Quand Henri Etcheto dérape

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Txetx Etcheverry
Txetx Etcheverry
Animateur de la Fondation Manu Robles-Arangiz en Pays Basque nord, impliqué dans différentes alternatives sociales et écologiques locales et dynamiques de construction nationale basque.
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Depuis bientôt 15 ans, je n’interviens jamais dans les campagnes électorales pour respecter l’indépendance politique des structures dans lesquelles je travaille (en l’occurrence un syndicat ouvrier) ou dans lesquelles je milite bénévolement (notamment en faveur du climat et de l’écologie). Malgré de nombreuses et régulières demandes, je n’ai donc jamais exprimé publiquement mon soutien à telle ou telle liste, ni d’ailleurs mon opposition à tel ou tel candidat.e.
L’article de « Bayonne ville ouverte », liste menée par Henri Etcheto, dans le magazine municipal de Bayonne m’oblige aujourd’hui à sortir de cette réserve. Ce texte diffamatoire me vise en effet personnellement, sans toutefois avoir le courage de me citer. J’y réponds ici longuement pour être le plus précis et le plus complet possible.

Attaque en règle

J’imagine qu’Henri Etcheto est l’auteur de cette attaque. C’est en tout cas lui qui l’a validée et publiée sous le label Bayonne Ville Ouverte. Il y affirme que le maire de Bayonne a l’intention unilatérale de confier le site historique de l’ancien Atalante à « un conglomérat monté à la hâte pour l’occasion sous la houlette d’une personnalité locale connue de longue date pour sa grande proximité avec J.R. Etchegaray ». Il rajoute que « l’affaire qui transpire le fait du Prince et l’intention de s’attacher une clientèle électorale vient illustrer au grand jour une connivence politique souterraine. Elle fleure aussi la spoliation intellectuelle et morale lorsque l’on sait qu’un premier projet de « tiers-lieu » plus abouti avait été déposé par une autre structure associative, mais dont le contenu semble avoir été largement récupéré et recyclé par le « chou-chou » du maire. Un comble tout de même pour l’animateur d’une association qui se veut indépendante et exemplaire en terme de transparence et de pratique démocratique ! (…)« .

Quelques précisions sur les faits :

Avant de dire ici ce que je pense de cette charge venimeuse d’Henri Etcheto à mon encontre, je tiens à apporter quelques précisions sur les faits eux-mêmes :

1) Si je fais effectivement partie du Conseil d’administration de l’association « Etxea-La Maison » qui a déposé un projet culturel concernant le site historique de l’ancien Atalante, je n’ai aucun intérêt personnel là-dedans. Il s’agit d’une dynamique bénévole. Je ne compte absolument pas en tirer de revenus ou d’avantages quelconques, ni en faire mon emploi contrairement aux personnes animant l’association Catach, qui avaient déposé un autre projet pour ce même lieu. Ces personnes ont mal vécu que la mairie ne retienne pas leur projet et colportent depuis, auprès de très nombreuses personnes, diverses rumeurs plus fausses les unes que les autres, qu’Henri Etcheto reprend aujourd’hui à son compte dans le magazine municipal sans même avoir pris la peine de vérifier ces informations.

2) Ces personnes ont procédé de la même manière que l’association Etxea-La Maison en soumettant un dossier à la mairie. Elles ont, comme nous, été entendues par une commission composée de plusieurs élus et techniciens de Bayonne. De notre côté, trois membres du conseil d’administration (dont le président et la trésorière) ont représenté notre association et notre projet lors de cette audition. Je n’en faisais pas partie. Nous n’avons pas reçu d’accord formel de la mairie mais une lettre du maire adressée à notre président, faisant suite à cette audition que nous avons eue en juillet dernier, à la même période que l’association Catach. Cette lettre exprime un certain intérêt pour notre projet après notre audition et souhaite simplement « que nous puissions poursuivre le travail engagé à ce jour, en lien avec les services concernés de la Ville. »

3) Les deux principaux porteurs du projet de l’association Catach, un couple bayonnais, m’avaient proposé de le rejoindre après avoir appris que je faisais partie d’un collectif qui comptait également candidater à la reprise de l’ex-Atalante. J’avais transmis leur proposition à ce collectif. Mais nous l’avons déclinée justement parce que nous pensions qu’un certain nombre de différences importantes caractérisant le fond et la forme des deux projets respectifs justifiait amplement le maintien de chacun d’entre eux. Que les dirigeant.e.s de Catach, qui avaient énormément misé sur leur projet, y compris sur le plan personnel et professionnel, soient déçus de ne pas être pas retenus, je le comprends bien volontiers. Que cette déception les amène à médire et dénigrer un autre projet associatif qui a suivi exactement les mêmes canaux et procédures qu’eux me laissent plus perplexe quant à leur bonne foi.

