Pour une Europe des peuples à construire

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SauveurBACHOMaire d’Arberats, syndicaliste, militant de Batera, Sauveur Bacho portera, en cinquième position sur la liste EELV de José Bové, nos revendications dans le scrutin européen. Il répond aux questions d’Enbata.

Vous êtes candidat à l’élection européenne du 25 mai, dans la circonscription du grand Sud-Ouest, sur la liste conduite par José Bové. Qu’est ce qui vous a décidé à un tel engagement ?
Lorsque José Bové m’a appelé pour me proposer d’être candidat d’ouverture sur sa liste, j’ai été plus que surpris dans la mesure où je ne m’étais jamais posé cette question de pouvoir figurer sur une liste aux européennes.
Lorsque j’ai fait part de mes interrogations à José Bové, il m’a répondu que c’étaient, à la fois, mes engagements dans le domaine social et en tant qu’élu militant pour la langue, la culture basque et pour une reconnaissance institutionnelle du Pays Basque qui l’avaient emmené à ce choix.
Après avoir réfléchi pendant quelques jours et pris quelques avis, j’ai décidé de répondre positivement.
Comme beaucoup d’autres militants du Pays Basque de notre génération, mon engagement dans les mouvements d’action catholique : MRJC, Euskaldun Gazteria, m’a emmené vers le syndicalisme ouvrier et la CFDT où j’ai milité toute ma vie.
Au-delà de l’entreprise, j’ai toujours considéré essentiel l’engagement dans l’interprofessionnel et le milieu associatif.
Chacun, ici, en Amikuze, a en mémoire l’action d’Avenir du canton pour le maintien et le développement des services publics, la création d’emplois, un développement durable et équilibré.
Le monde rural, dans lequel nous vivons, s’il veut être écouté et entendu par le reste de la société, a besoin de dialogue, d’ouverture et de solidarité et non de crispation et de repli sur soi.
C’est le sens que je donne à mon engagement pour les élections européennes, en donnant une suite favorable à la sollicitation de José Bové.

Maire d’une commune rurale, militant syndical CFDT, président de l’association des élus pour un département Pays Basque, candidat aux dernières sénatoriales dans le cadre d’un accord Régions et Peuples Solidaires (RPS) soutenu par les abertzale, situez-vous cette candidature européenne dans une même filiation ?
Tout à fait. J’ai évoqué précédemment mes engagements dans le domaine social qui se sont prolongés dans le domaine politique. Je suis maire de la commune d’Arberats-Sillegue, depuis 2001, avec une équipe composée d’élus de sensibilités diverses, réunie par la volonté du vivre ensemble. L’une de nos réalisations marquantes aura été, en 2012, la construction, par l’Office 64, de dix logements sociaux locatifs, en partenariat avec notre commune de 300 habitants et la mise en place d’un lotissement communal pour les primo-accédants. J’ai été depuis toujours convaincu de la nécessité de défendre et développer la langue et la culture basque, de donner une reconnaissance institutionnelle au Pays Basque. C’est le sens de mon engagement dans l’équipe fondatrice de Batera, de Président de l’association des élus pour un département Pays Basque, puis de vice-président du Biltzar des communes aux côtés d’Andde Darraidou et Christine Bessonart.
Comme vous le rappelez, j’ai eu effectivement le plaisir de conduire, dans le cadre d’un accord EELV- RPS soutenu par les abertzale, une liste plurielle lors des dernières élections sénatoriales. C’est bien dans le même esprit que je place ma candidature pour ces élections européennes, pour cette Europe des peuples qu’il nous faut continuer à construire.
Cette Europe, qui malgré toutes ses imperfections, a pris des décisions courageuses en mettant fin à la doctrine Parot permettant ainsi la libération de dizaines de prisonniers basques. Cette Europe, dont un certain nombre de parlementaires, tels que François Alfonsi, Catherine Greze, José Bové et beaucoup d’autres qui sont intervenus en faveur d’Aurore Martin, travaillent activement pour la reconnaissance et le droit des peuples et tout particulièrement en faveur du processus de paix au Pays Basque. C’est à la construction de cette Europe que je veux apporter ma pierre en m’engageant aux côtés de José Bové et Catherine Grèze.

En application du Traité de Lisbonne, chaque courant de pensée en Europe concourra, pour la première fois, à la désignation du président de la Commission européenne en remplacement de Manuel Barroso. José Bové sera le candidat de tous les écologistes d’Europe. Est-ce un atout?
Cette désignation du président de la Commission européenne représente un renforcement véritable du fonctionnement démocratique de l’Europe.
Chaque grand parti européen : sociaux démocrates, PPE (droite), libéraux, ont tous désigné leur candidat. Les écologistes européens, par un vote en ligne à l’échelle européenne, ont été les premiers à élire, en interne et au niveau européen, un binôme paritaire composé de José Bové et d’une jeune députée allemande, Ska Keller, pour postuler à ce poste. Il s’agit pour eux de porter les convictions et les valeurs d’Europe Ecologie pour une Europe fédérale, pour donner vie à une Europe sociale qui protège notamment par l’instauration d’un salaire minimum européen, un fonds d’indemnisation du chômage, un dispositif universel d’accès aux soins ; une Europe qui préserve une alimentation saine, la santé et l’environnement, une Europe qui se bat contre le changement climatique, une Europe qui promeut nos libertés et ceux des peuples européens. Par rapport à ces enjeux, il est très important que le groupe écologiste compte suffisamment d’élus pour pouvoir peser sur les négociations qui s’engageront au lendemain des élections européennes en vue d’un changement profond de politique.

Pensez-vous que notre société gagnera à plus d’Europe intégrée, au-delà de celle actuelle des Etats-nations ? Peut-il y avoir, conséquence de ces élections, une autre politique européenne?
EELV-Europe Ecologie les Verts a toujours été favorable à une Europe fédérale, à une Europe des peuples et des régions, y compris pour des régions transfrontalières. Le renforcement de l’Europe doit passer par l’affaiblissement des égoïsmes nationaux et la recherche d’un intérêt général européen. Daniel Cohn-Bendit, dans son dernier discours au parlement européen, a prédit qu’aucun pays européen pris isolément ne serait membre du G8 dans 20 ans. Une Europe fédérale forte et fière de son identité dans le concert des nations, tel est l’enjeu du prochain scrutin européen du 25 mai.