
Fin novembre, aura lieu à Biarritz un « Banquet basque”, organisé par le Canon français, entreprise dont le milliardaire Pierre-Edouard Stérin est actionnaire. Face à cette nouvelle expression de l’offensive culturelle menée par les réseaux d’extrême-droite et cette folklorisation du Pays Basque, la société basque doit se mobiliser.
Le 28 novembre prochain, la Halle d’Iraty a prévu d’accueillir un événement qui n’a pas fini de défrayer la chronique. Le Canon français s’installe à Miarritze le temps d’un « Banquet basque”. L’entreprise à l’origine de cette sauterie propose des banquets arrosés qui mettent en valeur une vision particulièrement rance des traditions françaises et son attachement au terroir.
Une offensive culturelle au long cours L’arrivée au capital de Pierre-Édouard Stérin ne laisse pas de place au doute quant à la dimension politique de ce repas. Il s’agit d’une pièce de plus au puzzle Périclès, ce plan qui injecte des millions d’euros pour assurer la victoire idéologique de l’extrême- droite. Le Pays Basque commence hélas à s’habituer aux manœuvres du milliardaire ultraconservateur. En l’espace de quelques années, il a investi massivement en se portant actionnaire majoritaire du Biarritz Olympique, en créant une antenne du CRSI (think tank d’extrême droite), en tentant de subventionner différentes fêtes traditionnelles à Ezpeleta, Hazparne et Hendaia, ou plus récemment en co- finançant un spectacle à la cathédrale de Baiona. Il est aussi connu pour avoir pratiqué la spéculation immobilière à Donibane Lohizune.
« Les banquets s’inscrivent dans la lignée de cette offensive culturelle menée par les réseaux d’extrême-droite. Des saluts nazis, appels à la violence et propos racistes ont déjà entaché ces agapes. »
Les banquets s’inscrivent dans la lignée de cette offensive culturelle menée par les réseaux d’extrême-droite. Des saluts nazis, appels à la violence et propos racistes ont déjà entaché ces agapes. En réaction, les organisateurs éludent le problème en affirmant que leurs banquets sont apolitiques. Il est proposé à chaque participant·e 1kg de nourriture avec une quantité d’alcool aussi conséquente pour la coquette somme de 80€. A ce prix-là, et compte tenu de l’ensemble des repas festifs organisés chaque semaine en Pays Basque, il paraît difficile de ne pas s’interroger sur le profil des convives. Acheter un billet, c’est aussi participer à une opération de communication réactionnaire.
Folklorisation du Pays Basque
Ces festins ne consistent pas seulement à se baffrer de charcutaille et à chanter du Sardou. Ils mettent en scène une certaine idée de la France : blanche, passéiste, conservatrice, viriliste, où la diversité sociale et culturelle est effacée derrière un folklore soigneusement sélectionné. Le Pays Basque y est agité comme un argument marketing destiné à alimenter leurs fantasmes. Le regard sur notre territoire est à l’opposé de son identité profonde. Son ouverture sur le monde est balayée, sa langue niée et sa culture bafouée. Cette distorsion grossière de la réalité a un but : constituer un ancrage par l’appropriation de certains marqueurs culturels dénués de sens politique (scénographie, bérets, chants basques, produits locaux) et normaliser leur vision réactionnaire de la société.
La Halle d’Iraty accueillera quelques jours plus tôt Lurrama, haut lieu s’il en est des banquets conviviaux avec des produits locaux de qualité, à des tarifs raisonnables dans une ambiance « on ne peut plus basque”. Cette proximité calendaire démontre bien que le Pays Basque n’a pas attendu quelques marketeux à particule pour organiser des banquets populaires.
Barrer la route aux réseaux d’extrême-droite
Des mobilisations citoyennes ont déjà émergé dans plusieurs territoires. En Bretagne, la société civile s’est organisée pour dénoncer ces événements et obtenir leur annulation. Cela a donné suite à une campagne de cyber-harcèlement envers des élu·es et journalistes ayant couvert le sujet. En ce moment, ce sont les banquets de nos voisin·es gascon·nes qui sont fortement remis en cause.
Le Pays Basque a une longue histoire de combat contre les idées d’extrême- droite. Face à la bataille culturelle en cours, la société basque doit répondre clairement. En s’appuyant sur des arguments juridiques, le maire de Miarritze s’est prononcé, pour l’instant, en faveur du maintien de l’événement. Les entreprises contactées pour assurer une prestation devront aussi se positionner en responsabilité et fermer la porte aux valeurs réactionnaires charriées par le Canon français. Enfin et surtout, une mobilisation large et populaire de la société civile est indispensable pour rappeler une évidence : l’extrême-droite n’a pas sa place au Pays Basque, ni dans nos fêtes, ni à notre table.
