
Le premier tour des élections municipales au Pays Basque nord dessine un paysage contrasté, entre nombreuses élections réglées dès le premier tour et quelques communes où la bataille reste ouverte.
Sur les 158 communes d’Iparralde, 113 ont vu une liste unique se présenter, tandis que 30 communes comptaient deux listes. Dans ces cas-là, l’élection est réglée dès le premier tour. Le second tour ne concernera donc qu’un nombre limité de situations.
Dans ce paysage, le courant abertzale confirme une évolution désormais bien installée : il n’est plus une simple force protestataire, mais un acteur de premier plan de la vie municipale, capable de gouverner et de s’inscrire dans la durée.
Cette réalité se vérifie d’abord dans les communes conquises lors des précédents scrutins. Depuis 2014 et 2020, plusieurs municipalités sont gérées par des abertzale ou à forte composante abertzale : Hiriburu, Baigorri, Uztaritze, Ziburu, pour n’en citer que quelques-unes. Le scrutin de ce 15 mars montre que ces équipes sont globalement confirmées par les électeurs. Dans certains cas, l’opposition est même réduite, signe d’une implantation locale désormais solide.
Cette dynamique mérite d’être soulignée dans un territoire qui reste, sociologiquement et électoralement, plutôt ancré à droite. Dans ce contexte, la progression du courant abertzale ne peut être réduite à une simple progression idéologique. Elle traduit aussi une capacité à fédérer largement au-delà de son socle militant, autour de politiques locales concrètes : logement, transition écologique, vitalité associative, défense de la langue et du territoire. Les récentes prises de position des cadres de la droite locale, attaquant frontalement EHBai et le mouvement abertzale, n’auront donc pas eu l’effet repoussoir escompté.
Certaines situations restent néanmoins ouvertes. À Urruña, par exemple, la baisse enregistrée par la liste abertzale au premier tour place la municipalité sortante en position de ballotage face à une opposition renforcée. Ce type de configuration rappelle celle de 2020 et la semaine d’entre-deux-tours y sera donc décisive. On le sait, ces communes qui ont porté les abertzale en majorité en 2020, ne sont pas devenues sociologiquement abertzale et de gauche du jour au lendemain.
Si l’on peut regretter la défaite rageante de notre courant pour quatre voix à Ahetze, la victoire de Senpere vient démontrer l’ancrage toujours plus fort sur Hego Lapurdi. Et si elles sont parfois moins médiatisées, les communes de l’intérieur montrent aussi la progression de l’implantation abertzale. Donapaleu, Aiherra, Lekuine sont des exemples de cette avancée.
Il convient aussi de souligner que les communes du BAB, historiquement plus compliquées pour les abertzale, ont permis de montrer que les démarches de rassemblement à Bokale, Biarritz et Baiona, vont jouer un rôle capital dimanche prochain. Et à Angelu, alors qu’en 2020 Hemen Angelu n’avait pas pu se présenter, les abertzale entreront au conseil municipal pour les six prochaines années, avec deux élus.
Le second tour sera maintenant déterminant dans plusieurs communes importantes. A Baiona, la liste rassemblant les forces de gauche menée par Jean-Claude Iriart (EHBai) est dans un mouchoir de poche devant celle du socialiste Henri Etcheto. A Hendaia et Maule, les maires PS et PCF sont arrivés en tête mais les abertzale sont en deuxième position. A Bokale, la liste soutenue par EHBai est en tête.
La mobilisation des électrices et électeurs dimanche prochain sera déterminante et permettra de trancher les situations encore ouvertes. Dans le même temps, le futur de la CAPB commence déjà à se dessiner et les élections se poursuivront donc avec la constitution des instances intercommunales, où les changements enclenchés dimanche dernier porteront aux responsabilités des têtes nouvelles.
Plus que jamais, notre courant doit se mobiliser pour voter et faire voter massivement en faveur des listes abertzale et des listes d’alliance progressiste à gauche incluant des abertzale.

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