
EHZ FESTIBALA 30 URTEZ

Fin juin, nous fêterons les 30 ans d’EHZ. À cette occasion d’aucuns s’accorderont à souligner la capacité d’EHZ à avoir perduré dans le temps, après avoir surmonté de nombreuses épreuves, tout en s’inscrivant dans la continuité de sa philosophie de départ. Loin d’être linéaire, l’histoire d’EHZ se caractérise, en effet, par une trajectoire cyclique, au grès du renouvellement des générations. Et ces cycles dépendent autant de facteurs internes (transmission, organisation de l’association) que de facteurs externes (transformation du secteur culturel, évolution du contexte socio-politique d’Iparralde etc.).
C’est ainsi que le cycle d’Irisarri débute fin 2018, après deux années difficiles. En 2017, une violente tempête avait eu raison de l’édition qui devait se dérouler pour la cinquième fois à Lekorne. L’année suivante, les organisateurs avaient opté pour une autre formule : trois jours de festivités situés dans trois endroits différents, Itsasu, Baigorri et Baiona. Mais là aussi, la météo n’avait pas tout à fait été de la partie. La pluie ça mouille, mais ça pèse également sur le moral des troupes. Alors qu’il était question de mettre définitivement l’association en sommeil, fin 2018, une quinzaine de jeunes s’étaient réunis pour reprendre le flambeau.
Pas là pour organiser un festival
Âgés pour la plupart de 21-23 ans, nous avions pour point commun de militer dans les Gaztetxe ou d’être issus de ces espaces de socialisation militante. Pour beaucoup d’entre nous, cette période correspondait aussi à la fin de nos études supérieures et au retour en Iparralde. 2018 marquait, par ailleurs, la fin définitive d’un cycle politique au sein de la gauche abertzale, avec, notamment, l’annonce de la dissolution de l’ETA le 3 mai. Dans ce contexte, et en l’absence de structures politiques de la jeunesse capables de répondre aux aspirations politiques de nombre d’entre nous, EHZ offrait un espace militant à l’échelle d’Iparralde, doté d’une certaine référentialité, ouvert à tous les champs des possibles.
Pour une grande partie de cette quinzaine de jeunes, s’investir dans EHZ relevait donc moins de la volonté d’organiser un festival à proprement parler que de s’approprier un outil politique à fort potentiel. Lors des premiers mois de réunions de ce nouveau conseil d’administration, les débats étaient en effet surtout portés autour des usages politiques que nous voulions donner à l’association (conscientiser la jeunesse, reconstituer un réseau de jeunes militants…) en fonction desquels il s’agissait de définir la nouvelle forme qu’EHZ allait prendre. Nous étions finalement retombés sur nos pattes et ces discussions allaient aboutir à la reconduction d’EHZ sous le format d’un festival militant.
Un changement d’orientation
Les années d’Irisarri se caractérisent par un changement d’orientation dans la proposition culturelle d’EHZ : finies les grosses têtes d’affiche, l’objectif était désormais d’offrir un espace d’expression aux productions culturelles euskaldun. Ce choix stratégique était d’une part conditionnée par la situation financière d’EHZ et par l’évolution du marché de la culture. Beaucoup de festivals sont devenus des macro-festivals aux mains d’investisseurs capitalistes ; les grandes boîtes de production ont acquis un monopole sur les prix du marché ; les exigences logistiques des groupes de musiques ont grandi. D’autre part, il s’agissait d’un choix politique de mettre en avant les artistes d’Euskal Herri, d’être un vecteur de diffusion de notre culture en Iparralde, d’attirer un public d’Hegoalde, tout en reconstituant un tissu militant pour mettre le projet sur pied.
Après une première édition à Irisarri réussie en 2019, cet élan fut stoppé par la crise sanitaire du COVID. Mais la dynamique lancée fin 2018 ne s’était pas arrêté pour autant, et malgré de nombreuses contraintes, nous avons relevé le défi de reconduire le festival en 2021. Cette édition marqua un point d’inflexion à plusieurs égards : une nouvelle génération découvrit alors le festival pour la première fois, tandis que la scène musicale euskaldun, avec l’émergence de nouveaux artistes, devenait une référence culturelle pour eux, ce qui conduisit de plus en plus de comité des fêtes de villages à s’inspirer de la programmation d’EHZ pour constituer leurs affiches.
Enfin, à Irisarri, EHZ est redevenu un espace central de socialisation militant pour les jeunes générations. Dans les différentes commissions de travail d’EHZ se mélangent aujourd’hui des jeunes provenant des quatre coins d’Iparralde, dont le réseau ou le maillage déborde largement le cadre de l’organisation d’un simple festival. Au-delà d’EHZ, beaucoup d’entre eux se retrouvent, en effet, dans de nouvelles dynamiques sociales, culturelles et politiques porteuses d’un projet d’émancipation pour le Pays Basque.

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