Jeu du chat et de la souris

L’entre deux se poursuit en Catalogne avec un duel entre le chef du gouvernement catalan et son homologue espagnol. Dans ce jeu politique de haut vol et qui va durer, le plus chat des deux n’est pas forcément celui qu’on pense. Le flou entretenu par le leader catalan maintient béante la crise et ouvre les possibilités d’une solution négociée.
La mise en œuvre de l’article 155 de la Constitution permettrait à Madrid de diriger directement en révoquant d’ici une semaine tous ses dirigeants indépendantistes. (...)

Catalogne à la une

Sa revendication d’indépendance fait la une des journaux européens. La plupart, soit demeurent du côté du manche, c’est-à-dire espagnol, soit renvoient dos à dos les deux protagonistes dans le meilleur des cas. Cet océan de conformisme où le substrat centraliste est permanent, avec l’abondance de qualificatifs critiques, négatifs ou méprisants à l’égard du projet catalan, la mise en avant de tous les arguments des espagnolistes, tout cela rend la lecture de la «grande presse» assez pénible.
La palme en ce domaine revient sans doute à la une de Charlie Hebdo et à son éditorial catalanophobe, ils combleront d’aise tous les abertzale qui ont clamé et affiché «Je suis Charlie» lors d’une grande union sacrée. Dans cette marée assez nauséabonde, quelques voix discordantes s’élèvent. Enbata publie ici deux tribunes favorables à l’émancipation catalane, parues récemment dans le quotidien Le Monde. Désormais, plus personne sur la planète ignorera que le peuple et les institutions catalanes demandent l’indépendance. (...)

Plus qu’un changement d’élite, un changement de régime

En 2005 le parlement catalan approuvait avec une écrasante majorité de 89% le Nouveau statut renforçant l’autonomie de la Catalogne. Ce dernier était adopté l’année suivante par le parlement espagnol. Le recours du PP devant la Cour constitutionnelle cette même année 2006 a abouti à l’annulation en partie du Nouveau statut catalan en 2010. Concomitamment, durant ces 10 dernières années, l’option indépendantiste est passée de la marginalité (aux environs de 10%) à la quasi majorité.
Alda! publie quelques extraits de l’interview, accordée à la veille du scrutin, par Quim Arrufat, ex-député au parlement catalan et actuel porte-parole national de la CUP, Candidature d’unité populaire (parti politique indépendantiste catalan de gauche et féministe, pratiquant le municipalisme libertaire), pour comprendre cette évolution et les enjeux liés au référendum d’autodétermination en Catalogne. (...)

Après le référendum

Le bras de fer se poursuit entre les deux protagonistes, malgré les appels à la médiation.
Mardi 10 octobre, Carles Puigdemont ouvre un débat devant le parlement catalan. Une déclaration unilatérale d’indépendance est dans l’air. (...)

La déclaration unilatérale d’indépendance en droit international

«L'existence ou la disparition de l'Etat est une question de fait ; (…) la reconnaissance par les autres Etats a des effets purement déclaratifs». C'est par cette phrase que la Commission d'arbitrage de la Conférence pour la paix en Yougoslavie dans son avis nº1 en date du 29 novembre 1991 a résumé tous les éléments qui rendent une déclaration d'indépendance si complexe.
Un Etat est constitué dès lors qu'il réunit trois éléments indispensables. Un territoire, une population mais aussi un gouvernement. C'est le fondement d'un Etat. Cependant, un Etat ne peut pas vivre en totale autarcie et son existence ne peut être accréditée que par sa reconnaissance par d'autres Etats. Dès lors la reconnaissance par les autres Etats semble indispensable pour la survie du nouvel Etat. (...) la reconnaissance d'un Etat est l'acte par lequel un Etat rend opposable à son égard l'existence d'un autre Etat. Tous les Etats aujourd'hui ont été reconnus par leurs pairs et l'histoire a montré à de maintes reprises combien une indépendance peut être dure à acquérir. (...)

Comment les indépendantistes en sont arrivés là

Le référendum du 1er octobre ne tombe pas du ciel. Il est le fruit d’une longue mutation politique qui affecte l’abertzalisme catalan tout entier.
Il y a quinze ans, les abertzale catalans étaient réputés pour leur sens du dialogue et leur modération. Eux au moins étaient fréquentables. A l’inverse des Basques, violents et jusqu’au boutistes. Jordi Pujol vice-roi d’Espagne contre Arzallus le cynique, de mèche avec ETA. Aujourd’hui, les rôles sont inversés. L’évolution catalane est le résultat d’une série d’expériences, de démarches et d’événements qui ont totalement changé les sensibilités et le panorama politique du pays comme celui de l’Espagne. (...)

“Cataluña es España”

Le gouvernement espagnol a déployé des moyens sans précédent pour empêcher la mise en oeuvre du référendum catalan, limiter sa portée politique, en affaiblissant la participation des électeurs.
On mesure ici la sujétion et l’énorme déséquilibre du rapport de forces entre Barcelone et Madrid. (...)