Anglet en Pays Basque

PrintFriendly and PDF

Enbata: Quel est l’histoire d’Angeluzain, son implication dans la vie d’Anglet et ses liens avec le mouvement abertzale? Comment fonctionne votre groupe?
Angeluzain: Une des définitions de la politique est «faire société». La gestion et l’organisation d’une ville n’est pas de la seule responsabilité des partis, des élus et/ou d’une majorité. Cha-que citoyen a le droit de participer à sa manière à cette dynamique.
L’association Angeluzain s’inscrit dans cette logique et rassemble des Angloys ayant une sensibilité basque, d’un point de vue culturel ou politique.
Constituée en 1989, Angeluzain a pris et continue de prendre une part active dans la vie
de la cité angloye. Elle est animée par des femmes et des hommes engagés dans des activités culturelles, sportives, sociales et économiques à Anglet et/ou en Pays Basque. Organisée en plusieurs commissions pour suivre la gestion municipale, travailler sur les dossiers en cours et préparer de nouveaux projets, l’association tient une réunion au moins une fois par mois. Tous les jeudis matins un groupe se réunit dans un commerce de la ville pour commenter l’actualité de la cité et préparer chaque conseil municipal. Nous utilisons aussi beaucoup les nouvelles technologies (internet et les mails) pour échanger et décider entre nous si urgence.
Une minorité de personnes sont par ailleurs membres de partis politiques abertzale. Mais en ce qui concerne Angeluzain, le choix a été fait (et il est respecté jusqu’à présent) de laisser nos cartes aux vestiaires. Cela dit, les relations avec les partis sont bonnes. Anglet étant une terre de mission, pour concrétiser les idéaux abertzale (sociaux, économiques, écologiques et politiques), l’unité autour de projets fédérateurs est indispensable dans notre com-mune.
Aujourd’hui, Angeluzain est devenue un protagoniste incontournable de la vie politique de la commune. Elle compte un élu au sein de l’opposition, Mikel Ithurbide. Tous les Angloys souhaitant participer à nos travaux et ayant une sensibilité proche de la nôtre sont les bienvenus. Ils doivent cependant approuver notre charte excluant toute violence d’où qu’elle vienne; seule la voie des urnes compte.

Enb.: Quel regard porte Angeluzain sur la politique municipale de l’équipe Espilondo et plus précisément sur son positionnement envers la langue et la culture basques?
A.: Angeluzain n’a pas la même philosophie ni la même logique que les partis politiques en présence à Anglet. Faire «de l’opposition» afin de nous dresser les uns contre les autres pour des raisons partisanes, ne nous intéresse pas. Nous sommes avant tout une force de proposition.
Depuis les dernières élections municipales, nous rencontrons régulièrement le Maire et certains élus de la majorité pour débattre et émettre des idées de nature à pouvoir faire avancer notre ville. Nous avons été invités à faire valoir notre point de vue sur le PADD et le PLU, nous faisons part de notre point de vue sur le logement social, le développement durable, etc., et des sujets plus proches dans le temps comme l’ouverture d’une épicerie sociale, travail dans lequel nous sommes engagés, les Con-seils des jeunes et des aînés, le Centre culturel Manex Goyhenetche, l’extension de l’Ikastola, le parrainage avec Getxo qui jusqu’à présent a été contrarié, la création de centres de re-cherche en prolongement des écoles d’ingénieur, du lycée Cantau et de l’université de Montory sujet sur lequel l’actuelle majorité n’a-vance pas etc. Nous faisons part aussi de nos désaccords sur certains sujets comme celui de la création sur un lieu non souhaité d’une salle de spectacle polyvalente alors qu’il eut fallu édifier un auditorium complément des salles existantes sur l’agglomération.
S’agissant de la gestion municipale, globalement, si au départ nous étions inquiets aujourd’hui nous sommes aujourd’hui plutôt perplexes. Nous avons la confirmation que nous partageons des points communs avec la majorité actuelle notamment sur le plan social, mais souvent nous ne nous reconnaissons pas dans certaines méthodes employées.
Il semblerait toutefois que si lors des premiers temps de ce mandat nos échanges avec la majorité étaient difficiles, actuellement nos relations se sont rapprochées sur certains dossiers prioritaires pour la ville. Cependant si la vision de ce qui est à réaliser peut être partagée des deux côtés, reste à connaître les détails et la méthodologie développés pour leurs concrétisations.
Enfin, concernant plus spécifiquement la culture et l’euskara, les dossiers avancent du bon côté. Cependant pour Angeluzain cela reste trop lent et très insuffisant. L’un des exemples le plus significatif est celui du refus de signer la convention entre la Ville et l’Office public de la langue basque, et l’embauche d’un Technicien de la langue basque. Pour nous, cette convention permettrait de faire vivre l’euskara et notre culture de façon plus effective dans la commune. Nous ne comprenons pas les raisons du positionnement de la majorité actuelle à ce sujet.

Enb.: Comment s’est déroulée à Anglet la consultation Batera du 14 mars dernier?
A.: Vous le savez, Anglet a été la ville où les organisateurs de la consultation de Batera ont rencontré le plus d’obstacles en Iparralde. La rencontre avec M. le maire, demandée par Angeluzain au nom de Batera, a été très tendue. Il a été le seul maire du Pays Basque à suivre les recommandations du préfet en prenant un arrêté de quasi interdiction. Mais malgré tout, même si trois jours avant la consultation, cet arrêté du Maire très contraignant venait perturber notre organisation et semer le trouble dans l’esprit des Angloys, les citoyens se sont mobilisés et la consultation a eu lieu avec un certain succès pour Anglet.
Le positionnement de la mairie n’a pas été compris par la population, et revers de la médaille, en plus de la publicité offerte pour cette consultation, certains militants du PS se sont manifestés pour nous soutenir et ou pour faire savoir leur incompréhension sur la décision prise par l’exécutif.
Ici aussi, nous ne comprenons pas les arguments développés par la majorité et les trouvons plutôt rétrogrades. Il est étonnant d’entendre certains élus dénoncer la RGPP (Révision générale des politiques publiques), réclamer plus de proximité avec le citoyen, et d’un autre côté de les savoir farouchement opposés à l’idée d’une consultation pour vérifier si la population du Pays Basque souhaiterait évoluer dans une collectivité territoriale adaptée.

