Mgr Marc Aillet, cheval de Troie de l’intégrisme

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Jean-Sébastien Mora
Jean-Sébastien Mora
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Scène d’inquisition (Peinture Francisco de Goya, 1746-1828)

Que l’on ne se trompe pas, l’évêque de Bayonne est à la marge du catholicisme, dans cette frange radicale et rétrograde, tout en étant proche des réseaux de l’extrême-droite française. « Contre tous les obscurantismes » : la manifestation du 8 mars qui a réuni 500 personnes aux abords de la cathédrale avait parfaitement choisi son slogan.

« Mgr Aillet met son épiscopat au service d’idées [...] reconnues pour leur archaïsme ; des idées qui ont déjà été condamnées car non conformes à la vérité comme à la foi et mises à l’index par l’Eglise en 1926 : celles de l’Action française, de l’idéologie maurassienne et de la droite extrême. » C’est en ces termes que Golias Hebdo, journal d’informations chrétienne décrivait déjà l’évêque de Bayonne. Une ligne rouge a été franchie le 12 janvier lorsque, dans un tweet, Mgr Aillet a cherché à faire le parallèle entre l’interruption volontaire de grossesse et les actes de DAECH. Ses déclarations ont fait réagir vivement Marisol Touraine, ministre de la santé et des droits des femmes lors de ses vœux présentés le 26 janvier. Depuis quelques jours également, Golias a lancé une pétition en ligne, appelant à la démission de l’évêque. Et ce 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes (et non journée de la femme), répondant à l’appel de collectifs féministes, 500 personnes se sont réunis aux abords de la cathédrale pour dénoncer les prises de position de Marc Aillet. Car que l’on ne se trompe pas, l’évêque de Bayonne est à la marge du catholicisme, dans cette frange radicale qui remet encore en question, 50 ans après, le concile vatican II. Déjà en août 2014, la revue Golias avait consacré son numéro 157 à ce « cheval de Troie de l’intégrisme  ». Le dossier dense de 30 pages, parfois difficiles pour les novices en théologie, offre un décodage des propos et des représentations « quasi-fondamentalistes, d’un piétisme désuet et même arriéré » promus par l’évêque Mgr Marc Aillet, mais aussi les liens évidents de son entourage avec l’extrême droite.

Les frontistes de la chrétienté

Né en 1957 au Bénin, d’un père officier dans l’armée, en 1982 Mgr Aillet est ordonné prêtre de la communauté Saint-Martin, cette communauté archi-traditionnelle, accusée de sectarisme, reconnue seulement depuis 1979 comme « Pieuse Union » par l’intransigeant cardinal-archevêque de Gênes, Mgr Siri, puis par Rome en 2000. (Signes distinctifs : ils portent la soutane, affectionnent la liturgie grégorienne en latin et se nomment entre eux  »Don », au lieu de  »Père »). Après avoir passé plusieurs années dans le diocèse de Fréjus-Toulon, don…Marc Aillet est nommé évêque de Bayonne en 2008. En 2014, il consacre son diocèse aux deux « Saints-Cœurs unis de Jésus et Marie » en utilisant des « iconographies et une phraséologie chères à l’extrême-droite politique et catholique » analyse Gino Hoel, journaliste à Golias Hebdo. En effet, ces deux cœurs entrelacés étaient brandies jadis par les vendéens pour combattre la République. Aujourd’hui les « Saints-Cœurs Unis de Jésus et Marie » constituent une dévotion encore très en vogue dans les milieux ultra-traditionalistes comme celle la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, mouvement aux liens notoires avec l’extrême-droite et qualifié d’intégriste par Émile Poulat, sociologue des religions de référence 1. Ce n’est donc pas un hasard si, ce 8 mars, l’Évêque a reçu le soutien du Front national, notamment celui de Jean Michel Iratchet, conseiller régional et responsable départemental frontiste : « J’appelle tous les patriotes à être présents à Bayonne [...] à la manif de soutien à Mgr Aillet sur le parvis de la cathédrale » pouvait-on lire. Pas un hasard non plus si, protégés par les cordons de CRS, les quelques pro-Aillet comptaient dans leurs rangs des membres de l’Action française, mouvement politique royaliste et nationaliste héritier des idées de Charles Maurras. A l’évidence, la vision obscurantiste et peu ouverte de l’évêque de Bayonne révèle un projet politique extrémiste, royaliste, antisémite plus ou moins ouvertement, xénophobe et islamophobe assurément. Michel Oronos, curé à la retraite du diocèse de Bayonne situe d’ailleurs Marc Aillet dans la « sphère de l’extrême de droite » dans un ouvrage intitulé Enfin don Aillet vint ! (2013. Ed Zortziko). Bien sûr, comme Marine Le Pen, le discours de Mgr Aillet est subtile, insidieux et tente de se normaliser. Plus question de tenir des propos inquisiteurs, islamophobes ou antisémites : on préfère les logiques victimaires et le terme de Christianophobie. Don Aillet sait aussi très bien communiquer sur ses déplacements, comme sa rencontre récente avec le pape François (pour laquelle on peut douter sérieusement quant à la véracité des échanges rapportés). Cependant, comme Jean Marie Le Pen, don Marc Aillet choisi minutieusement ses sorties, pour faire parler de lui bien sûr, mais aussi, pour fédérer son camp.

