Le syndrome de Peter Pan par Jean Marc Abbadie

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Le mouvement abertzale organisé en Pays Basque Nord n’a pas plus de 50 ans. Il est donc particulièrement jeune. Minoritaire (les dernières cantonales avec ses 10 % l’ont placé 5ème force politique après l’UMP, le PS, le Modem et Europe Ecologie), il n’en exerce pas moins une réelle influence au sein de notre société. Ses initiatives sont légions et les abertzale, très majoritairement ancré(e)s à gauche, portent un projet ouvert, solidaire et désintéressé, suppléé par un engagement individuel qui, pour certains, confine au sacerdoce. Pourtant, il peine à traduire sur le plan électoral toutes ces forces actives qui traversent tous les domaines de notre vie quotidienne. Des raisons plus ou moins objectives peuvent être mises en exergue.

Passer du virtuel au réel
En tout premier lieu, il y a ce mimétisme toujours prégnant, pas toujours conscientisé, vis-à-vis de la Communauté autonome d’Euskadi. Appliquer une stratégie similaire au Sud dont le vote abertzale, toutes tendances confondues, approche les 60 % est une incongruité dommageable et contre productive. D’autant que si une vraie proportionnelle (à un tour) a cours au Sud, nous sommes ici confrontés (hors Européennes) à un scrutin à deux tours qui favorise généralement l’UMP et le PS en squeezant toutes les autres composantes souvent majoritaires. Liée à ce travers, la pensée abertzale surfe sur une perception fantasmée d’un territoire peuplé majoritairement de Basques d’origine. Or, surtout depuis un siècle, l’émigration économique d’un côté et, à l’inverse, l’immigration vers notre petit territoire attractif, ont rendu les Basques du Nord minoritaires sur leur pro-pre sol. Ce combat ethnique, au sens noble du terme, se doit d’être revisité. De même, une stratégie électorale uniforme ne prenant pas en compte la diversité des territoires de nos trois provinces (et notamment le score divers des abertzale) est un non sens. On n’agit pas de la même façon sur le BAB (4,5 % aux cantonales) que
sur l’intérieur (16 %). Enfin, le mouvement abertzale, en changeant systématiquement de candidat(e) à chaque échéance électorale quelle qu’elle soit, ne construit aucun parcours personnel de peur que le «notabilisme» ne vienne entacher la pureté de la démarche collective. Si l’intention est lou-able, le résultat est totalement inefficace dans ce système électoral français.

Aller aux élections: pourquoi?
La coalition EH Bai, réduite à AB et Batasuna, cumule les écueils sur le plan stratégique. Son objectif pourtant accessible, mais déjà obsolète, de réunir les trois composantes abertzale de gauche n’est pas atteint. Pire, il y aura sans doute trois offres abertzale pour ces législatives si le PNV y va. Le niet de Batasuna, entraînant malheureusement celui d’AB vers l’ouverture à Europe Ecologie, a favorisé l’émergence de «l’alliance Abertzale et écologiste Amalur» qui sera sa première concurrente. EH Bai compte peut être sur la bonne pioche d’une candidate «d’ouverture» sur la 5ème circonscription, avec le risque de se brûler les ailes… Mais l’échec le plus probant, conséquence de celui mathématique de ne pas grouper toutes les forces abertzale et écolo en une même coalition, c’est d’avoir d’ores et déjà raté l’occasion de mettre la pression sur le PS, gagnant potentiel des présidentielles et des législatives, sur nos deux thématiques d’importance. Celles de la reconnaissance territoriale et linguistique. C’est à croire que nous ne voulons pas grandir.

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