La dissolution de Batasuna

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Avant toute chose, je voudrais souhaiter urte berri on à tous les lecteurs d’Enbata, et à la militance abertzale. L’annonce de la dissolution de Batasuna a défrayé la chronique politique de la semaine dernière. Voici en quelques mots les motifs de cette dissolution. Commençons d’abord par le commencement, c’est-à-dire les raisons qui nous ont amenés en 2001 à créer Batasuna. Le motif principal a été la volonté au moment de Lizarra/Garazi de concrétiser une stratégie politique de nature nationale, c’est-à-dire déclinable sur l’ensemble des sept provinces. Pour cela, il nous paraissait indispensable de concrétiser un fonctionnement intégré à l’échelle du Zazpiak Bat. Car justement, pour que la diversité des réalités entre Ipar/Hego puisse être prise en compte, il faut s’asseoir tous autour de la même table au moment même de la conception des schémas d’action politiques. C’est en effet en permettant aux militants d’Hegoalde de participer à l’élaboration d’axes de travail pour Iparralde qu’on les met en situation de se poser des questions sur nos réalités locales, le fonctionnement des structures politiques et sociales ici etc. Et vice-versa pour la militance d’Iparralde. Plus de dix ans après, quels résultats a généré ce fonctionnement national? Je di-rais que nous avons réussi à faire intégrer une vraie vision nationale auprès des militants qui ont participé toutes ces années aux organes de Batasuna. Cependant, la répression ne nous a pas permis de mettre en place certains mécanismes plus formels et systématiques (exemple: cycles de formation) garants d’une diffusion jusqu’à la base militante des clés de compréhension de la scène politique d’Iparralde. Pour au-tant, certains résultats sont là. Parmi ceux-ci les termes de la déclaration d’Aiete elle-même, qui situe à juste titre devant la communauté internationale l’Etat français comme acteur de plein pied du conflit bas-que et donc du processus de résolution. Mais l’inscription de l’Etat français en ces termes n’était pas évidente en soi; elle est en partie le résultat du fait que les dirigeants de la gauche abertzale sont porteurs aujourd’hui d’une vision nationale qui ne fait
pas l’impasse d’Iparralde. Et cela représente une donne majeure, parce que l’avenir d’Euskal Herria ne se joue pas seulement au regard des Etats français et espagnol, mais dans le cadre du devenir de l’Europe. A ce titre, il est fondamental que nous soyons en capacité de projeter l’espace du Zazpiak Bat vis-à-vis de la communauté européenne. Nous assumons l’ensemble de la trajectoire historique de la gauche abertzale, et c’est justement pour cela que nous n’entendons pas passer à côté des possibilités actuelles de dépassement du conflit armé. Parmi celles-ci, relevons la plus im-portante: il est patent que dans l’Europe d’aujourd’hui qui est à une croisée des chemins historique, les populations d’un certain nombre de peuples ou d’identités nationales sont maintenant désireuses d’un débat démocratique sur l’évolution de leur statut politique. Pour donner deux exemples: l’Ecosse a récemment finalisé un accord avec l’Angleterre pour la tenue d’un référendum sur l’indépendance en 2014, et la nouvelle majorité qui gouverne en Catalogne a également positionné comme ob-jectif clé de la législature actuelle la tenue d’un référendum d’autodétermination pour 2014. En Euskal Herria aussi, le moment est venu de donner l’opportunité à la société de se prononcer librement sur les statuts politiques et institutionnels dont elle entend se doter. Notons plus particulièrement que, du fait de la crise, l’Espagne va se confronter à la nécessité de réfléchir à une seconde transition. Mais pour que ces débats aient lieu et débouchent, il faut dépasser la situation de confrontation armée en ou-vrant pleinement le champ du politique pour donner libre court à un exercice démocratique. Batasuna a été, entre autres, un outil de résistance politique dans une séquence dure de confrontation armée et de répression policière. Nous voulons dépasser cette séquence et la seule logique de résistance pour arracher des avancées effectives dans la reconnaissance du Pays Basque et formaliser des pas concrets dans la voie de la construction nationale. Pour cela, nous nécessitons un nouveau rapport de force qui passe par l’activation d’un ressort politique qui est celui du travail en commun
et de l’accumulation des forces. Sur l’ensemble du Pays Basque, autant le processus de paix, que la revendication d’un débat sur l’évolution des statuts politiques bénéficient de majorités larges, mais nécessitent pour déboucher de réussir à mettre en mouvement des pans entiers de la société basque pour ébranler et faire tomber le mur du refus des Etats centraux. Le sigle de Batasuna disparaît, et je pense à notre militance pour affirmer que n’avons aucune raison d’être nostalgiques. A titre personnel, c’est vrai que l’engagement dans Batasuna a supposé des moments très durs, mais le souvenir que j’en garderai est celui d’une expérience formidablement enrichissante, en particulier du fait de la densité des relations humaines qui s’y sont nouées. Evidemment, je ne peux pas m’empêcher à ce stade d’avoir une pensée pour nos militants encore emprisonnés: Arnaldo Otegi, mais bien d’autres comme Miren Zabaleta, Arkaitz Rodriguez, Sonia Jacinto, Imanol Iparragirre etc. L’essentiel c’est que le combat continu, avec un rendez-vous majeur à ne rater par aucun abertzale: la manifestation de samedi en faveur des presos à Bilbo!

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