
La taille de la CAPB, la nécessité pour les élu·es de travailler ensemble et d’atteindre un consensus n’en font pas pour autant une institution apolitique. Elle porte une vision du territoire et devra apprendre à faire avec les clivages politiques existant en son sein.
La Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB) est un ovni juridique. Souvent qualifiée d’agglo XXL, elle est effectivement la plus grosse communauté d’agglomération présente dans l’État français par son nombre de communes et sa superficie. Ce titre symbolique n’en fait pas pour autant une arène politique de premier plan. La recherche de consensus, le travail de concert de ses 232 élu·es ou encore l’intérêt général des décisions qui y sont prises sont souvent mis en avant. Les élu·es municipaux qui se voient confier une mission communautaire laisseraient leur carte – quand elles/ils en ont une – ou leur sensibilité politique sur le pas de la porte.
Une vision politique du territoire
Pourtant, difficile de croire que les choix effectués par la CAPB soient apolitiques. Les actions menées en faveur de l’euskara et du gascon, en assumant un rapport de force avec l’État français, relèvent bien d’une vision politique du territoire. De même, les avancées en matière d’agriculture, d’aménagement du territoire, de tourisme ou de mobilités traduisent aussi une certaine vision du territoire.
Cet été encore, la décision d’ouvrir gratuitement les piscines communautaires pendant les épisodes de canicule est le fruit d’un choix politique. La CAPB ne se contente donc pas d’administrer. Elle fixe des priorités, procède à des arbitrages et assume parfois des décisions qui génèrent du conflit avec les pouvoirs publics ou des intérêts particuliers. Autrement dit, elle fait de la politique.
« La CAPB ne se contente pas d’administrer. Elle fixe des priorités, procède à des arbitrages et assume parfois des décisions qui génèrent du conflit avec les pouvoirs publics ou des intérêts particuliers. Autrement dit, elle fait de la politique. »
Si l’on égraine les différentes institutions (européennes, nationales, régionales, départementales, locales), on observe immanquablement le regroupement des élu·es par sensibilité politique. Ces groupes poursuivent les mêmes objectifs et ont des fonctionnements distincts : ils cherchent à avoir une meilleure compréhension de leur travail, à être plus efficaces par le biais d’un collectif et à asseoir leur influence grâce aux différents moyens qui leur sont alloués.
Le consensus n’est pas l’absence de divergences
Il serait illusoire de se cacher derrière le suffrage indirect ou de projeter l’organisation d’une telle instance comme un « très grand » conseil municipal. Ailleurs, dans d’autres communautés d’agglomération, la question ne semble pas aussi taboue. L’affiliation à un groupe ainsi que l’affirmation d’une tradition politique n’empêchent pas le consensus. Ce pas en avant ne clive pas forcément l’institution entre un camp majoritaire et un camp minoritaire ; il permet de rendre visibles les différentes sensibilités qui traversent une assemblée et de mieux organiser le travail de ses élu·es sans pour autant transformer les débats en guerres de tranchées. Au cours du mandat précédent, la création de deux groupes d’élu·es avait sorti la CAPB de son ronron. L’arrivée de ces deux groupes et les premières interventions à leur sujet traduisaient un certain malaise dans les travées de l’assemblée. Le premier changement à la tête de l’institution amène aujourd’hui la CAPB dans une nouvelle ère.
La vertu de l’organisation collective
En 2022, les deux seules tendances ayant franchi le Rubicon par la création d’un groupe étaient impulsées par des abertzale. La difficulté des élu·es du centre et de la droite à s’organiser collectivement et à se rassembler contribue ainsi à un rééquilibrage de l’échiquier politique du Pays Basque Nord. Le résultat est d’autant plus intéressant que le nouveau président est un élu abertzale de gauche dans un territoire où le centre-droit dispose d’un poids considérable.
Pendant neuf ans, il aura fallu construire une institution capable de dépasser les clivages ; démarche nécessaire pour mettre en route cette méga-structure. Mais dépasser les clivages ne signifie pas les supprimer. A la veille d’une actualisation de sa gouvernance et sur le chemin vers une nouvelle étape institutionnelle, il faudra désormais apprendre à faire avec. La question n’est donc pas de savoir si la CAPB va se politiser. Elle l’est déjà. Il faudra voir si elle saura transformer cette politisation croissante en véritable culture démocratique, dans le respect, et toujours au bénéfice du territoire.
