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Maryse Cachenaut
Maryse Cachenaut
Paysanne à Itxassou, Présidente de Xapata (producteurs de cerises d'Itxassou), Présidente de Lurrama, Membre de Euskal Herriko Laborantza Ganbara et du syndicat Euskal Herriko Laborarien Batsasuna.
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IdokiSi les initiatives pour produire bon et local, et développer les circuits se multiplient au Pays Basque et en France, il est intéressant de remarquer que du côté des USA, pays de tous les paradoxes, le phénomène prend de l’ampleur aujourd’hui de façon très significative.  On peut évoquer ici et là des clignotants positifs, dans le sens de nos valeurs.

Dans le monde agricole on a l’habitude de faire endosser “nos malheurs” à l’Europe, comme si elle n’était qu’une instance lointaine, totalement indépendante qui décide de tout.

Certes, les aides à l’agriculture dépendent largement de la PAC (Politique agricole européenne), et nos mouvements (ELB-Confédération Paysanne) sont très critiques quant à l’inégale répartition de ces aides. Les choses sont pourtant bien plus complexes et nos syndicats agricoles, nos dirigeants français ont leur part de responsabilité…. La PAC a permis avec sa mise en place dans les années 60 de donner accès aux consommateurs européens à de la nourriture en quantité suffisante, et à des prix raisonnables. Mais n’oublions pas que nous ne payons pas le vrai prix de ce que nous mangeons, c’est à dire un prix juste qui permettrait de faire face aux coûts de production et de faire vivre le travailleur paysan. C’est la PAC qui par ses mécanismes d’aides compense auprès des agriculteurs ce “trop bas prix”. Malheureusement, c’est l’agriculture industrielle que la PAC a davantage encouragée à se développer ces 50 dernières années.

Enjeu alimentaire, enjeu de société

Cependant, depuis quelques années déjà, des médias, chercheurs, paysans sont persuadés et expliquent à leurs concitoyens à quel point notre façon de manger et d’acheter peut, par ricochet et par effet de masse, influer sur la façon de produire des paysans, la façon de décider une politique agricole et donc alimentaire.

Si les initiatives pour produire bon et local, et développer les circuits se multiplient au Pays Basque et en France, il est intéressant de remarquer que du côté des USA, pays de tous les paradoxes, le phénomène prend de l’ampleur aujourd’hui de façon très significative. Avec l’explosion de l’obésité, l’enjeu alimentaire devient un enjeu de société nous dit-on —Michèle Obama a beaucoup communiqué en ce sens— et les agriculteurs engagés en circuits courts augmentent de façon significative (8% des exploitations totales).

Les initiatives se multiplient : certaines existent déjà en France, telles que les marchés de producteurs, jardins partagés. D’autres pourraient être source d’inspiration : réseau de chefs cuisiniers qui localisent leurs producteurs et communiquent ensemble, ou encore financement par l’État d’une carte géographique interactive pour localiser les producteurs dans tout le pays, ou encore financement par l’Etat de bons alimentaires —genre de cartes de crédit qui permettent aux consommateurs les plus démunis d’acheter des produits frais dans les marchés  de producteurs— création de marchés uniquement réservés aux agriculteurs… Pas mal non ? Une goutte d’eau, mais quand même.

Faire connaître les initiatives

Toujours est-il que l’on peut évoquer ici et là des clignotants positifs, dans le sens de nos valeurs. J’apprenais par exemple récemment qu’une grande entreprise Orona (coopérative du Groupe Mondragon) vient d’inaugurer son siège à Hernani avec un self service pour ses salariés proposant 80% de produits locaux, dont beaucoup en bio. L’association Lur Lan, qui regroupe des producteurs d’Hegoalde et tient chaque année un stand à Lurrama, a été retenue en association avec un chef cuisinier pour fournir ce self. L’entreprise, en bonne santé, participe aussi financièrement au prix du repas. Certes, nous savons que ces initiatives ne se développent pas aussi vite et aussi fort qu’on le souhaiterait, mais il est important de les
faire connaître. Enfin, on peut noter qu’en matière de santé animale la commission Européenne a proposé le 10 septembre dernier une restriction de l’usage des aliments médicamenteux, l’objectif étant de lutter contre la résistance aux antibiotiques. Toujours dans ce but, les Etats membres pourront restreindre l’utilisation chez les animaux de certaines substances antibiotiques qui sont réservées au traitement d’affections humaines. Avec l’arrivée de l’été en septembre, les paysans ont réussi à faucher quelques regains supplémentaires et à retrouver le sourire et l’énergie. Je voulais moi aussi relayer et semer quelques notes ensoleillées et porteuses d’espoir.