Les préfets passent, EHLG poursuit son chemin…

Conférence de presse d’ELB et du collectif paysan Libre, le 10 avril 2026, pour dénoncer l’acharnement de l’État dans la lutte contre la DNC.

Sur la question agricole aussi, le préfet joue la surdité étatique sur les spécificités et richesses d’Iparralde : des paroles reconnaissant le modèle d’agriculture paysanne et les attentes des paysans et consommateurs comme de la société civile, mais des actes tournés vers la facilitation de l’agro-industrie. 

La création de EHLG est le fruit d’une longue histoire syndicale, basée sur une double revendication : celle d’une revendication institutionnelle sur le territoire du Pays Basque Nord en matière agricole et celle de la prise en compte de l’agriculture paysanne comme fait majoritaire factuel dans les pratiques agricoles des paysans du Pays Basque.

EHLG s’est créée suite à un enchaînement de dénigrements face à nos diverses propositions. Que ce soit au sein de la chambre d’agriculture départementale dans le cadre de notre position minoritaire concernant différentes motions, le plus souvent traitées avec dédain et mépris comme si nous ne connaissions pas les sujets. Que ce soit de la part  de l’État, avec  son refus de prendre en compte les spécificités agricoles du Pays Basque, bien que reconnues par ses propres fonctionnaires et par le résultat du fait majoritaire du syndicat ELB aux élections professionnelles de 2001 et toujours confirmé comme première force syndicale agricole depuis.

Bâtons dans les roues

Il était donc temps, après plus de vingt ans à jouer dans le cadre officiel, que chacun prenne ses responsabilités. Fort de la plateforme citoyenne Batera, avec un historique militant largement partagé par la société civile et plus de 90 maires en soutien, il est décidé lors d’une assemblée générale du syndicat ELB de se lancer dans la création de l’association EHLG. Le préfet de l’époque veut nous en dissuader et nous fait savoir que nous allons au-devant de problèmes judiciaires. En janvier 2005, l’association EHLG est lancée. Lors de sa première assemblée plénière, composée de paysans mais aussi d’autres représentants des différents collèges, de consommateurs, de protecteurs de l’environnement, d’autres associations du milieu rural et des amis d’EHLG, la Charte de l’agriculture paysanne est votée comme boussole et socle de nos actions de développement agricole. Très vite les soutiens affluent et l’État met à exécution ses menaces, en assignant des maires au tribunal administratif pour des soutiens financiers “injustifiés” d’une part, et d’autre part l’association EHLG, par le biais de son président, devant le tribunal correctionnel de Bayonne pour essayer de la dissoudre. La justice nous donne cependant raison par deux fois, puisque l’on a eu droit à un deuxième procès en appel à Pau. La chambre d’agriculture départementale n’est pas restée neutre dans cette affaire, puisqu’elle s’est constituée partie civile, mais elle aussi a été déboutée de ses prétentions.

Depuis le début de notre histoire, les préfets successifs se sont évertués à nous mettre des bâtons dans les roues; les préfets passent mais la continuité de l’État persiste.

Au bout de nos vingt ans d’existence, le préfet actuel, après plusieurs sollicitations, a pris le temps et les moyens de venir nous rencontrer dans nos locaux à Ainhice- Mongelos au grand dam d’une partie de la profession et en particulier de la chambre d’agriculture 64. Nous avons eu plus de deux heures trente d’entretien, en présence du sous-préfet de Bayonne et de deux fonctionnaires : l’une responsable de la DDTM [1] et l’autre responsable de la DDPP [2].

« Le préfet nous a dit ne pas discuter avec ceux qui sont en contentieux avec les services de l’État, et que si cela avait été de son ressort, il aurait suspendu les aides PAC aux paysans concernés. »

Il nous a reconnus comme les partisans d’une agriculture paysanne et dans notre rôle de revendiquer un Office public de l’agriculture et de l’alimentation au Pays Basque. Il nous a cependant fait savoir qu’il avait écrit au président de la Communauté d’agglomération Pays Basque pour lui signifier qu’il était opposé au principe de création d’un Conseil de l’agriculture et de l’alimentation, au motif qu’il était garant des institutions et du rôle de la chambre d’agriculture départementale des Pyrénées-Atlantiques ; que les préoccupations de nos voisins béarnais étaient les mêmes et que cela allait, selon lui, porter préjudice aux intérêts de la profession agricole. Avant le vote de cette délibération en décembre dernier, le président de la chambre départementale s’est empressé d’adresser un courrier à tous les maires du Pays Basque pour leur faire connaître son opposition à la proposition du principe de création d’un Conseil de l’agriculture et de l’alimentation, en y joignant le courrier de Monsieur le préfet. Malgré cela, la délibération a obtenu la majorité.

En ce qui concerne les affaires sanitaires, qui sont du domaine régalien de l’État, l’abattage total ainsi que la vaccination sont  obligatoires pour faire face à la DNC. Le préfet nous a dit ne pas discuter avec ceux qui sont en contentieux avec les services de l’État, et que si cela avait été de son ressort, il aurait suspendu les aides PAC aux paysans concernés. Il s’abstient cependant d’envoyer les forces de l’ordre pour effectuer l’obligation vaccinale…

Sortir des logiques industrielles qui aliènent les paysans

Cela nous démontre qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de la part de l’État, alors qu’il devrait être à l’écoute d’un type d’agriculture qui répond aux attentes d’une majorité de paysans qui pratiquent l’agriculture paysanne sur ce territoire, des citoyens et des élus du Pays Basque. Les affaires agricoles sont les affaires de tous. Pour réellement répondre aux attentes des paysans concernant leur revenu, il faut sortir des logiques industrielles qui aliènent les paysans et offrir de nouvelles perspectives autres que la spécialisation. C’est par une gestion territorialisée et non corporatiste qu’il faut sortir de la logique exacerbée de la compétitivité. Il faut redonner un sens au métier des paysans par la complémentarité des productions et la priorité à la relocalisation des productions alimentaires. C’est par des pratiques agricoles qui respectent l’environnement et par une meilleure gestion de la ressource en eau que l’on fera face aux enjeux de demain.

A nous de continuer à démontrer la pertinence d’une gouvernance ouverte et pluraliste. Donnons-nous des ambitions à la hauteur des enjeux qui nous attendent, pour que, lors d’une fenêtre politique plus favorable, nous puissions transformer l’essai.

[1] Direction départementale des territoires de la mer
[2] Direction départementale de la protection des populations

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