L’encombrant héritage du fascisme

L’obsession de l’IVG pour les traditionalistes chrétiens, mais aussi pour le Front national, n’est pas non plus hasardeuse, mais traduit une partie essentielle de la culture historique du fascisme, celle de la place subalterne des femmes dans la société, du contrôle de la sphère privée et des corps… Le Front national est en effet le seul parti politique qui promet le déremboursement des IVG, alors que sa présidente n’hésite pas à parler d’ »avortements de confort«  pour qualifier la majorité des IVG en France. Plus récemment, sa nièce Mario Maréchal-Le Pen avait affirmé qu’elle supprimerait les subventions au Planning familial en région Paca si elle était élue. Ce n’est donc pas un hasard si Mgr Aillet a fait du planning familial de Bayonne une des cibles. Comme pour le Front national et ses financements russes, la transparence dans les projets de Mgr Aillet est souvent absente. Exemple : lors de l’organisation du «colloque international pour la vie » en 2012, rassemblant des personnalités et activistes «pro-vie» de divers pays, mais dont la nature des fonds privés est restée anonyme. Le journaliste Gino Hoel rappelle également que le discours politique d’Aillet « ne mise pas sur l’intelligence des fidèles mais au contraire sur des idées de peur. Un plan politique qui flirte avec la superstition et le surnaturel et même le magique, qui flatte d’une certaine manière les esprits pieusards et cléricaux ». Il y a bien sûr cette messe chaque premier lundi du mois à midi en la cathédrale de Bayonne célébrée pour « les enfants non-nés ». C’est aussi dans cette logique qu’il faut comprendre, tout récemment, l’usage obscène de cette vidéo mettant en scène des éléments de fœtus et diffusée en boucle dans la cathédrale de Bayonne.

Le croisade débute à Bayonne

« Cette nouvelle situation exige des catholiques une nouvelle conscience missionnaire au risque de renier le mandat missionnaire du Christ », explique sans retenu Mgr Aillet2. Pour cela, depuis 2008, le croisé Marc Aillet a su s’entourer de dignes représentants de l’extrême droite catholique, venue pour la plupart d’autres diocèses, et même s’ils sont souvent critiqués par les fidèles pour leur méconnaissance du terrain et de l’histoire diocésaine.

