
Le 14 janvier 2026, le préfet des Pyrénées-Atlantiques Jean-Marie Girier tenait une conférence de presse étonnante où il accusait un certain nombre de maires du Pays Basque de tenir des « formulations antirépublicaines » en rappelant le « processus linguicide » historiquement mené par la France à l’encontre de la langue basque. Une attitude surprenante de la part de celui qui est censé être le garant de la loi et des institutions et qui se réfugie, face à des faits historiques documentés, derrière des valeurs arbitraires et anachroniques. Retour sur l’engrenage politique qui a mené à cela.

Quand Jean-Marie Girier prend ses fonctions de préfet le 25 novembre 2024, l’un des dossiers les plus brûlants qu’il a entre les mains est la crise profonde que traverse l’Office public de la langue basque (OPLB). Créé en 2004, cet outil partenarial de définition et de mise en place d’une politique linguistique en faveur de l’euskara a un budget gelé depuis 2017 et ne dispose plus des moyens nécessaires pour remplir ses missions. Euskal Konfederazioa réclamait le doublement de son budget, quand le conseil d’administration de l’OPLB actait le principe d’une augmentation de 65 %. L’État, la Région, le Département et la Communauté d’agglomération du Pays basque (CAPB) sont alors sollicités pour une rallonge de 650 000 € chacun, mais les accords restent difficiles à obtenir.
Les élus du Pays Basque, de tous bords politiques, montent à Paris
Le 31 décembre 2024, l’existence de l’OPLB est prolongée d’un an, jusqu’au 31 décembre 2025. Il reste douze mois pour trouver un accord et sauver l’outil. Le règlement intérieur impose une contribution égale de ses partenaires, mais le Département bloque toute hausse, empêchant mécaniquement les autres membres d’augmenter leurs apports. Face à cela, les élus du Pays Basque, de tous bords politiques, montent à Paris et obtiennent des ministères de tutelle un pré-accord pour une augmentation de 300 000 €, moitié moins que les besoins mais une première étape de sortie de crise.
« Le 26 juin 2025, lors de l’assemblée générale de l’OPLB, un communiqué des services de la préfecture annonce un revirement : l’État revient sur son pré-accord et limite son apport additionnel — et celui de tous les partenaires — à seulement 100 000 €. L’augmentation devient inférieure à l’inflation. »
Ce qui s’est joué ensuite dans les couloirs parisiens reste opaque, mais le 26 juin 2025, lors de l’assemblée générale de l’OPLB, un communiqué des services de la préfecture annonce un revirement : l’État revient sur son pré-accord et limite son apport additionnel — et celui de tous les partenaires — à seulement 100 000 €. L’augmentation devient inférieure à l’inflation. Face à cela, la CAPB menace de quitter l’OPLB, ce à quoi le préfet répond en septembre : « Ce n’est pas parce que la CAPB dit “l’OPLB, c’est fini” que l’OPLB, c’est fini […] L’OPLB existait déjà avant la création de la CAPB », coupant court à toute discussion sur son évolution ou sa pertinence. En décembre 2025, l’OPLB est de nouveau prolongé avec un budget quasiment gelé et pérennisé. L’office n’aura pas les moyens d’assurer la survie de la langue basque.
Noms jugés « trop basques »
L’échec politique est immense, mais le 3 décembre 2025, Journée internationale de l’euskara, Jean-Marie Girier adresse un courrier aux maires du Pays Basque, réécrivant largement l’histoire. Le ton martial du texte semble destiné à rappeler un devoir de soumission des édiles locaux face au représentant de l’État. Il affirme que l’État est le principal financeur de la politique linguistique (sans mentionner que ses décisions limitent les contributions des autres institutions), met en avant l’implication de l’Éducation nationale (sans rappeler qu’elle reste un frein majeur à l’élargissement de l’offre bilingue ou immersive), additionne budgets culturels et linguistiques (tout en omettant la baisse de la contribution à l’Institut culturel basque) et insiste sur l’attachement patrimonial de l’État (alors même qu’il a invalidé la même semaine une délibération de Saint- Pée-sur-Nivelle attribuant des noms jugés « trop basques » à des rues et ronds- points). Les maires lui répondent fermement, en rappelant notamment la réalité historique d’une politique qualifiée de « linguicide« . Le préfet y voit une position « antirépublicaine », utilisée comme paravent pour écarter tout débat. Pourtant, les évolutions récentes — loi Molac, ajustements du ministère de l’Éducation nationale sur les examens, débats sur la Corse — montrent que même à Paris, les politiques linguistiques peuvent évoluer. Les élus du Pays Basque sont également engagés et formés. Mais tous se heurtent encore à une administration d’État dont le discours reste en décalage avec ces transformations.

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