Les interrogations d’Euskal Konfederazioa

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Malgré l’importance de la manifestation Deiadar d’octobre 2009 pour réclamer la loi linguistique promise par le gouvernement (5.000 personnes dans les rues de Bayonne), la réponse est invariable depuis l’inscription des langues «régionales» dans la Constitution: plus besoin de loi puisque les langues «régionales» sont désormais inscrites dans «la loi des lois».
Parallèlement, des députés de toutes tendances travaillent sur une proposition de loi qui devrait être présentée à l’Assemblée en octobre prochain.
Nous proposons que ces députés consultent les membres de la plateforme de défense des langues territoriales à laquelle appartient Euskal Konfederazioa (créée en 2008 et s’étant déjà entretenue plusieurs fois avec les députés en charge de la question des langues territoriales à Paris), car c’est nous, acteurs sur le terrain, qui som-mes les plus à même de définir quels sont les besoins de nos langues (basque, catalan, corse, breton, occitan, alsacien…). Nous sommes prêts à apporter notre contribution à la proposition de loi.
Euskal Konfederazioa et Kontseilua réaffirment que toute politique linguistique menant à la pleine réappropriation et au plein développement d’une langue minorisée repose entre autres sur deux piliers: un statut d’officialité de la langue et un corpus juridique adéquat. L’adoption d’une loi linguistique serait la première pierre de ce second pilier.
Voici deux faits concrets qui viennent confirmer la nécessité d’une telle loi:

Signalétique du rond-point Ametzondo
Le rond-point de Bayonne (quartier Ametzondo), à l’embranchement des deux autoroutes, à la sortie de Mousserolles, est en travaux depuis presque un an. Les panneaux de signalisation apposés à la place des anciens sont unilingues (en français) alors que les anciens panneaux étaient bilingues. Malgré nos multiples avertissements à l’OPLB, au dépar-tement et à la DDE, ceux-ci demeurent unilingues (le département avait pourtant promis que les panneaux étaient provisoires et que les panneaux définitifs bilingues seraient installés en juin 2010; nous sommes aujourd’hui le 1er juillet 2010…).

Epreuve du Brevet
Depuis 1994, les élèves qui le désirent peuvent passer les épreuves de mathématiques et d’Histoire-géographie du brevet en basque.
Cette année, le Rectorat a fait savoir que si la langue basque était utilisée, les copies ne seraient pas corrigées. Le Rectorat a finalement fait machine arrière suite à la mobilisation des acteurs du monde de l’enseignement. Le Rectorat a signifié que cette possibilité sera offerte aux élèves cette année encore. Qu’en sera-t-il l’année prochaine?
Ces deux exemples, loin d’être anecdotiques, nous montrent clairement le besoin d’une loi linguistique:
l En Iparralde, les panneaux bilingues ont commencé à fleurir sur le bord des routes en 1994, suite à un combat de longue ha-leine (5 ans) du mouvement associatif. Nous pensions que cette pratique était devenue systématique et totalement normale, que la bataille était gagnée.
l De même, pour le brevet, les élèves pouvaient passer l’examen en basque tout naturellement depuis 15 ans. Cette possibilité a failli leur être enlevée.
Ces deux faits nous montrent que tant que ces choses simples qui se font/qui peuvent se faire le plus normalement possible ne sont pas établies par écrit par loi, décret…, elles peuvent disparaître du jour au lendemain, sans que personne n’aie de compte à rendre à qui que ce soit!
Tant qu’une loi ne sera pas adoptée, nous, militant(e)s de la langue basque, devront continuellement rester vigilants, sur nos gardes pour nous assurer que ces maigres acquis sont maintenus. Jusqu’à quand?

Relations Euskalgintza/OPLB
L’OPLB est souvent cité en exemple aux six coins de l’Hexagone comme modèle de réussite dans le développement d’une politique linguistique efficace. Pourtant, beaucoup de choses totalement du ressort de l’OPLB ne fonctionnent pas. La relation mouvement associatif/OPLB par exemple. Nous ne pouvons pas jouer notre rôle de force de propositions, ou plutôt, quand nous le faisons, l’OPLB ne tient pas compte de nos remarques.
En effet, lors du Comité consultatif de l’OPLB de décembre dernier, l’OPLB nous a présenté le document précisant la feuille de route de la politique linguistique pour les années 2010-2016. Et si nous constations que certaines de nos revendications avaient été prises en compte (importance accordée à l’utilisation de la langue, système d’évaluation, objectifs chiffrés et quantifiables…) nous voyons également des carences. Nous avions alors demandé à ce qu’une phase de concertation soit mise en place, secteur par secteur, afin de pouvoir débattre et faire part de nos remarques à l’OPLB. Cette proposition de phase de concertation avait été validée le jour même et les réunions de travail devaient avoir lieu entre janvier et juin. Mais aucun groupe de travail ne s’est réuni depuis ce Comité consultatif…
La semaine dernière un courrier a été adressé aux membres du Comité consultatif: la réunion du Comité consultatif qui devait avoir lieu mi-juillet est repoussée à la rentrée prochaine. La fameuse feuille de route sera débattue à cette occasion.
A quoi sert le Comité consultatif si les avis formulés en son sein ne sont pas pris en compte? Le mouvement associatif doit-il continuer à y siéger?
Nous tenons à souligner de nouveau que la réussite d’une politique linguistique réside en partie dans un travail de collaboration entre pouvoirs publics et mouvement associatif. Pour cela, il faut établir des procédures de travail puis les respecter.