A Pau, on retrouve l’abbé Alexis Garnier, de la fraternité Saint-Pierre qui célèbre désormais la « messe de toujours », à savoir en latin selon les anciens livres. On croise aussi à Bayonne l’abbé René-Sébastien Fournié, dit « RS », autoproclamé l’ « abbé surfeur » qui vante sans se cacher la mention « Cœur sacré de Jésus, espoir et salut de la France ». Décrit comme un « électron libre de la tradition » par Golias Hebdo, RS a rencontré don Aillet, quand celui-ci était encore vicaire général de Mgr Rey, évêque du Var.

Il faut aussi citer parmi l’indispensable Guillaume d’Alançon, responsable diocésain de la pastorale familiale. Jeune homme avenant et discret, d’Alançon a écrit plusieurs ouvrages philosophiques, historiques et religieux bien conservateurs et voue une grande admiration pour Jean Ousset, fondateur de la Cité catholique, maurrassien, soutien de l’Action française et figure du catholicisme contre-révolutionnaire. (Voir le bulletin épiscopal de Bayonne, mars 2012)

Don Aillet lâché par la Conférence épiscopale

C’est aussi Guillaume d’Alançon qui a l’initiative de la polémique escapade russe de Mgr Aillet printemps 2014, estimant que « la Russie est aujourd’hui l’un des rares pays du monde chrétien qui, au niveau de l’État et des collectivités, s’est engagé sur la protection des lois naturelles du développement de la personne humaine » (Propos rapportés par l’higoumène Philippe Ryabykh). Dénoncé par le quotidien catholique La Croix, ce voyage a aussi sévèrement été critiqué par les instances de la Conférence épiscopale, à savoir l’ensemble des cardinaux et évêques en activité. Un épisode qui rappelle que Mgr Aillet dérange l’Église.

Enfin, il y a l’installation à Bayonne de la Fraternité Saint-Thomas Becket (FSTB), une communauté très traditionnelle, dont l’intervention dans les aumôneries des collèges et des lycées catholiques locaux ne cesse de faire polémique. En septembre 2010, dans le quartier des Arènes Don Aillet a ouvert un premier cycle de séminaire. Les intentions sont claires : à terme, il souhaite que les prêtes ultra-conservateurs soient majoritaires dans le conseil des prêtes dans le diocèse. Après avoir rendu hommage en juin 2010 à la mémoire du saint directeur spirituel de Franco, José Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, au sud des Pyrénées, Mgr Aillet s’est rapproché des prêtres archi-conservateurs ibériques comme Mgr Mario Iceta Gavicagogeascoa, un évêque dont la nomination comme auxiliaire en 2008 puis comme titulaire en 2010 de ce diocèse, déclencha une vague de désapprobation. Enfin, Mgr Aillet a pour projet de multiplier les écoles catholiques hors contrat, indépendantes de l’État et de l’Enseignement catholique, à l’instar de la Chanterie Saint-Joseph, « nouvelle école indépendante » qui a été créée en septembre 2014 à Lescar près de Pau. On le voit bien, la liste est longue et les menaces considérables. Le phénomène Aillet est à prendre tout aussi au sérieux que les bons résultats récents du Front national au Pays Basque.

1Cofondateur du premier groupe de sociologie des religions au Centre national de la recherche scientifique

2 La charité du Christ. Ed Artège

 

3 Commentaires

  1. Mizto
    Publié le 10/03/2016 à 12:05 | Permalien

    Egun on
    Artikulua ez da facebooken banatzen ahal, arazo tekniko bat beharba?

    • Enbata
      Publié le 10/03/2016 à 12:17 | Permalien

      Itxuraz, ez. Badirudi FB-ren bidez usaiako ohar eta banatzeak egiten ahal direla normalki.

  2. Duvert Michel
    Publié le 14/03/2016 à 16:36 | Permalien

    Pour un chrétien, l’évangile vécu fraternellement est bien plus important que les aventures de machin ou de machine. Ceci dit, je suis convaincu qu’il faut dénoncer ces nouveaux pharisiens, leur grand prêtre comme les autres..