Hé Manu, tu descends ?

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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Manu, tu descends

Illustration extraite de la une du dernier livre de Manu Castiella en 2012, aux éditions Elkar, « 60 ans d’impertinence entre Nive et Adour »

C’est assez récurrent de louer un proche que l’on ne reverra plus. On traverse le fil de la vie comme des immortels et l’on contient nos émotions et nos élans par pudeur. Notre éducation, sans doute. Récemment, le mouvement euskaltzale a rendu hommage à un grand Monsieur, serviteur de la langue basque, Jean Haritschelhar. Un autre grand Monsieur vient de partir sur la pointe des pieds. Manu Castiella, l’urbain néo-basque, via une vie bien remplie, a lui aussi apporté sa pierre à l’édifice chancelant de l’euskara. Après 81 ans de bons et loyaux services rendus à ses congénères, surtout aux plus fragiles, aux différents ou aux sans grades, Manu nous a indiqué la lumière scintillante sur laquelle accrocher nos regards afin d’emprunter un chemin combatif pour un monde bien plus solidaire.

Typographe à ses débuts, Manu a rédigé son premier article à 18 ans dans le courrier de Bayonne. Il devint ainsi un véritable chroniqueur de la vie locale jusqu’à devenir critique de télévision en 1962 ! Dès lors, sa passion c’est l’écriture. Il tiendra une rubrique football dans le journal Sud Ouest pendant des années, encensant bien souvent son club fétiche donostiar, la Real Sociedad. Volontiers taquin à ses heures, doté d’un humour tout en finesse, il s’essaya aussi dans la rédaction d’ouvrages plus étoffés à partir du 3ème millénaire comme « Charnégou » en 2000, « Un siècle de rugby à Bayonne » en 2001 (réédité en 2009), « Boucau sur Bayonne », « Un siècle à Bayonne 1900-2000″ en 2003, « 50 après » en 2008, « Le club des mouettes » en 2010 aux éditions Atlantica. Enfin, son petit dernier en 2012, aux éditions Elkar, « 60 ans d’impertinence entre Nive et Adour » est un vrai régal.

Pourtant, son amour de la plume ne fut pas son seul violon d’Ingres. La trentaine passée, il fonda avec d’autres la première MJC dans le quartier du Polo dont il fut administrateur. Il s’orienta dès lors vers l’éducation populaire pour en faire son métier en devenant directeur de la MJC de Balichon durant plus de vingt ans jusqu’en 1992.

C’est à cette époque qu’il soutiendra la création et le développement du groupe de danse Aurrera, de la chorale Herriko gazteak composée de tous jeunes baionar et hiriburutar.

Accompagné de bénévoles, il sillonna, des étés durant, des structures accueillant des touristes en diffusant des diaporamas sur la richesse culturelle et la vie politique basques. Il forma de nombreux animateurs tout en délégant et en faisant confiance. Homme de gauche, il n’avait de cesse que de s’engager dans la durée dans des structures socio-éducatives. Ainsi, il resta administrateur du club de rugby, l’ASB, qui accompagne admirablement tant de jeunes de la rive droite bayonnaise. Mais comme cela ne lui suffisait pas, il fut jusqu’au dernier moment président de l’association Menautegia-cheval accompagnement à Briscous qui gère un lieu de vie à caractère social pour enfants et ados en difficulté de tout type.

Son père aragonais et sa mère navarraise, comme bien d’autres, traversèrent les Pyrénées dans les années 20, et s’installèrent au Boucau autour des Forges de l’Adour. Manu, boucalais de naissance et de jeunesse, puis bayonnais de résidence, avait ses deux villes ancrées en lui.

Je savais, en le sollicitant en 2007, lui le non bascophone, que le premier président de la première crèche bayonnaise en immersion ne pouvait être que lui. Surtout basée dans le quartier de Balichon. Je ne sais aujourd’hui pourquoi il accepta mais je sais par sa femme « Mayie » comme il l’appelait, qu’il a réfléchi longuement. Il avait à cœur d’amener le projet de la construction de Luma Baiona à son terme. Celle-ci verra le jour sans lui courant 2014.

Comme on aimerait qu’il entende notre supplique : « Hé, Manu, tu redescends nous voir ? On a besoin de toi ici ! »

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