Plus qu’une revendication, une construction collective

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GEDLa dynamique Gure esku dago, née en 2013 dans la région de Goierri, se veut citoyenne, démocratique, constructive et participative. “Nous sommes un peuple” , “C’est l’heure des citoyens”, “Nous avons le droit à décider” sont les trois principes  fondamentaux autour desquels Gure esku dago a développé un certain nombre d’initiatives. Mouvement citoyen, Gure esku dago part du fait que malgré la diversité des habitants du Pays Basque, ce qui les unit par dessus tout, c’est la volonté de travailler autour de ce qui les rassemble. Voici les caractéristiques et réflexions de cette démarche en Iparralde.

Gure esku dago est une démarche s’inscrivant avant tout dans un contexte plus large que celui d’Euskal Herria, un contexte européen. Les peuples catalan et écossais ont eu l’occasion de décider, chacun selon sa propre procédure, adaptée à sa propre situation. Ce droit qu’ils ont su s’octroyer est un droit naturel, qui redonne tout son sens au concept de démocratie, concept duquel on tend à s’éloigner.

Si les exemples catalan et écossais sont précisément tournés autour de la question institutionnelle, dans une démocratie le droit de décider devrait concerner également tous les domaines ayant trait au bien-être général de la population, qu’il s’agisse de choix concernant l’économie, la culture ou l’aménagement du territoire.

Dans cette optique, la dynamique Gure esku dago se développe aujourd’hui en Ipar Euskal Herria, avec la ferme intention de mettre ou remettre les citoyens au centre de tous les débats : dans un Etat autoproclamé “pays des Droits de l’homme”, ce projet de réparer la démocratie devrait être bien accueilli par les citoyens d’une part et, en toute logique, par les décideurs politiques et économiques d’autre part.

Démocratie locale mise à mal

Le territoire d’Ipar Euskal Herria a vu être retoquées ou perturbées par une seule personne, qui plus est non élue, toutes sortes de décisions et initiatives pourtant très démocratiques. Ainsi, ces dernières années, une commune s’est vu interdire la construction d’une ikastola, une autre s’est vu attaquer la cession d’un terrain encore pour une ikastola, une subvention municipale accordée à Laborantza Ganbara a été suspendue et le choix de co-officialiser l’euskara par une équipe municipale a été déclarée contraire à la Constitution. Or, chacune de ces délibérations avait émané de personnes élues au suffrage universel direct par les habitants des villages respectifs. Et le préfet, mandaté par l’Etat, donc non élu, a un pouvoir plus fort puisqu’il a le dernier mot.

Les initiatives d’élus locaux torpillées, on s’attaque aussi aux initiatives citoyennes. Il est peu de dire que le développement des ikastola n’aura pas été un long fleuve tranquille. Que dire aussi du procès intenté à Laborantza Ganbara ? Ou des difficultés posées à Herrikoa, qui deviendra pourtant par la suite un modèle en terme d’économie sociale et solidaire ? Le dernier exemple marquant est la fin de non-recevoir au sujet de la création d’une Collectivité territoriale Pays Basque, projet qui faisait  pourtant consensus tant au sein des décideurs politiques locaux, que dans la société civile. Encore une fois, un seul homme, préfet ou sous-préfet, n’ayant aucun mandat du peuple, aura le dernier mot. Et le référendum, consultation démocratique, qui aurait permis aux citoyens de s’exprimer sur la question n’aura, semble-t-il, pas lieu.

En Ipar Euskal Herria, la démocratie doit donc être réparée avec en toile de fond un principe qui a été largement oublié : l’élu est au service des citoyens, il n’est pas son maître et ne dispose pas au lendemain de son élection d’une carte blanche. Ajouté à cela le manque de transparence et la corruption ambiante, il est évident que le pouvoir s’est éloigné des mains des citoyens, à supposer qu’il eût déjà été en leur possession, ce qui correspond pourtant à la définition même de la démocratie.

Au vu de ce contexte, il semble évident que le simple fait d’aller voter tous les cinq ou six ans ne satisfait pas à l’exigence démocratique et ne répond pas a la volonté de la majorité des citoyens.

La dynamique se structure

Le mouvement Gure esku dago repose sur un fonctionnement horizontal qui part du citoyen. Une fois que les citoyens d’Ipar Euskal Herria ont entendu l’écho de ce mouvement, chacun s’est mis à travailler de son côté, dans les quatre coins du territoire, de Maule à Hendaia en passant par Baigorri et Hazparne.

Ce vent démocratique s’est diffusé sur tout le territoire d’Euskal Herria, dans chaque territoire selon les caractéristiques et les particularités locales.

Il est évident que l’éclosion du mouvement a été facilitée par l’histoire d’Ipar Euskal Herria puisque les citoyens de ce territoire ont su montrer, non sans embûche faut-il le rappeler, leur capacité à dessiner leur avenir collectif, en construisant les outils adaptés à leurs besoins –et non définis par une politique lointaine— dans bien des domaines, que ce soit celui de l’agriculture, la finance, l’éducation, la politique linguistique ou encore plus récemment celui de l’énergie. Bref, la question de la prise en main de notre destin collectif a toujours été présente ici.

Le débat institutionnel

Nous tirons un bilan très positif de la journée du 21 juin qui fut riche en émotion. Le format de l’évènement a notamment été jugé attractif, ce qui change des manifestations classiques auxquelles nous avons l’habitude d’assister en Ipar Euskal Herria, et qui montre bien que Gure esku dago n’est pas simplement une revendication mais bien un travail de construction collective. Bien évidement, beaucoup de travail reste encore à faire. Avant de continuer cette tâche de sensibilisation, nous devons nous arrêter un instant et nous poser la question du contenu de ce sur quoi nous voulons décider, dans quelles conditions et par quelle voie.

Sur le plan institutionnel, il semble qu’Ipar Euskal Herria soit en voie d’obtenir pour la première fois un statut juridique propre. Est-ce suffisant? Peut-être. Dans tous les cas, il appartient aux citoyens d’en juger. La dynamique Gure esku dago n’a précisément pas pour vocation de définir un statut juridique particulier pour le territoire d’Ipar Euskal Herria mais bien de revendiquer que le choix de ce statut s’effectue sur une base démocratique. Or, nous sommes bien loin de ce scénario pour l’instant, il suffirait de faire une enquête dans la rue et de demander aux citoyens quelles sont les propositions qui ont été faites par le préfet l’été dernier. Les réponses risquent d’être vides.

Suite de la moblisation

Le 21 juin dernier, à l’appel du mouvement Gure esku dago, des milliers de citoyen-ne-s se sont mobilisé-es dans cinq capitales du Pays Basque en faveur du droit de décider. Les portes paroles de Gure esku dago ont souligné à l’occasion qu’afin de “décider de notre avenir, nous devons rassembler les différentes sensibilités, et définir ensemble le chemin à suivre”. Tout en soulignant “la réussite de la mobilisation, la pluralité de la participation et l’émotion qui en émanait” l’invitation était lancée “à tous les citoyens vivant sur ce territoire à participer aux mobilisations en faveur du droit de décider”. D’ici la fin juin les groupes locaux de Gure esku dago feront le bilan de ces mobilisations. Une synthèse globale concernant Euskal Herria et les débats en cours sur la suite à donner à la mobilisation seront discutés à nouveau dans les groupes locaux de juillet à septembre. Les prochaines étapes seront ainsi présentées à la rentrée.

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