Le PNV pivot et rassembleur

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Comment revenir au pouvoir? Telle est la grande question qui se pose depuis dix-huit mois au PNV. Il a été chassé en mai 2009 de la direction de la Communauté autonome basque, un poste qu’il occupait dès le premier gouvernement de 1936 et qu’il a largement contribué à façonner au début des années 80 avec un «Etat PNV», comme on a pu parler d’un «Etat RPR». La coalition espagnoliste PSOE -PP associée à la disparition de l’électorat Batasuna du fait des interdictions, ainsi que l’effondrement des ses anciens alliés gouvernementaux, ont permis ce surprenant scénario: le premier parti du Pays Basque est écarté du pouvoir. Le PNV suit donc de très près l’évolution du pôle souverainiste en devenir, auquel l’arrêt de la lutte armée est lié. Si aux élections forales et municipales du printemps prochain, les 150.000 voix que représente ce pôle manquent à l’appel, le PNV redoute qu’une nouvelle coalition de circonstance PP-PSOE l’éloigne de la gestion des députations et de beaucoup de villes importantes d’Euskadi. En quelque sorte, le prolongement des élections précédentes.
Pour limiter les dégâts, le PNV doit tout d’abord rester uni. Ce que son leader Iñigo Urkullu est parvenu à faire. Ce n’est pas son moindre mérite. Un parti de gouvernement passant à l’opposition est toujours traversé de fortes tensions internes. On l’a vu en Pays Basque avec l’éclatement des deux partenaires du PNV au gouvernement de Gasteiz, Ezker Batua et Eusko Alkartasuna, dès qu’ils n’ont plus participé à la gestion du pays. La tendance qui a quitté EA et créé Hamaika bat, s’est rapprochée du vieux parti historique qui compte ainsi récupérer en Gipuzkoa le poids qu’il avait perdu depuis la scission de 1986.

Les deux bouts de la chaîne
Dans le but de retrouver la place centrale qui est la sienne, le PNV ménage et tient «les deux bouts de la chaîne», d’un côté les socialistes, de l’autre les indépendantistes. Iñigo Urkullu l’a déclaré lors de l’Alderdi eguna du 26 septembre: «Il faut essayer de parvenir à des diagnostics communs, non seulement entre les abertzale, mais aussi entre ceux qui ne le sont pas, pour réfléchir à ce que nous pouvons faire tous». Dans ce «dialogue multilatéral», le PNV pense pouvoir jouer le rôle «d’interlocuteur», même si la démarche ne prend pas la forme de l’habituelle «table de négociation entre les partis». Voici deux semaines, il a sauvé le gouvernement socialiste à Madrid, en échange du transfert des compétences en matière des politiques en faveur de l’emploi. Cerise sur le gâteau, le Lehendakari socialiste apparaît totalement hors jeu dans cette affaire. Et Urkullu d’ajouter finement que la gauche abertzale a besoin d’un interlocuteur stable à Madrid pour pouvoir négocier… Si le PP arrive au pouvoir, tout sera à reprendre à zéro!
Le PNV pense aussi à l’autre bout de la chaîne, d’où l’inflexion de son discours lors de l’Alderdi eguna en faveur «de la capacité du peuple basque de décider de son propre avenir». On objectera que cela fait partie de la loi du genre: lors d’un congrès, un parti affiche toujours des positions bien tranchées pour galvaniser ses troupes, comme le faisait Guy Mollet aux congrès de la SFIO en tenant de grands discours marxistes. Le PNV qualifié de «parti pendulaire», depuis son origine a toujours oscillé entre les deux pôles, le souverainisme pur et et dur et l’autonomisme plus ou moins mou, ce qui correspond d’ailleurs à ses différentes composantes sociologiques. Le va-et-vient continue au gré des opportunités.

Surveiller le vicaire
Mais il y a plus. L’élaboration d’un futur pôle souverainiste amène le PNV à radicaliser son discours pour une raison bien précise. Il ne veut pas se laisser cantonner dans la gestion de l’autonomie sans grande perspective et laisser le champ libre à une gauche abertzale qui montera en puissance, débarrassée du fardeau d’ETA. Il veut occuper le terrain d’un souverainisme raisonnable. On assiste à ce même phénomène en Catalogne où CiU suit la même évolution, face à la vague des référendums d’initiative populaire en faveur de l’indépendance et à l’émergence d’une nouvelle formation indépendantiste emmenée par l’ancien président du club de football de Barcelone. Le parti d’Iñigo Urkullu, invité à signer la déclaration du 25 septembre à Gernika (Enbata n°2146), n’a pas donné suite à cet appel. Il a toutefois envoyé une délégation officielle à la manifestation qui a eu lieu à Bilbao le 2 octobre et qui rassemblait les mêmes forces politiques que lors de la manifestation interdite du 11 septembre (Enbata n°2144).
En Gipuzkoa, fief de l’indépendantisme, le PNV insiste tout particulièrement sur «la défense du droit à décider». Il vient de le monter en épingle le 2 septembre, lors d’une grand’messe politique organisée au théâtre Victoria Eugenia de Saint-Sébastien, en présence du ban et de l’arrière-ban du parti, Arzalluz et Ibarretxe au premier rang et avec un nouveau slogan: «Bil gaitezen», rassemblons-nous. Il sait qu’aux prochaines élections, l’enjeu principal sera la députation de Gipuzkoa que le pôle indépendantiste comme les partis espagnolistes escomptent bien lui ravir.

Avant l’assaut final
Le PNV a donc tout intérêt à prendre ses marques face à un futur partenaire abertzale avec lequel il devra éventuellement faire alliance pour gouverner en 2013 la Communauté autonome basque qui est un peu son enfant. Avec des réserves, toutefois. Il sait que ce pôle souverainiste peut très bien contracter d’autres alliances et maintenir hors-jeu le PNV, comme c’est aujourd’hui le cas en Catalogne pour CiU. Avant de lancer son assaut final sur Ajuria Enea (siège du gouvernement autonome), il faut d’abord que le PNV soit le parti dominant dans l’abertzalisme. C’est l’un des enjeux majeurs des grandes manœuvres actuelles.
Pour l’instant dans l’opposition, tel le gardien du temple, il surveille de près le Lehendakari socialiste «délégué ou vicaire du gouvernement d’Espagne en Euskadi, (…) plus centraliste que le gouvernement espagnol» pour défendre, critique Iñigo Urkullu, «les intérêts de l’Espagne en Euskadi» et non pas ceux des Basques auprès de l’Etat. De nouveaux transferts de compétences figurant dans le statut de Gernika, une Loi organique votée il y a 31 ans, sont toujours sur la table. A l’Alderdi eguna, le PNV a repris un nouveau concept, «le concierto politique», en référence au concierto économique qui régit les relations fiscales et budgétaires entre le Pays Basque et l’Espagne. Il s’agit d’un «nouvel outil» pour avancer vers ce que le PNV considère comme son objectif final, obtenir «la souveraineté nationale des territoires basques».
En Iparralde, les abertzale et les structures qu’ils animent, ont tout à gagner à un retour du PNV aux affaires. La baisse drastique de nombreuses subventions en provenance d’Hegoalde, en particulier pour Seaska ces derniers jours, est là pour illustrer la réalité de la gestion PSOE dans les institutions du Sud.

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