Les deux projets sont différents sur bien des points, notamment dans la vision que nous avons de la gestion et la programmation de la salle de spectacle, des activités globalement proposées dans la partie taverne et de notre gouvernance globale.

S’il peut se trouver des similitudes entre les deux projets, celui de l’association Catach qui n’a pas été retenu, et le nôtre dont l’étude par les services municipaux va se poursuivre, elles ne sont en rien dues à une quelconque « spoliation intellectuelle et morale » mais tout simplement liées aux contraintes et aux possibilités offertes par le site de l’ancien Atalante. Nos deux projets sont ainsi basés sur l’existence d’une salle de spectacle (qui dans notre cas sera ouverte à tous et servira également de salle de réunion pour les associations locales), d’un lieu de rencontres et d’échanges conviviaux autour de la taverne (qui dans notre cas sera également le support de pratiques écologiques et solidaires) et des appartements à l’étage qui serviront d’espace de travail partagé (ou coworking). Cet espace de travail sera dans notre cas mis à la disposition des associations locales et de divers événements culturels et démarches de transition citoyenne, sociale ou écologique.

4) La composition des conseils d’administration des deux associations différencie également et fortement les deux projets. Le Conseil d’administration de l’association Etxea-La Maison est actuellement composé de 21 personnes (l’association sera ouverte à tous-tes celles et ceux qui désirent y entrer dès que nous aurons un accord officiel et définitif de la municipalité concernant notre projet. Notre intention sera alors de le préciser et de le concrétiser avec la participation active du plus grand nombre possible d’habitant.e.s de Saint-Esprit, de Bayonne et du Pays Basque).
Ces 21 membres du CA d’Etxea-La Maison ont tous fait leurs preuves, comme fondateurs et/ou administrateurs, dans des structures et événements culturels et associatifs nombreux et variés : Festivals de musiques du monde, de jazz, de rock, de danse, de cinéma, de littérature ; musiciens, artistes, graphistes, comptables, gérants d’entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire, dirigeants d’associations culturelles, travaillant dans le social, la solidarité, l’éducation populaire ou la transition écologique, ayant eu à gérer des budgets en millions d’euros ou des associations employant plus d’une centaine de salariés.

5) Ce sont toutes ces personnes, les valeurs dont elles sont porteuses et le travail qu’elles mènent au quotidien et qui touche des milliers d’habitant.e.s de Bayonne et du Pays Basque, qu’Henri Etcheto remet en cause dans ses quelques lignes diffamatoires. Il les attaque en prenant pour argent comptant les ragots colportés contre leur projet et leur association commune, sans avoir même pris la peine de les contacter et de demander leur version des faits, sans même les avertir qu’il va publiquement dénoncer le projet collectif dont ils sont porteurs. Cela révèle bien des choses sur la conception qu’Henri Etcheto a de la gestion de la vie de la cité. C’est particulièrement inquiétant sur la manière dont il pourrait administrer un jour Bayonne, et sur la manière qu’il aurait alors de gérer ses relations avec le milieu associatif et culturel.

Mes relations avec Jean-René Etchegaray et Henri Etcheto :

Je réagis aujourd’hui en mon nom propre et en aucune manière au nom de ce Conseil d’administration aux parcours variés et sensibilités plurielles. Je le fais ainsi car Henri Etcheto m’attaque sur ma « grande proximité avec J.R. Etchegaray« , me traitant même de « chouchou du maire » qui expliquerait que le projet de l’association Etxea-La Maison, dont je suis membre du Conseil d’administration, n’ait pas été retoqué et soit encore à l’étude.

