Les fêtes de Bayonne sans les penas ?

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Enbata: Comment as-tu découvert les fêtes de Bayonne et comment as-tu appris à faire la fête ?
Owen Lagadec-Iriarte: Comme beaucoup d’enfants d’Euskal Herria, je suis venu aux fêtes de Bayonne avec mes parents. C’était l’époque des fêtes en bleu de travail, des bombes de «neige blanche» avec lesquelles on arrosait les passants, d’une affluence moins importante.
Mes plus vieux souvenirs sont ceux en musique. J’ai toujours connu les fêtes de Bayonne à travers les groupes dans lesquels mes parents ont joué. La Baionako Tamborrada, les Malestruc, un improbable groupe de bigoudènes sonnant de la cornemuse en plein Bayonne, les chants à table, à tous les repas, autant de moments qui ont forgé ma vision et m’ont appris les codes des fêtes de Bayonne.
Et puis, aussi loin que je me souvienne, j’ai vu des dizaines d’événements organisés par les Peñas, durant lesquels régnaient cet humour «bayonnais», cette façon de détourner un événement, un symbole, avec des déguisements loufoques, des clins d’œil que tout le monde reconnaît.
Triadrôle, Tout ce qui flotte, sont autant de choses qui ont aussi construit cette vision, sans doute un peu «romantique», que j’ai des fêtes de Bayonne.

Enb.: Pourquoi cet engagement au sein du Groupement des associations bayonnaises? Quelles sont les grandes lignes de l’action du GAB ?
O.L.-I.: Je suis membre du GAB depuis sa création en 2007. Très tôt, j’ai proposé ma motivation pour le construire, notamment à travers les médias numériques (site web par exemple). J’ai vu sa reconnaisse grandir, plusieurs de ses projets s’imposer dans les fêtes, comme le verre réutilisable, porté notamment par Laurent Roux, le président du GAB de l’époque.
Et puis il y a eu l’entrée à la Commission extra-municipale des fêtes de Bayonne, dans laquelle les peñas ont trois sièges. Ceci a vraiment permis de passer un cap dans le partenariat entre la ville et les peñas. Même si beaucoup de choses restent à construire et à clarifier.
J’ai rejoint la Commission des fêtes à l’automne dernier, sur invitation de Laurent Roux, Henri Lauqué et Thomas Jaussaud notamment. Ce fut l’occasion de renforcer mon implication dans l’organisation des fêtes.
Enfin, après que Laurent Roux eut exprimé son souhait de voir un renouvellement à la tête du GAB, j’ai saisi l’opportunité d’apporter ma pierre à l’édifice, accompagné de toute une nouvelle génération d’administrateurs, très motivés pour relever les défis qui se présentent à nous.
Ainsi, le programme de la nouvelle équipe est axé autour de quatre «chantiers», quatre groupes de travail, sur les sujets clés qui concernent les peñas:
- la valorisation et le recensement des activités des peñas: qui fait quoi, combien sommes-nous, à quoi participons-nous, etc. Nous voulons à la fois mieux nous connaître mais aussi démontrer l’impact positif réel que nous avons sur l’animation de la ville toute l’année.
- le conventionnement avec la Mairie et l’Etat: depuis des années les peñas n’ont, par exemple, plus de licence II pour servir de l’alcool. C’est un risque important qui pèse sur les présidents de chaque peña, et ce statu quo doit être levé, dans la concertation. Nous avons des droits et des devoirs, et nous souhaitons travailler pour assurer une durabilité aux peñas.
- les peñas dans la ville: en tant qu’occupants de locaux, nous sommes en plein cœur de la vie des quartiers de Bayonne. Relations plus étroites avec les cafetiers, avec les riverains, médiation avec les vies de la cité, sont les enjeux portés par ce groupe de travail.
- l’animation des fêtes de Bayonne: face aux enjeux financiers, relevés avec insistance cette année, nous proposons notre savoir-faire et nos compétences, en tant qu’associations culturelles et festives, pour reprendre en charge certaines animations des fêtes de Bayonne, en partenariat avec la Commission des fêtes, pour aider à faire baisser la note et améliorer le contenu de la fête.
Enb.: Précisément, quelle est la place des peñas dans les fêtes de Bayonne?
O.L.-I.: La peña est intimement liée aux fêtes de Bayonne et à leur animation. La création même de ces fêtes émane d’associations bayonnaises.
Si l’on regarde en détail le programme des fêtes et les animations qui ont lieu un peu partout dans la ville, la très grande majorité implique les peñas. Le Roi Léon, les Géants, l’Encierro Ttiki, les bandas, les concours gastronomiques, les peñas y participent, voire les organisent. Depuis l’origine des fêtes, les plus grandes animations ont été portées par nos associations.
Nous sommes fiers de cet héritage de la fête, et la définition même d’une peña rappelle cette implication dans l’animation et l’organisation de la fête.
Les peñas sont aussi là pour porter des projets qui aident la fête à progresser: le verre réutilisable est un exemple de ces initiatives qui sont portées, entre autres, par la peña.
A l’époque, Laurent Roux a beaucoup travaillé avec Pierre Barat et d’autres pour rendre ce gobelet aujourd’hui incontournable. Et croyez-moi, ce n’était pas gagné ! Mais le résultat est là et personne n’imagine revenir en arrière, tellement l’impact sur la propreté des fêtes est indéniable. Voilà, c’est cela notre rôle.

