
Pour le Collectif Herrikolektiboa, Juliette Bergouignan, Xantal Torre, Herve Thepault.
Nous, membres de l’association Herrikolektiboa et petits actionnaires de Herrikoa, souhaitons attirer votre attention sur une dérive de gouvernance qui s’accentue depuis plusieurs années au sein de la société HERKIDE / HERRIKOA. Le président actuel de Herkide, déjà au cœur d’une concentration progressive du pouvoir, propose désormais d’être remplacé par son fils lors de l’Assemblée Générale du 30 juin. Cette démarche confirme et amplifie la logique de mainmise que nous dénonçons : personnalisation du pouvoir, affaiblissement du rôle des sociétaires minoritaires, et éloignement des principes coopératifs fondateurs.
De père en fils
Dans quelques jours la société Herkide va tenir son AG. Le mandat de Joseph Bergara à la présidence de Herkide arrive à son terme (mandat de 6 ans). Au cours de cette assemblée, le successeur de l’actuel président devra être choisi. A ce jour, un seul candidat déclaré : son fils Patxi Bergara…
Apparu peu après l’AG houleuse de Herrikoa en décembre 2024, le collectif des petits actionnaires, Herrikolektiboa, voit là une illustration supplémentaire de la confiscation du pouvoir au sein de la société d’épargne populaire Herrikoa qu’elle dénonce depuis plusieurs mois.
Herrikoa / Herkide quel rapport ? Pour comprendre ce qui se passe, revenons rapidement en arrière. Née dans les années 80 pour promouvoir l’emploi en Pays-Basque la société Herrikoa rassemble plusieurs milliers d’actionnaires soucieux de son objet (l’emploi en Iparralde) et ayant pour ce faire, pris des actions qui ont constitué le capital de Herrikoa. Au fil des ans, la société a gagné en reconnaissance institutionnelle, lesquelles institutions (banques, Conseil Régional, CAPB, CCI…) ont souscrit à leur tour au capital de Herrikoa au point d’en devenir les actionnaires majoritaires.
Dans le même temps, les actionnaires « fondateurs » de Herrikoa ont progressivement abandonné la réflexion initiale portée par Hemen, pour laisser la machine rouler d’elle-même dans un mouvement assez bien huilé, d’étude, d’acceptation ou de rejet de dossiers.
En 2013, Herrikoa adopte le statut de Société en Commandite par Actions (SCA) à capital variable. Deux raisons justifient alors ce changement :
– pouvoir mettre fin aux campagnes d’appel à souscription, très lourdes à mener et coûteuses en temps et argent, au profit d’une possibilité d’évolution du capital au fil de l’eau.
– déléguer la gestion de Herrikoa à une société ad hoc Herkide constituée de cinq actionnaires, représentant le mouvement coopératif pour deux d’entre eux (SCOP Alki et Loreki), l’association Hemen (qui a été le berceau de Herrikoa), la SAS Erne (pour le monde paysan) et enfin la SA Sokoa fondée et dirigée alors par Patxi Noblia, acteur et souscripteur très important dans l’esprit et le capital de Herrikoa.
Une 3ème raison, non dite, est cependant avancée à l’adresse du « milieu » militant : il s’agit de protéger Herrikoa d’une éventuelle prise de pouvoir par les institutionnels en en confiant la gestion à une société de confiance, laisse entendre J. Bergara, à l’initiative de ce montage et de l’écriture des statuts.
Problème : les statuts en question n’écrivent pas seulement ce transfert de gestion du conseil d’administration de Herrikoa à la société Herkide, ils consacrent la confiscation du pouvoir de gestion mais aussi de décision par Herkide dont l’accord préalable est requis à toute décision des assemblées générales de Herrikoa. Ainsi, une société au capital de 10 millions d’euros est pieds et poings liés par une société au capital de 10 000 € qu’elle a elle-même contribué à constituer. Il n’empêche qu’en 2013 peu de personnes réagissent. Certains se grattent certes un peu la tête, mais on est entre gens de confiance, non ? Jusqu’à quelles limites ?
L’avenir… « mon fils »
Courant 2022, le président de Herkide, J. Bergara, invite les actionnaires de Herkide à voter l’introduction d’un nouveau membre. Compte tenu de l’apparition de nouvelles entreprises nées dans le champ de l’économie sociale et solidaire, les membres de Herkide valident la proposition… En toute confiance. Et conformément aux statuts qui accordent de très larges pouvoirs au président, J. Bergara assure la sélection du candidat avant de le présenter lors de l’AG suivante… Surprise, l’heureux sélectionné se révèle être la fondation Geroa créée par son fils Patxi peu de temps avant. Pris de court en séance, les actionnaires valident. Mal leur en a pris. Dès lors, les équilibres au sein de Herkide s’en trouvent modifiés : les actionnaires hier 5, en capacité de dégager une majorité jusqu’alors non maîtrisée par J. Bergara, sont maintenant 6.
Problème Herkide / Herrikoa n’appartient pas à J. Bergara, ce n’est pas un patrimoine familial qu’on transmet de père en fils mais une société d’actionnariat populaire qui appartient à ses actionnaires, qui l’ont construit, pour le bien collectif en Iparralde et non pour satisfaire les appétits d’un père et de son fils.
Nous comptons sur les actionnaires de Herkide pour le leur rappeler !

par