Assemblée générale d’Abertzaleen Batasuna

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AB sur le chemin de la recomposition

Comme toute assemblée générale, celle d’Abertzaleen Batasuna a commencé par les votes des bilans moral et financier de l’année passée, pour ensuite procéder au débat sur les deux textes présentés à l’ordre du jour de samedi dernier. Enfin, le dernier vote consistait à renouveler le secrétariat pour l’année à venir.
En premier lieu, le texte émanant du travail réalisé tout au long de l’année par les cinq partis, AB, Batasuna, EA, Aralar et Alternatiba a été débattu. Le document décline cette coopération au niveau d’Iparralde. Tenant compte de la nouvelle situation politique, il convient à présent de favoriser le travail en commun. Le texte et la motion présentée sont complémentaires, ils posent les grands principes de la coopération entre forces abertzale de gauche tant au plan national qu’au niveau d’Iparralde. Ce même texte a également été proposé au débat aux as-semblées générales de Batasuna et d’Eusko Alkartasuna.
La motion présentée par le secrétariat sortant définit la feuille de route de l’année à venir. Son axe majoritaire est le renforcement d’Euskal Herria Bai au-delà de la seule coalition électorale qu’elle a été jusque-là, pour en faire un espace politique commun. Ainsi, le capital engrangé aux élections se verra enrichi par les différentes interventions et le travail réalisé en dehors des campagnes électorales. Lors des derniers mois et dernières années, le travail commun entre abertzale de gauche s’est déjà organisé, notamment par le biais de la commission Institution. Aujourd’hui AB marque clairement sa volonté de structurer EH Bai entre les trois partis abertzale de gauche présents en Iparralde (AB, Batasuna et EA) en y laissant une place aux militant(e)s non encarté(e)s mais se retrouvant dans la philosophie d’Euskal Herria Bai.
Les missions pour les 12 mois à venir seront claires. Le secrétariat devra concrétiser les principes posés dans la motion votée à une très large majorité. Des propositions concrètes se-ront formulées aux partenaires d’Euskal Herria Bai comme par exemple l’organisation d’une université d’été d’EH Bai en lieu et place de celle d’AB pour l’année 2013. Une assemblée générale extraordinaire au printemps prochain constituera un point d’étape et sera l’occasion de revoir les statuts et règlement intérieur afin de doter AB d’organes de décisions repensés et plus efficaces pour avancer dans ce nouveau contexte.

Une AG de transition

Peu d’enjeu lors de cette AG d’AB, car pas d’élection à venir. Entre le début (bilans moral et financier de l’année écoulée rapidement expédiés) et la fin (renouvellement des membres du secrétariat et des porte-paroles), un petit plat de résistance au travers de deux textes émanant de l’accord des cinq partis abertzale de gauche d’Euskal Herria avec sa déclinaison au Nord. Il s’agissait de voir comment en Iparralde trois de ces partis (EA, Batasuna et AB) pouvaient franchir un pas supplémentaire dans leur collaboration. Des textes plutôt abscons, même pour des militants habitués aux contorsions lexicales. Une majorité a sans nul doute, in fine, compris qu’il fallait aller au-delà de la coalition EH Bai sans pour autant, à l’instar d’AB dans les années 90, poser les bases d’un futur mouvement abertzale de gauche. Ce pas étant appelé «Espace politique commun». L’arrêt d’ETA n’aurait pas, notamment pour les leaders du mouvement, tout aplani. Il reste encore des cultures politiques sensiblement différentes. Cette fameuse «recomposition du mouvement abertzale» ne serait pas finalement une fin en soi. Juste un moyen parmi d’autres pour s’approcher d’objectifs qui sont sûrement communs, on l’espère, à tout militant: en priorité convaincre encore et toujours au-delà de notre base militante. Et il reste fort à faire avec une stagnation des scores d’AB et Batasuna aux cantonales de 2011 (10 %) et aux législatives de 2012 (près de 9 %).
Alors, des amendements ont bien été posés sans grande conviction par celles et ceux qui craignent de voir disparaître, sans débats pou-ssés, les spécificités d’AB: un mouvement autonome au Nord et non une filiale du Sud, une organisation démocratique et un financement transparent, des assemblées générales souveraines, des permanents qui ne sont pas les cadres politiques, lesquels remettent régulièrement en jeu leurs mandats, un attachement à l’ouverture aux autres notamment à travers RPS (Régions et Peuples Solidaires), des prises de décisions non inscrites dans le marbre concernant les modalités d’engagement aux élections en considérant chacune d’entre elles de manière spécifique, avec des scrutins et des situations locales propres.
Cette philosophie politique que d’aucun taxeront «d’iparraldéiste» a vocation à exister et à se structurer au sein comme au-delà d’AB. Le débat récurrent reste d’actualité à la veille des municipales: comment lever les freins de la non adhésion d’une large majorité de la population à nos thèses? A cette AG une tendance aurait pris le pas sur l’autre. Mais ici non plus pas de débat manichéen. Il n’y a pas d’un côté ceux qui sont pour l’ouverture vers des alliances à des non abertzale et d’autres repliés sur eux-mêmes. Il n’y a pas eu non plus confrontation entre ceux qui seraient pour un EH Bai limité aux abertzale et ceux qui seraient opposés à travailler avec Batasuna. Certains considérent que, ces mois derniers, les anciens défenseurs d’une stratégie politico militaire ont beaucoup évolué en venant petit à petit à nos thèses, qu’il y a encore une progression à attendre et qu’il ne faut pas les braquer. Quitte à stagner aux élections et à ne pas récolter les fruits d’une maturation de la population à nos idées que l’on perçoit malgré tout. Il faudra donc des gestes forts. Et la seule fusion de ces trois mouvements n’y suffira pas. Car, ce nouveau concept («Espace politique commun»), tel que voté, ressemble aujourd’hui plus à une usine à gaz qu’à une démarche claire et opérationnelle. Il restera à préciser très vite le contenu organisationnel au sein d’EH Bai: quelle place pour les inorganisés et pour les adhérents des trois partis, comment on y adhère, comment se font les prises de décisions… Tout reste à faire. Les rendez-vous des européennes de 2014 et celui des régionales en 2015 seront un bon test.

Nouveau secretariat

David Aire, Michaël Alcibar, Filipe Bidart, Nikolas Blain, Jakes Bortayrou, Mertxe Colina, Panpi Dirassar, Beñat Elizondo, Pierre Espilondo, Peio Etcheverry-Ainchart, Ttotte Etxebeste, Béatrice Peyrucq.

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