Enb.: La peña pendant les fêtes c’est aussi un lieu festif…
O.L.-I.: En effet, nous accueillons le public, dans nos locaux, pour des moments de fêtes très conviviaux.
Beaucoup d’associations organisent des soirées thématiques, salsa, rock, etc., dans leurs locaux durant les fêtes. Cela offre une vraie variété d’ambiance et améliore la qualité des fêtes. A l’heure où les maisons de disques nous abreuvent de musiques formatées, très peu variées, les peñas tentent souvent de proposer des alternatives.
Nous sommes aussi des lieux d’accueil essentiels pour les musiques vivantes : bandas, gaiteros, chœurs de chants, groupes en tout genre, ils rentrent au cœur des associations et y créent une ambiance qu’aucun autre lieu fermé ne propose dans la ville. De ce fait, nous participons activement à la conservation des musiques traditionnelles et des chants.
Les fêtes de Bayonne sont des fêtes traditionnelles, rappelons-le, et la transmission de la culture doit faire partie de nos actions.
Ceci m’amène à parler de l’«apprentissage de la fête» et du rôle que doivent tenir les peñas en la matière.
Bayonne est souvent stigmatisée comme une beuverie, une saoûlerie, incontrôlée et incontrôlable, où seule la débauche a droit de cité.

Enb.: Cet apprentissage de la fête passe par quoi?
O.L.-I.: La fête, c’est le respect des personnes: la tenue rouge et blanche est une manière efficace de casser les codes, les classes et de mettre tout le monde au même niveau social. Respecter cela, c’est respecter tous les festayres.
Les femmes doivent être respectées sans débat possible: les violences, les viols, les insultes sexistes, les comportements offensants, c’est intolérable dans la fête.
Acteurs de la fête, nous devons tous être vigilants sur ces aspects. Nous soutenons d’ailleurs les actions de prévention initiées par la ville, sous l’influence notamment de Martine Bisauta, et incitons tous les festayres à adhérer au programme de prévention «Pour que la fête soit plus belle».
L’alcool génère forcément des excès et entraîne un risque pour la santé. Depuis longtemps maintenant, le GAB incite ses membres à porter assistance aux personnes en état d’alcoolisation avancé.
Nous souhaitons d’ailleurs, dans le cadre des travaux entrepris par le nouveau Conseil d’administration, encore progresser en la matière et proposer des formations plus pointues sur l’exploitation et la sécurité d’un débit de boisson.
La fête, c’est le respect d’un lieu: nous accueillons le public, il doit respecter là où il vient.
La fête, c’est le respect des traditions, surtout chez nous en Euskal Herria: nous sommes un peuple de chanteurs, de danseurs et de musiciens. La fête, c’est soit participer à cela, soit écouter avec respect. Nous sommes toujours prompts à diffuser notre culture, en apprenant par exemple quelques chants aux festayres d’outre-Adour. Mais si on n’aime pas, on ne vient pas, car Bayonne c’est aussi ça.
Nous devons donc à la fois être suffisamment ouverts pour transmettre ces traditions à qui veut bien les apprendre, et les protéger de la «ringardisation», notamment sous l’influence des musiques enregistrées.
Ce ne sont que quelques clés de la fête, mais sans angélisme et en toute lucidité, je crois que les peñas ont un rôle important à jouer dans cette transmission des valeurs de la fête.
Certes, cette ouverture, qui se déroule aujourd’hui dans une forme de «vide juridique», nous engage à de la responsabilité, en terme d’hygiène, de sécurité et de nuisance.
S’il est inimaginable, j’en suis en tout cas le garant aujourd’hui, que les peñas voient leur ouverture interdite, nous devons travailler à rentrer dans un cadre juridique clair et protecteur tant pour le public, que pour les membres, et notamment les présidents.
Et puis les fêtes sans peñas, ce serait un peu comme un gâteau basque sans crème, ou sans confiture: un gâteau raté.