Catalogne : troisième vague de referendums

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“Lancer une initiative
législative populaire pour que
le parlement de Catalogne
débatte de la convocation d’un
référendum —officiel cette
fois— sur l’indépendance du
pays. Le recueil des 250.000
signatures nécessaires a déjà
commencé.”

L’ELECTEUR catalan était invité à répondre le 25 avril dernier à la question suivante: «Etes-vous favorable à ce que la Catalogne soit un Etat souverain, social et démocratique, intégré dans l’Union européenne?
» La participation de l’ordre de 20,2% avec 265.000 votants (1), se situe à hauteur de la série précédente de référendums, le 28 février dernier (21%). A une différence de taille près.

Il s’agissait cette fois-ci de mobiliser l’électorat dans 212 municipalités et particulier dans plusieurs grandes villes ayant autour d’une centaine de milliers d’habitants; trente-trois cités, réparties dans 34 cantons, avaient plus de 10.000 habitants et l’ensemble représentait plus de 1.300.000 personnes.
Le taux de participation pourrait paraître faible, il correspond à un véritable exploit pour une consultation organisée uniquement par des bénévoles, sans relais médiatique important, loin et malgré l’opposition déclarée des institutions
espagnoles officielles.

Pour les organisateurs, le défi du 25 avril fut d’abord de mettre en marche et d’organiser plus de 34.000 bénévoles. Lors de la première vague de référendum le 13 décembre 2009, ils n’étaient «que» 15.000 volontaires et lors de la seconde le 28 février 2010, «que» 8.000. La gageure était donc tout à fait hors du commun. On cite à titre de comparaison, qu’une manifestation au retentissement mondial, telle que les JO de Barcelone, avait mobilisé 35.000
bénévoles.

Un mouvement social en marche

Dans une ville de près de 90.000 habitants comme Reus, 800 personnes ont mouillé la chemise pour le vote du 25, en lien avec la plate-forme Reus Decideix. Elles ont entrainé dans leur sillage 80 groupes ou associations
sportives, culturelles, professionnelles, etc. Au-delà de la diffusion classique de la propagande électorale par voie d’affiches ou de tracts, elles ont organisé des dizaines de manifestations publiques telles que débats, conférences, manifestations sportives, colloques, repas ou paellas populaires, jeux,
concerts, courses de vélo… Le tout pour un budget assez dérisoire de 22.500 euros. La question posée portant clairement sur l’indépendance, le fait que ce scrutin n’avait pas lieu en même temps qu’une élection d’un autre type, la nécessité de se heurter à l’opposition des deux grands partis espagnolistes,
le PP et le PSOE, enfin la nature même de ce vote non officiel et à caractère purement consultatif, permettent de mesurer l’ampleur, les difficultés, les ambitions de la démarche mise en oeuvre par les indépendantistes catalans.

Le passé et l’avenir

Quarante deux observateurs internationaux étaient présents dimanche en Catalogne. Sont venus assister de près au déroulement de ce scrutin trois dirigeants de l’ex-Batasuna et huit dirigeants d’EA. Cette consultation a eu lieu alors que le Tribunal constitutionnel espagnol n’a toujours pas rendu son verdict
sur la légalité du nouveau statut d’autonomie catalan voté il y a près de cinq ans. La haute cour est incapable de se mettre d’accord pour dire si la Catalogue est une nation aux yeux de l’Espagne ou si elle dispose de pouvoirs
judiciaires et fiscaux sérieux et reconnus. Mais pour une partie de l’opinion publique catalane, lasse de ces tergiversations et autre arguties
juridiques sur un texte voté à une écrasante majorité par le parlement catalan
puis adopté par référendum, «le Tribunal constitutionnel, c’est déjà le passé, la consultation référendaire c’est notre avenir». Le combat souverainiste catalan ne s’arrête pas là. La démarche référendaire étalée sur plusieurs mois, consiste, non seulement à organiser un vaste mouvement social, mais aussi à banaliser ce type de consultation sur une question qui a priori fait peur, l’indépendance. La capitale Barcelone qui constitue évidemment un enjeu considérable, votera dans un an, en avril 2011. Mais il faut surtout préparer la suite: lancer une initiative législative populaire pour que le parlement de Catalogne débatte de la convocation d’un référendum —officiel cette fois— sur l’indépendance du pays. Le recueil des 250.000 signatures nécessaires a déjà commencé. L’autre effet de la dynamique référendaire, assez imprévu celui-là, est le rapprochement sous la forme d’une «complicité patriotique» entre les deux grandes familles abertzale catalanes, ERC (Républicains indépendantistes)
et CiU (autonomistes). Une évolution intéressante pour les combats à venir.

(1) En cumulant les trois vagues de référendum, cela fait un total de 450.000 Catalans qui se sont prononcés en faveur de l’indépendance.