Enb.: Angeluzain compte-t-il marquer les échéances électorales d’Anglet en étant présent à l’élection cantonale de mars prochain et aux municipales de 2014?
A.: Oui, Angeluzain marquera les prochaines échéances électorales.
Nous présenterons nos propres candidats pour les élections cantonales, car, même s’il s’agit d’une élection dépassant le cadre de la ville d’Anglet, nous estimons qu’elles sont un mo-ment fort pour faire connaître nos projets et préparer les élections municipales.
L’équipe constituée dès le lendemain des dernières élections municipales autour du nouveau Président d’Angeluzain, Iñaki Çaldumbide, s’est fixée comme objectif de présenter une liste composée d’abertzale, d’euskaltzale et de sympathisants. Ce choix est la conséquence de deux facteurs: en premier lieu, n’étant plus dans la majorité en ayant perdu les élections c’était le moment qu’Angeluzain s’émancipe; ensuite cela fait quasiment 17 ans qu’il n’y a pas eu de liste abertzale/euskaltzale à ces élections sur Anglet. Nous avons donc changé de stratégie. Depuis le nombre d’adhérent augmente, nous distribuons un semestriel en 4.000 exemplaires, nous avons un site internet (en rénovation actuellement),… Nous allons aller avec nos forces au premier tour et pour le second tour, rien n’a été décidé, plusieurs pistes sont envisagées.

Enb.: Quel regard portez-vous sur l’intercommunalité BAB et plus largement sur le rôle de l’agglomération vis-à-vis du Pays Basque?
A.: L’agglomération se construit un peu sur le modèle de l’Europe: elle avance sans dynamisme, sans réelle envie de devenir une véritable entité au service de ses citoyens. Les villes qui la composent restent indépendantes; elles gardent leurs propres services municipaux d’où des services au total pléthoriques que chaque citoyen finance. Elle accompagne jusqu’à présent des équipements d’intérêt communautaire dans chaque ville. Chacune d’entre elles essaie donc d’obtenir le maximum de financements pour sa propre ville; d’où des luttes à fleuret moucheté pour les obtenir. On commence seulement à réaliser de véritables investissements d’intérêt communautaire avec la construction de lignes d’autobus en site propre.
Pour nous c’est une grande ville qui a cinq quartiers: Biarritz, Bayonne, Anglet, Boucau, Bidart dont les élus devraient être désignés directement par les électeurs au suffrage universel, par un scrutin séparé des municipales afin de forger une légitimité propre et de pouvoir réaliser de véritables projets d’intérêt communautaire et non antagonistes comme c’est le cas aujourd’hui, de la construction d’une salle de spectacle polyvalente sur Anglet alors que le besoin communautaire est celui d’un auditorium.
Elle n’a pas de réelle volonté de prendre en compte l’ensemble du Pays Basque Nord. Elle pourrait le faire à travers un SCOT unifié et ou en fédérant les SCOT existants sans oublier la Soule. Pas plus que le précédent, le président actuel de la communauté ne ressent rien, à notre avis, vis-à-vis du Pays Basque et n’a aucun intérêt électoral à le faire pour ne pas obérer ses chances d’être réélu député. Il convient de faire évoluer la loi actuelle.

Enb.: Pensez-vous que la réforme des collectivités territoriales en débat au parlement soit une opportunité positive ou négative pour Iparralde? Que faut-il faire?
A.: Bien que nous ayons abordé la question de façon générale, si le débat sur une nouvelle collectivité territoriale est ouvert et efficient, oui nous verrions cela de façon plutôt positive.
En réalité, connaissant les grandes orientations de la RGPP, c’est plutôt négatif. Tel que cela est en train de se dessiner le Pays Basque sera moins bien représenté, la bipolarisation de la politique va s’accentuer, le pouvoir décisionnaire sera plus éloigné de la réalité des territoires, le lobbying politique et de l’argent (par le pouvoir que cela confèrera aux élus de la région) prendra de l’ampleur au détriment d’autres projets tout aussi intéressants, …
Alors que faut-il faire? Il faut renforcer la dynamique sur la nature de la collectivité territoriale que nous souhaitons. Pour ce faire, il est souhaitable dans un premier temps d’avancer par des débats et des décisions prises dans une dimension démocratique. Une fois cette phase arrivée à terme et un projet partagé défini, il s’agira pour le Parlement (Assemblée nationale et le Sénat) de respecter le choix des citoyens du Pays Basque (Lapurdi, Baxe Nafarroa et Xiberua) et d’en valider le principe.
Dans ce chantier l’Etat doit en être le promoteur, le financeur et l’arbitre, sans pour autant imposer un cadre restrictif ou un schéma préétabli.

  • Newsletter



  • Soutenez Enbata

    En-kiosque2015-05-FR

    Soutenez Enbata ! A partir de 40€, recevez chaque mois Enbata magazine dans votre boite aux lettres.

    Abonnez-vous / Soutenez-nous

  • Thématiques

  • Mots-clés

  • Vidéos

    video