Année 2012 : la tâche restant à accomplir est colossale. Eziña, ekinez egiña ! par Xabi Larralde

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A l’heure de me projeter sur ce que pourrait être le déroulement de cette année 2012, je crois que l’on peut s’assigner deux objectifs fondamentaux: réaliser des avancées dans le développement du processus de résolution du conflit, et faire progresser significativement le chantier de la réunification du mouvement abertzale en Iparralde. Au lendemain de la gigantesque manifestation de Bilbo, il est évident pour tout le monde que les avancées du processus de résolution impliqueront cette année comme priorité la formalisation de solutions au sort des prisonniers basques. Il faut le dire clairement, le succès historique de ce processus dépendra de notre capacité à ne pas laisser les prisonniers croupir dans les geôles françaises et espagnoles. La seconde avancée consistera à ce que de véritables discussions abordent les causes politiques du conflit. Cela signifie pour Iparralde de progresser dans le débat sur la reconnaissance politique de nos trois provinces pour poser, entre un maximum de sensibilités politiques en présence ici, les jalons du cadre institutionnel nécessaire au Pays Basque Nord. La responsabilité du renforcement du processus en cours n’incombe pas qu’au seul mouvement abertzale, elle est aussi celle de toutes les autres sensibilités politiques d’Euskal Herria. Dans une interview octroyée l’an dernier au quotidien El Pais, Arnaldo Otegi affirmait: «nous ne faisons pas tout ce que nous sommes en train de faire pour les prochaines élections, mais pour les prochaines générations». Une orientation politique a, me semble-t-il, un horizon temporel de 7, 8, maximum 10 ans pour porter ses fruits et obtenir des résultats probants. Dans 10 ans, les jeunes basques qui ont aujourd’hui 10-15 ans en auront 20-25; ils jugeront de ce qu’aura été la réalité du processus en cours, et ils nous jugeront par
là-même… Pour ce qui est de l’objectif du rassemblement des forces abertzale en Iparralde, il est temps maintenant de franchir des étapes similaires à celles franchies par les sensibilités abertzale de gauche en Hegoalde. Cela passe par des modalités de plus forte coordination/intégration de nos modes de fonctionnement, mais aussi, à terme, par une rénovation de notre projet politique. Plus particulièrement, la crise économique que nous vivons implique selon moi que les abertzale s’inscrivent radicalement dans des lignes de proposition alternative au système capitaliste actuel. L’Europe est prise au piège du carcan néo-libéral. Quand on voit que les remous sur la gestion des dettes grecques et italiennes ont conduit à mettre en place des technocrates (respectivement L. Papadémos et M. Monti) qui n’ont aucune légitimité politique si ce n’est celle d’être liés aux milieux affairistes et aux grandes banques internationales, on peut affirmer que le diktat des marchés financiers fait peser aujourd’hui sur nos sociétés un risque de dégénérescence démocratique. Mais il n’y a pas de fatalité, et à l’heure des bilans concernant l’année écoulée, je retiendrai l’exemple d’un tout petit pays: l’Islande. Car en Islande, une mobilisation citoyenne a réussi à imposer aux dirigeants du pays une procédure référendaire sur le paiement de la dette. En avril dernier, une large majorité de la population s’est positionnée pour la seconde fois contre le paiement de la totalité de la dette. Du fait de ce refus de payer l’intégralité de la dette, l’Islande a subi les foudres du FMI et de la communauté financière internationale. Pourtant, l’économie de ce pays semble aujourd’hui réussir à sortir la tête de l’eau: le chômage est passé de 10 à 6%, la croissance pour 2011 devrait se situer à plus de 2,5%… Le cas islandais nous montre ainsi qu’un tout petit pays, de seulement 320.000 habitants, peut oser se confronter aux marchés financiers et sortir renforcé de cette confrontation. Il nous montre aussi que les idées que les abertzale défendent —comme le droit à l’autodétermination— peuvent représenter de véritables armes à l’heure de mener le combat contre le capitalisme financier. Mettre en forme une nouvelle donne politique en Euskal Herria, reconstruire l’unité du mouvement abertzale de gauche, définir des voies alternatives et renforcer les luttes en faveur d’un autre système économique…: en cette nouvelle année 2012, la tâche à accomplir s’avère… colossale! Mais comme disait l’autre (que le lecteur averti d’Enbata saura identifier): «Eziña, ekinez egiña!».

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