Nourrir le débat par Jean-Louis Davant

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Le débat sur le nucléaire ne sera pas simple. Beaucoup de Français y restent attachés malgré le désastre japonais (66% d’opinions favorables avant celui-ci, combien après?). L’essor des énergies nouvelles nécessitera du temps et des efforts de toutes sortes: imagination, volonté, recherche, investissements, lutte contre le gaspillage, modification des comportements et des genres de vie… Il faudra surtout convaincre la majorité des populations peu disposée à de tels changements, et pour cela dépasser le niveau des slogans faciles, des idéologies simplistes et de la méthode Coué qui ne fonctionne que pour soi-même.
Le lobby nucléaire est très puissant, imbriqué avec I’Etat, des milieux scientifiques, industriels, politiques… Ses porte-paroles disposent d’un arsenal impressionnant d’arguments qui ont une apparence hautement scientifique. Leur contenu me paraît difficile à vérifier; bien malin qui pourrait y distinguer le vrai du faux ou de l’incertain. Après Tchernobyl les autorités nucléaires et politiques de France nous ont menti. Mensonge irresponsable, car les habitants des régions les plus touchées ont continué à récolter et à consommer lait frais, légumes verts et champignons con-taminés par les radiations. Mais ceux qui ne sont pas touchés ne s’en offusquent pas. Dans ce pays l’on a une conception absolutiste et sacrée du pouvoir central, de nature monarchique, sans doute un sous-produit de sa longue histoire. La raison d’Etat y est largement admise, d’où une grande indulgence envers le mensonge officiel, à fortiori quand il favorise le porte-feuille: la santé suit l’intendance, et la vie compte moins que le confort dans une société matérialiste, individualiste, voire hédoniste.
Selon le lobby nucléaire et les dirigeants politiques de la France, un désastre sismique comme celui du Japon serait impossible en Europe, Or il se trouve qu’en 1755, un terrible séisme détruisit Lisbonne et causa de gros dégâts dans de nombreux pays: on l’estime à la magnitude 9 sur l’échelle de Richter, niveau de celui qui vient de ravager le nord du Japon. Voltaire lui dédia en 1756 son “Poème sur le désastre de Lisbonne”. Beaucoup plus près de nous voici ce qu’en dit le géologue basque Koldo Nuñez-Betelu dans le journal Atejoka 030 d’avril 2011, publication mensuelle de la société savante “Eusko Ikaskuntza / Société d’Etudes Basques”:
“Dans les temps historiques le mouvement sismique le plus fort subi par la péninsule ibérique se produisit dans la grande faille Açores-Gibraltar séparant les plaques maîtresses d’Eurasie et d’Afrique, te 1er novembre 1755, à neuf heures vingt du matin, alors que beaucoup de gens entendaient la messe de la Toussaint dans les églises. Il causa des dégâts dans de nombreuses villes, mais à Lisbonne la destruction fut terrible. Le séisme atteignit semble-t-il une magnitude d’environ 9,0 et il dura de trois à six minutes.
Quarante minutes plus tard des tsunami de vingt mètres atteignirent la côte avec une force et une vitesse incroyables, et ceux qui s’y étaient réfugiés ne purent rien faire pour fuir. Au total, plus de 90.000 personnes périrent.
Le tremblement de terre se fit évidemment ressentir dans toute la péninsule en y causant de gros dégâts. Par exemple, une tour de la cathédrale de Valladolid s’effondra, et les tsunami brisèrent les remparts de Cadix et provoquèrent d’effroyables inondations. Les effets s’étendirent au-delà de la péninsule ibérique, sur de nombreux lieux du monde”. (Traduit du basque). N’y-t-il pas là de quoi nous faire tous réfléchir?

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