 2012, compte rendu du diagnostic sur la gouvernance
● 24 novembre 2012, choix de la CTSP
● juillet 2014, présentation par le préfet de différents modèles d’organisation (PMA,PETR,CA,CU)(1)
● septembre 2014, analyse croisée des deux modèles fédératif et intégratif par le CA du Conseil des élu-es et choix d’approfondir la faisabilité d’un EPCI unique !

Ceci ne suffisant pas on diligente de nouvelles études destinées à apporter les mêmes réponses !

Cette piste s’usant un peu, on se lance sur les conséquences fiscales en agitant le spectre d’augmentations stratosphériques auxquelles les petites communes ne pourront faire face. Le
lissage possible sur douze ans n’est jamais évoqué pas plus que l’incontournable harmonisation qui devra de toute façon s’opérer quel que soit le regroupement prévu. Et à nouveau, le camp décidément studieux prône des études complémentaires à celles très complètes menées par les services de l’Etat. Au moins les différents bureaux d’étude n’auront pas tout perdu dans cette soif d’apprendre !

Bon, la fiscalité, ce n’est pas trop glamour, et cela au final pourrait ne pas faire échec au désir de donner enfin au Pays Basque la reconnaissance qu’il cherche depuis si longtemps. Sur le fond qui serait l’analyse sérieuse des deux systèmes possibles, comme Anne on ne voit toujours rien venir. D’évidence, trouver les arguments qui viendraient combattre l’utilité d’une entité unique n’est pas aisé, et convaincre qu’en rangs dispersés, nous aurions quelque chose à gagner relève de la simple gageure !

Alors le ballet reprend, deux pas en arrière un pas en avant et, ces jours-ci, les formules chocs sont de sortie : “ce serait anti-démocratique dans la représentation”, feignant d’ignorer qu’un pacte de gouvernance est envisagé pour rétablir un équilibre au sein de l’exécutif de la future assemblée.

Et puis bien mieux ciselé : “il faut fédérer pour mieux intégrer”. Alors là, chapeau ! Fallait y penser, genre il vaut mieux se pacser pour mieux se marier !

Ce type de proposition revient à nous condamner à quelques années de paralysie politique dont les territoires les plus fragiles ne se remettront pas. La vraie question est celle de la ruralité dans un temps où partout en France, la désertification progresse laissant des pans entiers de la population dans le désarroi.

Ici nous avons, jusqu’ici, plutôt bien résisté, alors qu’ailleurs une mort lente guette des milliers de villages(2). Car nous avons d’inestimables atouts, liés à notre culture, à nos paysans qui ont su créer de la richesse en s’appuyant sur des produits de qualité qu’ils ont su faire vivre et partager.

Mais ces équilibres sont ténus, ils ne pourront perdurer que dans le cadre de stratégies territoriales affirmées et basées sur la complémentarité et la solidarité. Hors de cela point de salut.

Prendre le risque de morceler le Pays Basque, revient à mettre en concurrence plusieurs parties du territoire. Mais c’est aussi accepter l’idée d’une bande côtière élargie qui concentrerait encore et toujours plus de richesse, se désintéressant totalement de l’avenir de l’intérieur des terres. N’oublions pas que déjà plus de 50% des entreprises sont situées dans les cinq communes de l’ACBA, ce qui n’est pas une réussite en matière d’aménagement du territoire !

Il serait plus que temps de sortir des non-dits et d’entrer dans le débat. Il faut dire clairement que l’on veut une division territoriale en trois ou quatre blocs et qu’ensuite on se propose de créer une sorte de syndicat sans compétence propre et sans fiscalité directe. Ce serait cela une éventuelle fédération des intercommunalités ! Mais ce débat-là, légitime et intéressant nous est refusé car, mené sans ambages, il ferait apparaître les véritables risques d’une voie sans issue.

Alors, non et non il ne faut pas “fédérer pour mieux intégrer”, ce choix-là n’existe tout simplement pas. Il faut simplement s’unir pour mieux réussir et nous sommes dans l’urgence !

(1) PMA : pôle métropolitain assoupli. PETR : pôle d’équilibre territorial et rural. CA : communauté d’agglomération. CU : communauté urbaine. Et tout ce que vous voulez savoir sur : www.lurraldea.net

(2) Le Cotentin l’a bien compris qui s’apprête à créer un EPCI de 220 communes.