Le référendum écossais II – Positionnnement par David Lannes

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En paraphant «l’accord d’Edinburgh» le 15 octobre, le premier ministre britannique David Cameron et son homologue écossais Alex Salmond ont lancé l’Ecosse sur la voie de l’autodétermination. J’ai décrit dans ma chronique précédente la teneur de cet accord et les grandes options que les camps unioniste et indépendantiste vont proposer aux électeurs écossais, depuis le simple statu quo jusqu’à l’indépendance, en passant par la «devolution-plus» et la «devolution max». Le référendum d’autodétermination n’aura pas lieu avant 2014, mais les principaux acteurs politiques se positionnent déjà en prévision de cette consultation historique.
Une des questions qui taraudent bien des observateurs est de savoir pourquoi le premier ministre britannique a consenti si facilement à la tenue d’un référendum d’autodétermination. Peut-on imaginer le Canada se montrer si conciliant avec le mouvement indépendantiste québécois? Ou l’Espagne avec la Catalogne et le Pays Basque? La première explication que l’on peut apporter est que la partition n’est pas un épouvantail en Angleterre. Selon un sondage du Sunday Telegraph datant de janvier 2012, 40% des Ecossais soutenaient l’indépendance et 43% préféraient rester attachés au Royaume-Uni. Par contre, l’option indépendantiste était clairement majoritaire (43% contre 32%) chez… les Anglais! Ces derniers ne prendront bien sûr pas part au vote, et s’ils soutiennent l’indépendance de l’Ecosse, ce n’est pas par grandeur d’âme: 51% d’entre eux sont en effet convaincus que l’Ecosse sera dans une plus mauvaise situation en cas d’indépendance. La «formule de Barnett» qui détermine la part des dépenses de l’Union allouée à l’Ecosse (ainsi qu’à l’Irlande du Nord et au Pays de Galles) est en effet jugée trop favorable aux Ecossais par 61% des Anglais alors que 53% des Ecossais la trouvent juste.

Double bénéfice
Le mécontentement anglais que ce sondage révèle participe du malaise lié à «la question de West Lothian» formulée en 1977 par un parlementaire de la circonscription anglaise de West Lothian lorsque le gouvernement travailliste de Jim Callaghan proposa de créer une assemblée autonome en Ecosse: «pourquoi les députés écossais auraient-ils le même droit de vote à Westminster que les députés anglais alors que ces derniers ne peuvent se prononcer sur les compétences transférées au Parlement écossais?». En laissant entendre qu’en cas de victoire du «non» au référendum, le gouvernement anglais serait favorable à une pleine autonomie de l’Ecosse («devolution max»), David Cameron table sur un double bénéfice. Celui bien sûr d’apparaître comme le sauveur de l’Union en cas d’échec de l’option indépendantiste, mais aussi celui d’avoir résolu la question de West Lothian. En effet, selon les termes de la «devolution max» telle que l’entend Cameron, les députés écossais ne siègeraient plus à Westminster… Cette mesure permettra par ailleurs à Cameron de tirer du référendum écossais un troisième bénéfice qui pour être peu reluisant n’en est pas moins considérable. Ses adversaires travaillistes seraient en effet privés d’une très grosse partie de leurs troupes: sur 59 députés écossais à Westminster, un seul appartient aujourd’hui au parti conservateur de Cameron! Les Tories seraient donc quasiment assurés de rester au pouvoir lors des prochaines élections de 2015, voire au-delà…
Que ce soit pour convaincre les indécis ou parce qu’ils espèrent en tirer des bénéfices électoraux, les partisans de l’Union (Conservateurs, Travaillistes et Liberal Democrats) promettent donc une plus large autonomie aux Ecossais. La stratégie du camp indépendantiste (Scottish National Party et Verts) est presque opposée: ils entendent rassurer les électeurs en dédramatisant l’indépendance. Ils promettent donc que la Reine d’Angleterre resterait chef de l’Etat, que la livre sterling demeurerait la monnaie nationale, et que l’Ecosse resterait membre de l’UE et même de l’OTAN.

Engagements rassurants
Cela ne va pas sans créer de tensions internes. Deux dé-putés du SNP ont ainsi démissionné car ils estimaient que la revendication historique du SNP de démanteler les sites nucléaires britanniques installés en Ecosse était incompatible avec un maintien dans l’OTAN. Par ailleurs, plusieurs des engagements rassurants du SNP sont pour le moins optimistes et prêtent le flanc aux critiques. Il ne dépend en effet pas que du SNP que la livre sterling puisse continuer à être la monnaie nationale. Par ailleurs, aucun texte n’assure qu’une Ecosse indépendante serait automatiquement membre de l’UE. Ce dernier point n’a pas échappé aux adversaires de l’indépendance écossaise qui ne se trouvent pas qu’au Royaume-Uni, loin s’en faut! Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a ainsi affirmé que «l’Ecosse [devrait] candidater comme n’importe quel autre Etat»; le Président du Conseil européen, Herman van Rompuy, a fait preuve de son impartialité en déclarant que «la crise financière globale nous frappe fort. Le changement climatique menace la planète. Comment le séparatisme peut-il aider? Le mot de l’avenir est l’union». On ne s’étonnera donc pas que l’Espagne se soit fait un malin plaisir de rappeler que l’Ecosse aurait besoin d’une «approbation unanime» des membres actuels pour rejoindre l’UE.
Comme on l’a vu, Cameron se montre beaucoup plus serein que ses homologues européens. Mais qu’il se méfie! Si l’option indépendantiste est à la traîne dans toutes les enquêtes d’opinion, un sondage du Sunday Time estime que les indépendantistes devanceraient les unionistes de 12% si les électeurs étaient convaincus de la victoire des Conservateurs de Cameron aux législatives de 2015…