Front social

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Jakes Bortayrou
Jakes Bortayrou
Employé dans l'enseignement du basque aux adultes, membre de BATERA et militant d'Abertzaleen Batasuna
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Pancarte loi Macron c'est la régressionAprès un très long cycle électoral à rebondissement le nouveau président a entamé la réalisation de son programme en commençant, à l’opposé de la tactique de son prédécesseur, par les mesures les plus impopulaires comme la réforme du code du travail. 

Par le biais anti-démocratique des ordonnances, c’est un rabotage des droits des salarié-es, au profit de la toute-puissance des employeurs qui se prépare.

Dans le collimateur on trouve :

• la définition de l’ensemble de la réglementation du travail au niveau de l’entreprise, y compris les salaires et les règles de sécurité,

• le levier du référendum d’entreprise à l’initiative des patrons,

• le plafonnement des indemnités prud’homales suite à un licenciement abusif,

• des conditions des licenciements économiques facilitées,

• l’assouplissement du recours aux contrats précaires, notamment un CDI “de projet” qui de facto, fait du CDD la norme,

• la révision du compte pénibilité,

• une fusion des instances représentatives des salarié.e.s, qui va supprimer la spécificité des CHSCT.

Contre-révolution libérale autoritaire

Cette casse du code du travail renforce une contre-révolution libérale- autoritaire, au service des plus fortunés et aux dépens d’une majorité de la population.

Parallèlement, outre la banalisation de l’état d’urgence, véritable régression des libertés pour tout un chacun, qui permettra aussi de museler le mouvement social, c’est aussi la continuité de l’austérité, les attaques contre les services publics, les fonctions publiques de l’État, hospitalière et territoriale, la remise en cause du statut général des fonctionnaires et de leurs statuts, de la Sécurité sociale et plus généralement de la protection sociale et des retraites, qui sont programmés. Rabotage des APL, remise en cause des emplois aidés et réforme de l’ISF au profit des multimillionnaires complètent le tableau.

Les raisons de se mobiliser sont légions. Les conditions d’une large mobilisation et de possibles victoires sont-elles pour autant réunies ?

Inutile de se voiler la face, les éléments contraires pèsent de tout leur poids.

Légitimité institutionnelle du nouveau pouvoir qui rendrait pour certains toute contestation de ses réformes anti-démocratique, découragement suite à l’échec des mobilisations contre la loi travail, rupture du front syndical, sans oublier le pilonnage idéologique habituel qui martèle les rigidités du système social existant préjudiciables à l’emploi, la reprise prochaine de l’embauche après la libéralisation des licenciements et autres fadaises contredites par la réalité, mais destinées à masquer les enjeux de classe autour de la répartition de la richesse produite collectivement.

Cette casse du code du travail
renforce une contre-révolution libérale- autoritaire,
au service des plus fortunés
et aux dépens d’une majorité de la population.

Manifestation contre la loi El Khomri à Bayonne.

Manifestation contre la loi El Khomri à Bayonne.

Emergence d’un front social

 En contrepartie, d’autres éléments objectifs autant que subjectifs créent un climat propice à la mobilisation. L’effondrement record de la popularité du président et de son premier ministre (le 16 août, 62% des Français se déclarent insatisfaits) qui vient confirmer l’usure de plus en plus rapide des responsables politiques sous l’ère du capitalisme néo-libéral.

La légitimité institutionnelle certes incontestable est très loin d’assurer une légitimité politique, alors que plus de la moitié des électeurs Macron ont voté avant tout contre Le Pen et que 60% des députés (le groupe LR en Marche) ont été élu-e-s avec 18% des inscrits.

Les renoncements de certaines directions syndicales, fruit d’un phénomène de bureaucratisation et d’un long processus de symbiose sociale et idéologique avec les classes dirigeantes, et la désunion qui en résulte, sont un obstacle majeur à une lutte de grande ampleur mais parallèlement, de nombreux syndicats de branches ont constitué sur tout le territoire de l’Hexagone des regroupements de lutte sous l’étiquette “Front social”.

Le découragement ou le sentiment d’inutilité des mobilisations sont certes présents, mais les motifs de colère s’accumulent.

La phrase est connue : “seules les batailles qu’on ne mène pas sont perdues d’avance”. A laquelle on pourrait rajouter : “les batailles non menées préparent le terrain à de plus grandes défaites”.

Si la mobilisation est incertaine, elle reste à construire et il en va de la responsabilité de chacun-e. Au Pays Basque Nord, un Front social est en voie de constitution pour fédérer les énergies, aider à la convergence des luttes et participer à la construction d’un rapport de forces.

Basques, abertzale, porteurs/euses d’un projet d’émancipation sociale, tenons notre place et rendez-vous dans la rue le 12 septembre.