(R)évolutions

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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Confinement

Plus d’un an après, nous sommes encore étonné.e.s de ce qui nous arrive : l’Etat, au travers du pouvoir de son monarque, régule (régente ?), de façon essentiellement uniforme, notre vie sociale! Après trois confinements plus ou moins stricts, rien ne saurait dorénavant nous surprendre. Et on accepte ! Ben oui, on accepte ! La raison (le prétexte ?) ? Béééé… Le virus ! N’en déplaise à quelques illuminé.e.s qui pensent toujours que la terre est plate, cette saloperie existe bien. Au 28 avril, le monde compterait trois millions de décès et 148 millions de personnes infectées. En France, on notait plus de 103.000 morts et 5,5 millions de personnes contaminées. Et 14 millions d’individus qui ont accepté de se faire inoculer une puce qui guettera tous leurs faits et gestes, si l’on croit les adeptes de l’apocalypse imminente. Selon la Direction générale de la Santé, le nombre de vaccinés atteint aujourd’hui 21% de la population totale.

Variant jacobin

Le centralisme français ne date pas de la création des préfets en 1800 sous Napoléon Bonaparte. Précédemment, les intendants géraient déjà une trentaine de généralités, sous la coupe de François 1er son créateur. Agents zèlés de l’absolutisme royal, les intendants imposèrent l’unification administrative de la France, au prix de la réduction des libertés locales. Le dictateur Bonaparte, donc, enfonça le clou —après une petite pause moins jacobine— en ressuscitant les intendants en préfets. Ces gouverneurs, comme aime à les nommer Jakes Abeberry, étaient des “empereurs au petit pied” selon les propos de Napoléon lui-même. Aujourd’hui le préfet est le représentant de l’Etat, sous l’autorité du ministère de l’intérieur. Assez révélateur donc, d’un état d’esprit émanant de Paris qui visait à exercer un contrôle très fort sur toutes ces contrées lointaines dont une bonne partie de ses indigènes ne parlait pas français.

Annonce d’une démarche révolutionnaire en France

En parallèle à son indécrottable ethnocentrisme, la France a mal à ses différences. Pourtant, nous subodorons une espèce de clairvoyance en cette période de crise sanitaire. L’Etat se met à penser “territoires différenciés”. Bon, c’est ce que font la plupart des pays dans le monde. Cela a commencé par des mesures spécifiques autour de départements plus touchés que d’autres par la contagion. De ce qui est volontairement lâché dans la presse, on apprend qu’après la fin des déplacements limités et l’ouverture des terrasses et lieux de culture au mois de mai de façon uniforme sur l’Hexagone, on s’acheminerait en juin vers des “ouvertures territorialisées” des restaurants en intérieur voire des “théâtres, cinémas et autres”. Bien sûr, ceci en fonction de l’évolution sanitaire. Le plus notable, c’est que, en lien avec un faible taux de contagion, les premiers territoires à être libérés seront la Corse, la Bretagne et le Pays Basque nord !

Pour ne fâcher aucun lecteur !

Le 8 avril, une large majorité de députés, pour la 71e tentative, ont voté une loi relative à la “protection matrimoniale des langues régionales et à leur promotion”.(2) Bon, ce n’était quand même pas l’officialisation des langues territoriales ou la ratification par la France de la “Charte européenne des langues régionales ou minoritaires” adoptée en 1992 par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Non, plus humblement, il s’agissait essentiellement d’officialiser des pratiques expérimentales d’immersion dans l’école publique et l’obligation du forfait scolaire pour les enfants suivant un enseignement dans une école privée bilingue à l’extérieur de la commune. Rien d’extraordinaire pour un pays démocratique. Mais pour un Etat avec un passé —et un présent, osons le dire— colonial, ce vote-là est presque historique ! Nonobstant le recours d’une soixantaine de député.e.s de LREM, essentiellement franciliens, devant le Conseil constitutionnel, on devine un frémissement linguistique quasi révolutionnaire !(3)

