Un président pour l’Europe par Jean-Louis Davant

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Notre véritable élection présidentielle serait celle qui élirait un Président pour l’Union Européenne. N’en déplaise aux nationalistes français de toutes couleurs politiques, celle d’avril-mai 2012 ne sera aux yeux du monde qu’une élection regionale, à peine plus importante que celle du gouverneur de Californie ou du Texas. Un président européen élu au suffrage universel direct par tous les citoyens européens, le même jour, voilà qui aurait de la gueule aux yeux des USA, de la Chine, etc. et d’abord aux nôtres.
Pour tout dire, Giscard d’Estaing avait proposé en son temps cette réforme. Il ne fut pas suivi. Les esprits n’étaient pas mûrs, la prospérité allait de soi, l’on ne voyait
pas l’untilité d’un étage politique supplémentaire. Et puis le nationalisme français veillait jalousement sur son monopole républicain: un président européen porterait ombrage à la souveraineté française incarnée par son Président de la République. Le prétexte avancé par les souverainistes était l’absence de patriotisme européen, mais ils feront tout pour que celui-ci ne puisse pas naître.
En bonne logique, le président de l’UE devrait assurer la cohésion de l’ensemble et porter rapidement sa parole, notamment dans les moments de crise, mais aussi s’occuper de ce que les Etats ne peuvent pas faire seuls ou par des accords bilatéraux. Parallèlement, il faudrait aussi élargir et renforcer les pouvoirs du Parlement européen pour contrôler le pouvoir personnel. Même avec des pouvoirs limités, un président européen émanant directement des peuples serait un lien très fort, une stature d’homme ou de femme, un visage, une voix, un destin, symbole vivant de l’Europe…
Les temps ont bien changé. Face â la crise, l’absence d’un véritable pouvoir européen visible, réactif, incarné, se fait enfin sentir. L’idée de Giscard commence au-jourd’hui à se faire jour sous une forme nouvelle: celle d’élire au suffrage universel direct le président de la Commission européenne. En même temps l’on tirerait à la clarté son pouvoir plus ou moins occulte, qui n’est certainement pas négligeable.
Cette réforme très simple ne dispenserait évidemment pas de mesures collectives comme la convergence économique et fiscale entre les divers Etats membres, ainsi que l’ébauche d’une politique sociale européenne, mesures indispensables à une concurrence loyale dans le marché commun. D’autre part, l’on ne voit pas au nom de quel dogme la Banque centrale européenne ne peut pas prêter aux Etats membres: ce fétichisme libéral leur coûte trop cher pour qu’ils puissent le tolérer indéfiniment.
A la faveur de la crise, voici que l’on parle à nouveau de fédéralisme. J’applaudis évidemment, mais par dessus tout, je crains l’allergie congénitale de la France à cette idée, par reflexe pavlovien encore plus que par refus de toute nouvelle délégation de pouvoir. Pour le moment, elle préfère laisser gouverner l’UE par l’Allemagne. Or un système fédéral aurait l’a-vantage de déconnecter la gouvernance européenne d’un Etat hégémonique, de la rendre plus autonome et collégiale, de diluer le monopole du pouvoir allemand. Mais une telle réforme parait improbable dans l’immédiat.
Resteraient les mesures pragmatiques, notamment celles évoquées plus haut. Pour bouster l’ensemble, ne faudrait-il pas aussi des projets économiques communs, assortis d’investissements bien ciblés? N’oublions pas que la construction européenne commença par la Communauté Charbon-Acier… Mais il y avait alors un idéal européen. Où est-il aujourd’hui? Voila, je le crains, notre talon d’Achille.

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