Nouveau mouvement des jeunes abertzale de gauche

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Xabi Larralde
Xabi Larralde
Enseignant en économie, porte parole de Sortu.
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AitzinaPari réussi pour le lancement du nouveau mouvement de jeunes Aitzina, qui a rassemblé le 2 novembre dernier plus d’un millier de jeunes au cours d’une journée où ce sont succédés débats, meeting et concerts. Pour Xabi Larralde, porte-parole de Sortu, ce mouvement marquera l’évolution de l’abertzalisme de gauche en Iparralde.

Tous les 10-15 ans, une nouvelle génération de jeunes laisse son empreinte : Enbata est né début des années 60, puis est venue la génération d’Iparretarrak et d’Herri Talde courant des années 70, après, courant des années 80, a émergé la génération Patxa, puis durant la décennie 90, s’est constitué Gazteriak, enfin, début 2000, Haika-Segi, et aujourd’hui donc Aitzina. Au niveau de son positionnement Aitzina a affirmé d’abord sa volonté d’entériner la fin des divisions qui ont jalonné la trajectoire de l’abertzalisme de gauche en Iparralde. Les jeunes d’Aitzina ont aussi fait le choix de se créer en Iparralde alors qu’en Hegoalde s’est constitué Ernai. Même si je suis plutôt un adepte des structures nationales, je peux comprendre ce choix. Et, me semble-t-il, le débat doit se situer au niveau du schéma de travail ou des dynamiques politiques à mettre en œuvre, plutôt que sur la question des modèles d’organisation.

Créer nous-mêmes les outils
Aitzina revendique une vision qui prend en compte l’ensemble d’Euskal Herria. Elle est selon moi nécessaire, car le principal rapport de force que détient Iparralde face à la négation totale que nous impose Paris est fondamentalement celui de la construction nationale; il tient à notre capacité à créer nous-mêmes les outils que Paris nous refuse, en nous basant sur le potentiel de l’activation des forces de l’ensemble d’Euskal Herria. Pour autant, la clé de la phase politique actuelle réside dans l’accumulation des forces et la mobilisation de la société civile. Cette mobilisation implique nécessairement des méthodes participatives et des modes de fonctionnement qui aillent du bas vers le haut. Ainsi, la stratégie véritablement nationale qui permettra la mobilisation effective de la population sur l’ensemble d’Euskal Herria doit se construire en partant des réalités de chacun des territoires pour converger vers une cohérence globale à l’échelle du Zazpiak bat.
Aitzina se crée dans un contexte particulier caractérisé au niveau global par une grave crise économique et sociale, et au niveau local en Euskal Herria, par le processus actuel de résolution du conflit. Je ne sais pas si je dois envier ou plaindre ces jeunes. Car nous vivons une séquence historique passionnante, mais aussi assez critique, et qui sera sûrement très dure. Au niveau du projet politique et social d’abord, les voies d’alternatives concrètes au système capitaliste actuel convergent aujourd’hui vers la volonté de répondre à la globalisation par la création de pratiques différentes à l’échelle locale, par la reprise en main par les citoyen-ne-s d’un maximum de domaines comme celui de la production énergétique etc. Nous sommes donc confrontés à une tâche colossale, qui est celle de la nécessaire rénovation du projet social et économique des abertzale, mais qui est en même temps enthousiasmante, car, précisément, les voies de dépassement du système actuel mettent en avant des principes qui sont ceux totalement cohérents à ceux promus par l’abertzalisme : solutions locales, concept d’autonomie énergétique, de souveraineté alimentaire etc.

Faire déboucher nos revendications
Au niveau du schéma de lutte ensuite, le pari de la phase actuelle est de réussir à faire déboucher nos revendications par des voies strictement politiques et démocratiques. J’essaie de me mettre dans la peau d’un jeune de 20 ans et je me dis honnêtement que ce pari ne doit pas être aussi évident que ça pour lui. Car en vivant au jour le jour un contexte où, d’une part, l’existence d’Euskal Herria est niée au quotidien par l’Etat français, où également, notre volonté de dépasser le conflit est traitée avec un cynisme total par Paris et Madrid et où, enfin, la crise économique actuelle multiplie les formes d’injustices sociales, je suppose que pour un jeune de 20 ans, les raisons de vouloir exprimer sa colère, de se révolter, voire de penser à recourir à des actions violentes pour se faire entendre ne manquent pas.
Pour autant, je ne doute pas que le nouveau mouvement Aitzina va s’inscrire pleinement et de façon constructive dans la logique d’une lutte menée par des moyens politiques et démocratiques. Les luttes armées d’ETA et d’IK sont closes définitivement. Mais, convaincus eux-mêmes de ce fait, les Etats français et espagnol jouent aujourd’hui avec le feu par rapport aux futures générations de jeunes en Pays Basque ; et si les choses en restaient à ce qu’elles sont maintenant, je crois qu’il sera difficile de présager des choix d’actions politiques de la génération qui suivra Aitzina (d’ici 10-15 ans, si le cycle des mouvements de jeune se perpétue)… Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’espérer que la génération d’Aitzina soit la dernière à vivre une situation de conflit en Euskal Herria.
Dena den, biba zuek gazteak ! Bide eta borroka on !