La jurisprudence du canton Nive Adour

Bon, ce n’est pas encore la révolution dans la prise en compte par EH Bai d’une stratégie électorale différenciée et adaptée aux réalités locales. Mais c’est une évolution notable face à un positionnement jusqu’alors très jacobin ! Aux portes du BAB, le quatuor du canton agrandi d’Hiriburu (Nive Adour) – qui est soutenu à l’unanimité par le groupe local d’EH Bai – sera pluriel par une triple signature EH Bai-EELV-Génération( s) : Mathieu Elgoyhen, adjoint à Hiriburu (EH Bai), Martine Etchegoin de Mouguerre (EELV) et deux suppléants non encarté.e.s : David Hugla, maire de Lahonce et Laetitia Larre de Bardos. C’est le seul attelage à gauche face à trois autres candidatures. D’abord les sortants, sans étiquette mais plutôt du centre : F. Ayensa (maire de Briscous) et J.P. Diribarne (Bardos). Puis les soutiens de Lasserre (Modem) et Brisson (LR), Maider Behoteguy (maire de Bardos) et Marc Saint-Esteben (maire de Villefranque). Enfin, des inconnus du FN qui souhaiteraient être présents au second tour comme en 2015. La bataille sera rude.

Occasion manquée

Si EH Bai ne se permet pas de miser sur des candidatures d’ouverture sur les cantons de l’intérieur car potentiellement éligibles, seuls au second tour, le positionnement uniforme sur le BAB reste encore plus incompréhensible, d’autant que les abertzale y sont encore très minoritaires. Il est dommage de se cantonner à des démarches de témoignage. Cela interroge bien sûr les objectifs visés quand on se présente à ce type d’élection. C’est dommage car EELV et Génération(s) étaient demandeurs d’une telle alliance pour supplanter le couple PS/PC. C’est aussi dommage parce que pour les municipales, à Biarritz comme à Bayonne, la liste abertzale s’était ouverte à EELV et les Insoumis. Saluons, ici, la candidature de Xan Ansalas, abertzale de gauche qui sera suppléant sur Bayonne 3 (centre) dans une candidature portée par EELV et Génération(s). Le plus incongru, c’est que EH Bai, en refusant de co-construire, deviendra finalement l’allié objectif d’Henri Etcheto, sortant et du PS/PC, en ne participant pas à une agrégation de forces susceptibles de créer une alternative, une autre voix plurielle à gauche. Rendez-vous en 2027 !

(1) Alors que le monde enregistrait en moyenne 27, 67 décès pour 100 000 habitants, la Chine en annonçait 0, 33 décès. En langage diplomatique, on appelle ça le miracle communiste chinois !

(2) 247 voix pour, 76 contre et 19 abstentions.

(3) Gag : une dizaine d’élu.es de LREM ne veulent plus être associé.es à ce recours. La décision du recours sera rendue au plus tard le 22 mai.

Un commentaire

  1. ANTTON B
    Publié le 09/06/2021 à 00:49 | Permalien

    Au moins avec Mrs Abadie , il y a toujours la méme constance c’est a dire l’union , l’union et l’union des forces Abertzale avec les partis de gauche française . Pour moi c’est la pire des erreurs pour un homme politique . C’est au final la stratégie de l’UDB en Bretagne qui pour chaque élection s’associe avec EELV ( un parti qui n’a qu’un seul but , ramasser les voix des régionalistes pour les livrer ensuite au socialiste ) et qui au final obtient des résultats plus que pitoyable . Voir Mme Bussiére courir a droite et a gauche pour avoir un siége éligible durant les éléctions municipales de Bayonne et ceux ci aprés le vote de retrait de liste des militants de bayonne verte et solidaire était assez triste a voir . Les abertzale ont un programme indépendantiste ( bien ficelé et bientot finalisé ) pour le Pays Basque . EELV , Génération et les autres n’en ont aucun , ni pour le Pays Basque , ni pour la France .

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