
L’Édito du mensuel Enbata
Dans un contexte très tendu où la population est confrontée à des difficultés inédites en matière de logement, de mobilité et de pouvoir d’achat, où la guerre en Iran nous fait réaliser notre dépendance et notre précarité énergétiques, et où la folie fasciste et fantasque de Trump révèle notre manque total de résilience, les habitants du Pays Basque Nord ont été plus nombreux que jamais à faire confiance au projet de société porté par les abertzale lors des dernières élections municipales.
À vrai dire, il serait plus exact de parler du projet politique relayé par les abertzale. En matière d’écologie, de défense de l’agriculture paysanne, d’économie sociale et solidaire, de logement, de culture, de défense de l’euskara, de solidarité etc., la société civile du Pays Basque Nord est en effet d’une richesse peu commune. La conviction que tous ces domaines à première vue disjoints sont en fait interdépendants et se renforcent les uns les autres transparaît clairement dans des documents prospectifs aussi divers que le projet Euskal Herri Burujabe porté par l’association écologiste Bizi! ou la démarche Iparralde 2040 menée par le Conseil de développement.
Ce qui distingue les abertzale de gauche des autres forces progressistes implantées au Pays Basque Nord, c’est leur capacité à écouter ces initiatives, à comprendre leur dynamique propre et le cadre territorial dans lequel elles s’épanouissent, et à proposer des évolutions institutionnelles pour les renforcer. C’est probablement une des principales raisons de leur progression électorale.
À l’exception notable d’Urruña, pourtant fréquemment citée en exemple pour la qualité des réalisations de l’équipe municipale, les abertzale ont conservé la plupart des mairies qu’ils dirigeaient et en ont conquis de nouvelles comme à Senpere, Donapaleu ou Lekuine. Même sur le BAB et à Bokale, les abertzale sont désormais reconnus comme un acteur incontournable. À Baiona en particulier, c’est une liste de rassemblement de la gauche emmenée par un abertzale, Jean-Claude Iriart, qui a permis pendant quelques jours de rêver à une alternance politique dans la capitale labourdine.
On remarquera toutefois que de Hendaia à Baiona, ou de Biarritze à Angelu par exemple, les stratégies électorales des abertzale diffèrent, voire semblent diverger. Mais partout, l’objectif reste d’articuler au mieux le travail des collectivités, les dynamiques de la société civile et le monde socio-économique. Face aux urgences économiques, écologiques et sociales, et alors que l’extrême droite monte en puissance, les lignes bougent. À gauche tout d’abord, où une bonne partie des forces progressistes intègre désormais la nécessité de s’appuyer sur les spécificités locales. Dans de nombreux villages et villes, ces forces sont désormais des partenaires naturels. À Baiona, même s’il n’a pas conduit à la victoire, le rapprochement historique, au second tour, des deux principales listes de gauche peut constituer un point de départ pour continuer à convaincre de la nécessité d’arrimer l’offre politique de gauche aux dynamiques locales.
Si nous n’y parvenons pas, il n’y a pas de raison que nous puissions résister plus efficacement que la quasi-totalité des villes de l’Hexagone à la montée de l’extrême droite. Car, de ce côté-là aussi, les lignes bougent. Tout en s’emparant de certaines thématiques locales comme le logement pour avancer ses solutions nauséabondes, l’extrême droite s’attaque de plus en plus ouvertement à la société civile. Elle est malheureusement relayée dans ce combat par la droite locale et le préfet.
Plus que jamais, il nous faudra maintenir le cap et garder notre ancrage dans la société civile. Plus que jamais, et dès maintenant – à l’approche de l’élection de la présidence de l’agglomération –, le débat est essentiel. L’Aberri Eguna 2026 se tiendra à Baiona le 5 avril ; militant.e.s politiques et associatifs, représentant.e.s du monde socio-économique, et simples sympathisant.e.s s’y retrouveront. C’est dans de tels rendez-vous que se forgent nos réponses aux enjeux de souveraineté et de construction d’une communauté de destin vivante, ouverte, solidaire, participative et inclusive. Tout le contraire du projet porté par l’extrême droite.