J’ai beaucoup d’estime et de respect pour l’actuel maire de Bayonne et président de la Communauté d’agglomération Pays Basque Jean-René Etchegaray. J’en ai également pour bien d’autres élus de cette ville et de ce pays, dont de nombreux membres de l’opposition municipale bayonnaise.
Cela fait maintenant plus de 20 ans que je connais Jean-René Etchegaray. Nous avons travaillé ensemble, aux côtés de Renaud d’Elissagaray, Pierre Ospital, Colette Capdevielle, Marie-Christine Aragon, Bernard Causse, Xabi larralde, Martine Bisauta et bien d’autres élu.e.s bayonnais.e.s d’hier ou d’aujourd’hui en faveur d’un département Pays Basque. Je l’ai également apprécié en tant qu’avocat bénévole et particulièrement efficace pour défendre Laborantza Ganbara qui travaile pour une agriculture paysanne, juste et durable et une alimentation saine et locale. Nous avons également œuvré côte à côte en faveur d’un processus de paix globale et durable en Pays Basque. Tout cela m’a permis d’appréhender l’humanisme et les convictions progressistes qui l’animent, et son engagement déterminé pour sa ville et pour le Pays Basque. Par contre, je n’ai jamais demandé, ni au maire de Bayonne ni au président de l’agglomération Pays Basque aucun service personnel ni faveur particulière ! Pas plus à lui qu’à aucun autre élu ou responsable de ce territoire.

L’estime et le respect que je porte à Jean-René Etchegaray n’ont d’ailleurs jamais empêché la confrontation démocratique entre nous. Je pourrais citer beaucoup d’exemples anciens ou plus récents. Je n’en prendrai qu’un, justement en lien avec le dossier qui nous occupe. Je me suis activement impliqué dans la lutte contre un projet de multiplexe qui devait voir le jour sur l’esplanade Pelletier Chaho et qui devait absorber en son sein l’Atalante. Le fait de travailler à la même époque en faveur d’un département Pays Basque avec Jean-René Etchegaray, ne m’a absolument pas empêché de combattre fortement, sur ce dossier précis, l’adjoint au maire en charge de l’urbanisme qu’il était alors. Nous avons gagné notre bataille et l’Atalante est restée l’Atalante, dans son site d’alors.
Paradoxalement, cette bataille de l’époque a plutôt conforté mon estime pour cet élu. Au plus fort de la confrontation, nous ne nous sommes jamais manqués de respect ni livrés à des attaques malhonnêtes. Et une fois l’affaire close, je n’ai jamais vu Jean-René Etchegaray nourrir de rancœur contre le camp qui l’avait fortement combattu sur ce dossier. Bien au contraire, il a par la suite entretenu de très bonnes relations avec la nouvelle direction collégiale de l’Atalante, issue de cette bataille intense, et a travaillé en parfaite intelligence avec elle. L’article diffamatoire et agressif de Bayonne Ville Ouverte me laisse penser que les choses se seraient passées bien différemment s’il s’était alors agi d’Henri Etcheto…

En fait, je dois dire que je connais peu, voire pas du tout Henri Etcheto. C’est paradoxal mais en 35 ans de militantisme à Bayonne, je crois n’avoir jamais croisé ce militant PS dans les milliers de réunions militantes, plus diverses les unes que les autres, auxquelles j’ai participé. J’ai pu travailler sur l’écologie, le climat, les migrants, la LGV, la culture, les transports, la finance éthique ou la relocalisation, les OGM, le processus de paix en Pays Basque ou le soutien à diverses causes internationales, avec bien des membres de son parti ou d’autres formations de la gauche classique, mais jamais avec lui. Du coup, je ne le connais que très peu et ne peux m’en faire une idée que par l’analyse de ses propos et de son action publique. Il me donne l’impression de nourrir, depuis longtemps, voire toujours, une détestation viscérale du mouvement abertzale, malgré tout ce que ce dernier a pu construire et apporter à ce territoire et sa population.

Il me semble qu’Henri Etcheto voit le monde en blanc ou noir, sans aucun sens des nuances. Son répertoire est celui de l’opposition frontale et systématique, de l’agressivité et de la démagogie à tout-va. Je me rappellerai longtemps de lui qui, pendant les travaux du bus à haut niveau de service, pestait publiquement contre l’enfer pour automobilistes qu’était soudainement devenue Bayonne. Il surfait ainsi sur les gênes inévitablement occasionnées dans un premier temps par les aménagements importants que nécessite l’amélioration de la situation de congestion causée par tant de décennies de « tout voiture ».

