Le Conseil de l’agriculture et de l’alimentation sur les rails

L’acharnement de messieurs Girier, Lasserre et Layre ne laisse pas d’étonner.

 

L’Edito du mensuel Enbata

Une majorité d’élus de la CAPB a approuvé le 6 décembre la création d’un Conseil de l’agriculture et de l’alimentation(1), malgré l’énorme pression du préfet, du président de la Chambre d’agriculture paloise et du président du Conseil départemental qui ont écrit aux élus basques pour leur faire part de leur opposition frontale. En somme, tout le ban et l’arrière-ban qui s’oppose au développement d’institutions propres à nos trois provinces est monté au créneau pour tirer à vue. Malgré cela, le Pays Basque résiste.

La création de ce Conseil est un vieux projet. En 2019, Michel Berhocoirigoin dessinait dans les colonnes d’Enbata les contours d’un « Office public agricole et alimentaire » (2). Pour le leader paysan, « le nouveau cadre institutionnel d’Iparralde peut être aujourd’hui porteur de l‘agro-écologie et de la citoyenneté paysanne. En matière de gouvernance agricole, le Pays Basque sera précurseur, comme il l’a été avec Pays Basque 2010 ».

Un tel projet vise à s’écarter des logiques spéculatives qui consistent à quémander toujours plus de soutiens publics en faveur d’une agriculture sous perfusion, qui s’endette chaque jour davantage. Et à pérenniser les outils de production et de distribution en privilégiant le rôle des paysans dans les dynamiques territoriales, à leur permettre de vivre de leur travail, tout en répondant aux attentes sociétales en termes d’alimentation. Car les consommateurs auront aussi leur place dans ce Conseil.

Nous voilà aux antipodes du modèle mis en œuvre par les agri-managers de la FDSEA 64 dont nombre d’entre eux cultivent le maïs en Béarn tout en vivant une partie de l’année sur la Côte d’Azur, et ont en main la Chambre d’agriculture paloise. Nous sommes à l’opposé de cette FNSEA présidée par un Arnaud Rousseau, patron du cinquième groupe agro-industriel de l’Hexagone, propriétaire de 700 hectares, dirigeant une vingtaine d’entreprises agricoles. Un vrai businessman et un faux paysan, ardent défenseur des OGM et des méga-bassines, pour qui « l’élevage intensif n’existe pas en France » et qui, en 2022, recevait 178 000 euros de la PAC. Son acharnement contre l’agriculture biologique n’a d’égal que son soutien à la loi Duplomb qui rétablit l’usage des pesticides (avant la censure du Conseil constitutionnel) et assouplit les conditions d’installation des méga-élevages. Un autre monde mortifère, celui du pillage et des profits immédiats, démesurés.

En Iparralde, les promoteurs de l’Office de l’agriculture et de l’alimentation se heurtent depuis des années aux tergiversations du ministère de l’Agriculture dont on sait qu’il est quasiment codirigé par la FNSEA. Les rapports demandés à des juristes n’ont pas suffi et la Chambre d’agriculture paloise a annoncé qu’elle boycotterait la future instance. Les paysans basques ont vite compris que le mot « Office » prêterait le flanc à un torpillage préfectoral auprès des tribunaux, comme ce fut hier le cas avec EHLG poursuivie par les foudres du préfet. Le terme de « Conseil » a donc prévalu et il sera créé sous la forme d’une simple association loi 1901. Dans la grande tradition d’un mouvement basque tant marqué depuis des décennies par le « do it yourself », avec les moyens du bord.

Le terme de « Conseil » a donc prévalu et il sera créé sous la forme d’une simple association loi 1901. Dans la grande tradition d’un mouvement basque tant marqué depuis des décennies par le « do it yourself », avec les moyens du bord.


La nouveauté est le soutien de la CAPB. Critiquée par beaucoup, y compris dans les rangs abertzale, chacun mesure ici combien est précieuse une mini-institution, dans la mesure où elle ne tombe pas entre les mains de nos adversaires…

L’acharnement de messieurs Girier, Lasserre et Layre ne laisse pas d’étonner. Ils devraient se réjouir que les membres d’une communauté originale désirent prendre en main leur avenir, gérer leur territoire, la santé de ses habitants, tisser des liens sociaux et des solidarités, inventer du neuf là où nous pouvons encore parvenir à peser de quelque poids, alors que notre planète en folie part à la dérive. Ces messieurs ignorent « l’intérêt général » que pourtant ils se targuent de défendre. Au nom de « l’unité et du dialogue », iIs préfèrent se ranger du côté des puissances d’argent, conforter la loi du plus fort, s’enfermer dans les logiques jacobines, soutenir un modèle de société qui fait eau de toutes parts. Les « zirtzil » que nous sommes, les « gueux, les chiens, les riens, les maigres, les nègres » relèvent le défi. Nous mènerons cette bataille et nous la gagnerons.

(1) 92 voix pour (46 %), 78 contre (39 %) et 31 abstentions (15 %).
(2)  https://www.enbata.info/articles/dautres-raisons-en-faveur-dun-office-public-agricole/

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