L’Histoire de ce pays retiendra quant à elle que Jean-René Etchegaray a été élu maire de Bayonne à 26 voix près face à Henri Etcheto, et que cette élection a été déterminante pour permettre la création de la Communauté d’agglomération Pays Basque. Elle se souviendra qu’à 26 voix près, Henri Etcheto aurait empêché un tel événement décisif de se produire. Le Pays Basque nord ne connaîtrait toujours pas d’existence institutionnelle, et aurait encore moins pesé dans un contexte (effets délétères de la mondialisation, création d’une méga région Nouvelle Aquitaine, restrictions budgétaires pour les collectivités locales…) de plus en plus compliqué pour lui et les communes qui le composent.

Pour conclure….

J’imagine que cette haine anti-abertzale qui anime Henri Etcheto explique son attaque à mon encontre. Mais je me demande encore ce qui l’a amené à taper ainsi sur une association et un projet qui n’ont pourtant commis aucune faute. Sûrement pas l’intérêt de Bayonne, de Saint-Esprit ou du site historique de l’ex-Atalante en tout cas !
Quant à moi, ma seule motivation en participant à ce projet collectif et bénévole est de faire en sorte que ce lieu emblématique, pour lequel, avec tant de Bayonnais.e.s, nous éprouvons un attachement tripal et nourrissons tant de souvenirs marquants, ne devienne pas un lieu pour « bobos » replié sur lui-même et réservé à une élite culturelle.
Nous voulons au contraire qu’il puisse être un outil ouvert à toutes et à tous, au service des cultures populaires, universelles et locales, de la vie et de l’action citoyenne et de la transition sociale et écologique. Quelle que soit la composition de l’association qui le gérera demain, j’espère que ce site restera ancré dans l’esprit qui a animé ses murs depuis tant d’années maintenant.

4 Commentaires

  1. mixel bidegain
    Publié le 13/12/2019 à 19:23 | Permalien

    Félicitations à Txetx pour cette réponse de haute tenue intellectuelle et morale aux écrits haineux de Maisonnette (pardon, mais je n’arrive pas à utiliser ma langue maternelle pour nommer ce triste personnage). Puissent les électeurs et électrices de Bayonne sensibles aux préoccupations sociales, environnementales et culturelles distinguer qui est véritablement porteur d’une politique sincère pour les plus modestes à l’occasion des prochaines municipales.
    Et dire que j’ai, il y a fort longtemps, joué au xoko au trinquet Saint André avec le grand-père Xipitei de cet énergumène. L’honnête homme qu’il était doit se retourner dans sa tombe!

  2. Briland
    Publié le 16/12/2019 à 13:41 | Permalien

    Bonjour,
    Serait-il possible de connaître la liste de ces 21 membres du CA d’Etxea ?
    Est- elle disponible quelque part ?
    Merci d’avance,
    Valérie Briland

  3. Publié le 16/12/2019 à 19:01 | Permalien

    Personnellement en tant qu’artiste et militant pédagogique je suis peiné par la réponse de Txetx. La création est un engagement, elle se pense en termes de transformation de la culture, du rapport à la culture, des pratiques. Bayonne a du mal à s’affirmer en tant que capitale culturelle parce que nous ne nous donnons pas les moyens d’organiser nos débats avec nos propres critères afin de faire émerger les tendances, les désirs, l’inconnu que peuvent porter nos oeuvres. Le travail de l’artiste est ample : c’est à la fois inventer un problème « inouï » qui mette en crise son champ d’action (littéraire, musical, pictural…), mettre en place un dispositif pédagogique pour que tous s’en emparent, et garder une oreille critique sur l’inconnu pour pouvoir débattre avec ses concitoyens et ses collègues. L’activité artistique est une affaire de prise de position. Et les prises de position génèrent du dissensus : on en a besoin, c’est dans les confrontations que des dynamiques peuvent se construire. Si nous voulons reprendre pouvoir sur le rapport à la culture écrite, sur notre imaginaire, sur les processus de création, il faut faire preuve de courage et refuser de penser l’action culturelle depuis des catégories qui lui sont extérieures : administratives, gestionnaires, mondaines. Mais à partir des actions, des oeuvres, des critiques. Comment peut-on faire une réponse conjointe à des militants associatifs et à un élu? C’est évacuer d’emblée TOUTE LA PROBLEMATIQUE CULTURELLE au profit d’une réponse politique. C’est gommer l’engagement, la posture, la visée, au lieu d’y répondre pour que des choses s’agitent, débordent, se contredisent, convergent, explosent… En matière « culturelle » si des gens sont en désaccord c’est une chance.